|
AU PARADIS
DES FILMS : L'ENFER DE CHOISIR
Tout le
monde se passe le mot sous le manteau au Festival de Cannes. Hollywood
Ending est décevant. Cela n'empêche
personne de vouloir assister à l'événement.
Monsieur Woody sort de chez
lui et prend la température des spotlights. Il annonce
présent sur la Croisette. Un cinéaste si névrosé
venu défendre son film autour de tant de monde
définitivement à voir. Les actrices qui l'accompagnent
n'ont pas l'air portées sur les rôles de composition
: "Sooo pleased, pleased, pleased, to be here",
"Everything is so nice, so cute" déclarent-elles
à tout propos à la conférence de presse
du film. Traduire trop mignon, magnifique, extraordinaire
et pour la suite, on manque d'adjectifs futiles. Elles aiment
donc la côte et la mer, le petit village, la Provence,
vous serez contents de l'apprendre. Le mieux c'est qu'on ne
leur en veut pas, au fond c'est pour ça qu'on les aime.
Tiffany Amber-Tiesen (ex-actrice des séries Sauvé
par le Gong et Beverly Hills), et Debra Wessing
joueront parfaitement leur rôle de starlettes n'en doutons
pas. Car porter les paillettes à merveilles n'est pas
tout à fait sans importance. Le public agglutiné
près des marches est là aussi pour être
enchanté et la magie cannoise réside aussi dans
l'alchimie de cette rencontre là.
Premier
jour. Déjà des frustrations. Il faut choisir
parmi les films à voir : ou Sex is Comedy ou
Kedma
le dernier film d'Amos Gitaï. Tous disent ici que Catherine
Breillat présente aujourd'hui sa Nuit Américaine.
J'espère un film moins Baisers Volés
que cul assumé. Très envie de voir le dernier
opus de la réalisatrice de Romance. Dans la
tourmente des rencontres et des films qui s'enchaînent,
le sentiment qu'il ne faut pas se tromper : repérer
l'év'nement à venir avant qu'il n'ait eu lieu.
Je choisis le film en compétition officielle car il
faudra pouvoir critiquer le palmarès si celui-ci se
révélait outrageant. Siffler contre les mécontents,
ou être parmi eux : la critique est un sport. Ce soir,
ce sera donc tant pis pour les films de la Quinzaine des Réalisateurs,
sélection para-festivalière pourtant fort sympathique.
Des envies
de cinéma qui se remettent déjà à
plus tard... Déjà. Ici entre le matin et le
soir on a vingt-quatre heures pour avoir mille vies : carpe
diem, profiter du film présent, de la discussion présente.
Cinéma, cinéma, cinéma, dans les couloirs
les discussions y sont aussi fournies. Roger and Me,
mieux que The Big One, moins bien que le Bowling
for Columbine à venir du réalisateur
caustique Michael Moore ?
En attendant de voir, on parle des enthousiasmes passés.
On est
alors d'autant plus déçu par les films moyens.
Balzac et la petite Tailleuse Chinoise de Dai Sijie,
présenté aujourd'hui dans la sélection
Un Certain Regard est de ceux-là. Le sujet est pourtant
touchant : l'amour, la lutte contre l'obscurantisme maoïste
par la résistance culturelle. Si rare, si noble et
tellement de chose à en dire qu'on souhaiterait aimer
ce film, qu'il soit réussi. Dommage. Mal abouti, les
quelques belles séquences ne font pas oublier les maladresses
et les lourdeurs. Lourdeurs aussi et manque de rythme flagrant
dans le film de Woody Allen. Aujourd'hui, seul le film de
Gilles Jacob nous a transporté. Histoires
de Festival est une belle surprise. Pourtant une
impression que le réalisateur comme le festival assume
mal. Pas de dossier de presse - réel signe d'existence
sur la croisette - présenté à la va vite
- pas de rencontre officielle avec l'ensemble de la presse
- le film semble être considéré comme
un exercice d'élève. Or il dépasse de
beaucoup le genre. Extrêmement empathique, ce premier
pas, le vrai premier film du festival s'est transformé
une belle promenade. Il reste à continuer la route.
Demain il faudra jouer des coudes : le deuxième épisode
de Star
Wars promet d'attaquer les esprits les plus effervescents.
On prépare nos talons aiguilles.
Anne-Laure
Bell
[16.05]
Rencontre du troisième type avec
Woody Allen >>
|