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Histoires de Festival (15.05]

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Au paradis des films : l'enfer de choisir [16.05]

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Rencontre du troisième type avec Woody Allen [16.05]

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La Valse des apparences (17.05]

-- Croisements intérieurs [17.05]

-- Le Jour est gris [18.05]

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Deuxième mouvement symphonique [19.05]

-- Les grands écarts [20.05]


-- Confidences d'évidences [21.05]

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Michael Moore, un nounours en croisade [22.05]

-- Le Passé repensé [24.05]


-- Plage People [25.05]

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A la recherche des mots [25.05]


-- Les dernières marches [25.05]

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Manche finale [26.05]


 


UN PASSÉ REPENSÉ

On dit souvent que le Festival de Cannes est hétéroclite. Chacun peut y trouver son bonheur ou son malheur. A preuve trois films très différents étaient présentés aujourd'hui en compétition officielle. Trois nationalités, presque trois continents : trois regards. Aki Kaurismaki a ouvert le bal avec L'Homme sans Passé. A la mesure d'Intervention Divine, ce film est le deuxième ovni de la sélection. L'homme sans passé est amnésique. Tabassé par une bande de loubards, il est considéré comme mort par l'hôpital qui tente de le soigner. Relevé de ses blessures, il est recueilli par les habitants d'un no man's land. Il doit alors recommencer une vie. "Mon dernier film était en noir et blanc et muet, ce qui montre clairement que je suis un homme d'affaires. Cela dit, continuer dans cette voie signifierait que mon prochain film se ferait sans images. Que resterait-il alors ? Une ombre. Donc, toujours prêt à faire des compromis, j'ai décidé de faire volte-face et de réaliser un film qui abonde en images, écrit Kaurismaki dans une note d'intention. Que resterait-il alors ? Une ombre. Donc, toujours prêt à faire des compromis, j'ai décidé de faire volte-face et de réaliser un film qui abonde en dialogues et en couleurs variées - sans parler d'atout commerciaux. Je dois avouer que, au plus profond de mon subconscient, j'ai peut-être aussi l'espoir que cette démarche me donne une apparence de normalité. Mon point de vue sur la situation sociale, économique et politique de la société, sur la morale et l'amour, sera donné, je l'espère, par le film lui-même." A l'image de ses propos, le quinzième long métrage du réalisateur est une fantaisie poétique de la débrouillardise. Entre rêve et réalité, monde réel et au-delà, le film nous touche par sa sincérité alliée à une absurdité drôle sans cesse exploitée. "Hier j'ai visité la lune" dit l'homme à celle qu'il aime. "C'était bien ?" lui demande-t-elle. "C'était calme", "Pourquoi ?" "C'était dimanche". Ainsi s'enchaînent les dialogues, sur un rythme lent parfois perturbé par un rock des années 50. Dans ce pays des morts-vivants, il y a une capacité d'insoumission et de résistance que le réalisateur nous offre avec beaucoup d'humour et de tendresse.

Quand Kaurismaki construit un avenir en faisant table rase, Alexandr Sokourov revient sur le passé tant historique que culturel de la Russie. Il présentait aujourd'hui L'Arche Russe. A rechercher le poids de son héritage, à interroger son origine, peut-être trouvera-t-il une identité. Une réponse à sa présence au monde.

Le présentateur de la projection était fier d'annoncer qu'elle se déroulait en numérique. Etrange impression de foire, on se dit alors que les frère Lumières devaient annoncer de la même façon la naissance de leurs images mouvantes. Ici, tous parlent des défis techniques que le film réalise. On avance de l'air du connaisseur qu'il est constitué d'un seul long plan-séquence. Un plan-séquence est une prise de vue tellement longue qu'elle dure le temps d'une séquence. On devrait donc dire plan-film. Comme les informations techniques semblent d'importance, on recrache dans les conversations mondaines ce qu'on a lu dans la presse : le millier d'acteurs et de figurants, l'histoire qui se déroule sur trois cents ans, la promenade à travers le palais de l'Ermitage. Reste une question : valait-il vraiment la peine de se donner tant de mal ? Rappelons que le cinéma copinant avec le Guinness Book n'a que peu de rapport avec le Cinéma. Rassurons-nous. Sokourov nous offre un film brillant. Les prouesses techniques servent son propos à merveille. L'ivresse du temps qui passe se ressent à travers les mouvements à la fois rapides et fluides qui nous emmènent de salles en salles. Sortis d'une boîte de pandore, un vieil homme au physique nerveux bondit d'une pièce à l'autre attiré par ce qu'elles cachent, par les portes à la beauté tellement captivante qu'il faut les ouvrir. Godard - toujours lui - avait donc raison quand il réfléchissait à l'instrument adéquat propre au film à faire. Ici une steadycam a été spécialement construite. L'outil permet l'existence de ce film. Dans un dialogue implicite sur le cinéma, L'Arche Russe conduit une réflexion esthétique sur le temps du film, sur la place du réalisateur. "Suis-je invisible ? Toute cette agitation est-elle pour moi ? Suis-je censé jouer un rôle ?" demande une voix-off sur un noir introductif. Entre souvenir et exploration, Sokourov nous offre une traversée de l'histoire russe. "Je voulais m'adapter au fil du temps en tant que tel, sans avoir à le remanier selon mes envies, explique Alexandr Sokourov. Je voulais tenter une coopération naturelle avec le temps, vivre cette heure et demie comme si ce n'était que la durée d'un souffle… C'était la tâche artistique ultime, la seule que je me sois fixée." Cette Arche Russe est vraiment extraordinaire. On pardonnera l'emploi d'adjectifs excessifs. Taurus présenté l'année dernière ici était déjà un très beau film. Passé inaperçu dans le maelström ambiant du festival, on avait très peu parlé du film russe. On espérait qu'il serait plus remarqué lors d'une sortie nationale. Il n'y a même pas eu droit. Peut-être est-il utopique de rêver d'un éclairage médiatique plus important cette fois-ci. Si les paillettes offrent bien des chimères aux stars de pacotille, j'abandonne tout glamour pour que les films de Sokourov soient plus accessibles. J'abandonne Jack Nicholson, j'abandonne About Schmidt, le dernier film présenté de la journée pour rester en Russie. Si je suis revenue de mon enthousiasme, peut-être vous reparlerai-je demain des Etats-Unis.

Anne-Laure Bell

[25.05] Plage People (Devdas, Plaisirs Inconnus, M. Schmidt) >>

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