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Histoires de Festival (15.05]

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Au paradis des films : l'enfer de choisir [16.05]

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Rencontre du troisième type avec Woody Allen [16.05]

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La Valse des apparences (17.05]

-- Croisements intérieurs [17.05]

-- Le Jour est gris [18.05]

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Deuxième mouvement symphonique [19.05]

-- Les grands écarts [20.05]


-- Confidences d'évidences [21.05]

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Michael Moore, un nounours en croisade [22.05]

-- Le Passé repensé [24.05]


-- Plage People [25.05]

-- A la recherche des mots [25.05]

-- Les dernières marches [25.05]

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Manche finale [26.05]



 


A LA RECHECHE DES MOTS

Aujourd'hui est arrivé le moment le plus redoutable du Festival de Cannes. Gaspar Noé présente ce soir à minuit Irréversible. Voilà trois semaines qu'on annonce un scandale. Le film serait d'une rare violence. On dit film phare, film choc, cataclysme sur la Croisette. Troisième guerre mondiale ? Tant et tant de discours émanent de quelques journalistes français. Triés sur le volet, ils ont eu la chance de voir le film à Paris avant sa présentation à Cannes et font l'opinion. Cette cascade de mots tout juste déclarés pour être dans le coup à quelque chose de bassement vulgaire. On redoute une opération promotionnelle. La surenchère dans un genre différent : après les effets les plus spéciaux de Matrix, les scènes les plus violentes d'Irréversible. Gaspar Noé en bête à concours, cherchant à réussir l'exercice "je choque mon public". On avait dénoncé cette fumisterie à la sortie de Seul contre Tous. Ici, on ne saura que dire. Le film commence avec l'histoire du boucher expédiée en quelques plans. Piqûre de rappel. Le physique de Philippe Nahon n'a pas changé. Le personnage est en prison. Il dit qu'il a couché avec sa fille et qu'il y repense souvent. Liaison, sensation d'une réponse au film précédent. Noé semble faire de son œuvre un triptyque. Chaque film fonctionne indépendamment des autres mais résonne de leur existence. Noé présente ainsi différentes formes de l'horreur du monde. Il nous assaille. Où qu'on regarde, elle est présente. "Il n'y a pas de méfaits, il n'y a que des faits" annonce Nahon dans la première séquence.

La réalité est implacable, quand bien même elle est insupportable à voir. Notre destin est banalement mortel, exécuté de façon plus ou moins propre. Le savoir est troublant car il faut continuer à trouver les mots pour vivre. Irréversible est perturbant car il les ôte tous, jusqu'à rendre chaque parole ridicule. Réaction épidermique plutôt rare, donc positive, mais perverse et frisant la dictature. Entre génie et fumisterie, Noé est l'électron libre du cinéma français qui déboule comme un chien dans un jeu de quille. L'existence de ce film est-elle justifiée ? Est-ce un produit, un film expérimental, un film de famille ? Comment sommes-nous manipulés ? Nous considère-t-on comme des voyeurs capables d'avaler les pires images, comme des interlocuteurs, comme des bourgeois qu'il faut bousculer, comme des confidents récepteurs des tragédies intimes… Je n'ai pas de réponse à cette question. Chacun supportera son rôle comme il le peut.

Cannes ne pouvait passer à côté d'un film qui impose ces interrogations de manière si cruciales. La présence d'Irréversible au Palais des Cinémas est donc évidemment louable. En parler ? La difficulté est de savoir comment, quels mots employer car les sujets sont graves et il serait malsain d'en banaliser l'existence. Aussi dire réussi ou raté, bon ou mauvais, semble inepte. Vous enjoindre à aller voir ce film car vous y passeriez "un moment fort" l'est aussi. Car votre acte serait celui-là : Payer pour voir une violence inouïe. Vous déplacer pour jouir du spectacle de l'horreur.
Vous direz que vous connaissez Trouble Everyday, Les Intouchables, L'Exorciste… Aucun de ces films n'est aussi tragique. Aucun ne mêle si intimement le sublime et l'innommable. Irréversible pose les questions du visible jusqu'à en repousser les limites. Inconfortable, il ne donne pas de réponse. Il appartient au cinéma qui ne cherche pas à aller quelque part et atterri devant vous quoique vous en pensiez. Le film mérite-t-il d'être vu ? Je ne sais pas. Est-il bon ? Je ne sais pas. Si je salue son existence, les questions critiques me laissent sans voix. Peut-être faudrait-il que je songe à changer de métier. Etat d'esprit réversible ? Nous verrons demain.

Anne-Laure Bell

[25.05] Les dernières marches (Ivres de femmes et de peinture,
L'Adversaire)
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