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LE JOUR EST GRIS
Aujourd'hui
le Festival de Cannes a subi son premier jour de pluie. Signe du destin
ou illustration météorologique d'une morne journée
de cinéma ? Le temps est gris, les films aussi. Seule
la sélection parallèle Un Certain Regard faisait
bruisser la croisette. Avec son premier long métrage,
la talentueuse réalisatrice Delphine Gleize, fait encore
une fois parler d'elle. Elle qui avait reçu le césar
du meilleur court-métrage en l'an 2000, a choisi Chiara
Mastroiani pour interprète de son film. Carnages
est une histoire où plusieurs destins se croisent,
tandis qu'un taureau s'offre une dernière heure de
gloire. Prometteur.
Shrek
l'année dernière avait surpris le public. Il
signait le grand retour des dessins animés en sélection
officielle. Cette année, le comité de sélection
semble avoir voulu renouveler l'expérience pour le
simple plaisir du geste. Spirit, dernier sorti
des studios Dreamworks est l'histoire d'un cheval. Il ne parle
pas il hennit et il lui arrive plein d'aventures "extraordinaires".
On comprend que la banalité de l'entreprise artistique
ait exclu le film de la compétition. On est plus perplexe
face à son exposition au sein du festival. Sa présence
semble incohérente étant donné l'esprit
de découverte cinématographique qui se ressent
ici. Ce film réalisé avec les techniques de
pointes est pourtant banalement hollywoodien. Or il a l'honneur
de la montée des marches la plus médiatisée,
celle du début de soirée. On se surprend à
sourire : un superbe destrier maculant de crottin les marches
rouges ferait une belle opération marketing. Pris en
photo par la horde de photographes, il donnerait interviews
et autographes. Si on ne doute pas de l'intégrité
du Festival de Cannes, on sentira tout de même une odeur
publicitaire du plus mauvais effet.
En pleine
après-midi, le réalisateur portugais presque
centenaire Manoel de Oliveira présentait son Principe
d'Incertitude. La salle applaudit son arrivée
et se lève. Comme à chaque fois me diront les
festivaliers. Là pourtant s'exprimait un profond respect
pour le grand âge du monsieur, un hommage pour l'ensemble
de sa carrière. On salue la résistance cinématographique
de De Oliveira mais on ne peut s'empêcher de dire combien
son film nous a ennuyé. De plan fixe en plan fixe,
une interprétation compassée finit de nous désintéresser
de cette histoire de famille. Soyons un peu impertinent et
avouons le franchement : il semble que le seul objet de ce
long métrage ait été de concurrencer
les télénovellas brézilienne de façon
intello.
Guère
plus enthousiasmant, 24hour People de Michael
Winterbottom. Une nouvelle fois, une ode à la seule
gloire britannique en dehors du pudding : la musique. Le mouvement
punk post-bowie est ici retracé dans les détails.
Mêlant le genre documentaire à la fiction, le
film est emprunt d'un esthétisme surchargé.
Les incrustations vertes et roses de lettre et de logos façon
vieux film en super-8 donnent un côté pop à
cette histoire. Méprise, confusion, ironie mal placée
de quoi fuir ce que nous avons fait. Définitivement,
aujourd'hui fut sans merveilles, heureusement demain nous
apportera la dernière livraison de Paul
Thomas Anderson. Vivement.
Anne-Laure
Bell
[19.05]
Deuxième mouvement symphonique
(Punch-Drunk Love,
Demonlover) >>
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