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Histoires de Festival (15.05]

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Au paradis des films : l'enfer de choisir [16.05]

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Rencontre du troisième type avec Woody Allen [16.05]

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La Valse des apparences (17.05]

-- Croisements intérieurs [17.05]

-- Le Jour est gris [18.05]

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Deuxième mouvement symphonique [19.05]

-- Les grands écarts [20.05]


-- Confidences d'évidences [21.05]

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Michael Moore, un nounours en croisade [22.05]

-- Le Passé repensé [24.05]


-- Plage People [25.05]

-- A la recherche des mots [25.05]

-- Les dernières marches [25.05]

-- Manche finale [26.05]



 


MANCHE FINALE


Avant
Les bureaux du Festival de Cannes commencent à se vider. Les stands publicitaires se replient mine de rien. Les journalistes, les producteurs, les acheteurs et les vendeurs de films, s'ils ne sont pas repartis à Paris lézardent sur la plage. Entre deux mots-croisés ils parient sur le palmarès. La règle de trois au carré du nombre de stars américaines qui composent le jury donnerait le palmarès. Deux films sont les sujets de rumeurs. On parle beaucoup d'Ivres de Femmes et de Peinture. C'est le cri du cœur. Celui de la raison place Polanski gagnant. Le Pianiste a créé ici un consensus mou. Sujet sans surprises, c'est l'histoire de Wlasdyslaw Szpilman, brillant pianiste polonais qui a échappé au ghetto de Varsovie, et a survécu à la Shoah. Le réalisateur polonais, ayant lui-même survécu au bombardement de Varsovie et au ghetto de Cracovie a souhaité recréer cette période de sa vie. Tout le monde s'accorde pour dire que ce film est un exercice académique sans surprises. Certes le sujet est triste et grave, il fait pleurer grand-mère, d'ailleurs Sharon Stone aurait versé quelques larmes en applaudissant le film. Info ? Intox ? Sachez alors que David Lynch est peintre et Michelle Yeoh est asiatique. Je retiens la balourdise de Régis Wargnier et j'ajoute la complexité de Ruiz divisée par celle de Claude Miller… A mesure de ces chroniques vous saurez que j'adhère au cri du cœur qui est aussi pour moi celui de la raison. Je retiens de ce festival l'impertinence de Michael Moore qui mériterai un prix spécial du jury pour Bowling for Columbine. De même j'attribue un prix de la mise en scène à Elia Suleiman pour Intervention Divine. Je salue Irréversible avec une palme pour Monica Bellucci. Je récompense Jack Nicholson, si je peux j'y associe Sergio Castellito, troublant dans le Sourire de ma Mère de Marco Bellocchio. Puisque je souhaite faire figurer Russian Ark et Demonlover au palmarès je leur attribue respectivement un prix technique et un prix du meilleur scénario, à moins que je ne leur fasse partager le prix spécial et celui de la mise en scène. A force d'être sous le soleil l'esprit chavire. La seule vraie tâche du moment, trouver "Récompense en cinq lettres" avant d'aller s'habiller en princesse pour la cérémonie de clôture.

Après
A mesure qu'approche l'heure fatale, les esprits s'agitent. Toute la journée on a été content de notre première journée de vacances en quinze jours. Marathon cinématographique, on a le sentiment de vivre la fin de quelque chose. Ceci participe autant de cette ambiance électrique que cette attente du résultat final. Les milliers de festivaliers espèrent secrètement que le palmarès mettra en exergue le film qui les a le plus ému. Si les prix attribués aideront les longs-métrages lors de leur sortie en salle, ils sont censément représentatifs d'une année cinématographique, d'une sélection de films présentés dans le plus grand festival du monde. On oublie facilement que de nombreux films récompensés n'ont pas eu de meilleurs accueils critiques que leurs concurrents ou que les palmés ont été accusés d'être récompensés par complaisance. Les sujets bouleversants de La Vie est Belle ou de Dancing in the Dark ne pouvaient pas ne pas être récompensés, quand bien même Ceux qui m'aiment prendront le Train était plus novateur et grinçant.

La montée des marches précédant la remise des prix est très parlante par ses absents. Les princesses d'un soir se sont faites belle une dernière fois. C'est tout le monde et personne qui monte les marches ce soir. On remarque l'équipe de Polanski, soudée, l'absence des français, de Sokourov… Virginie Ledoyen, éternelle bonne élève ouvre la cérémonie. Tout va très vite : Aki Kaurismaki, Kati Outinen, un prix de consolation à partager, limite insultant tant pour Im Kwon-Taek que pour Paul Thomas Anderson… Polanski Palme d'Or, Olivier Gourmet meilleur acteur, douces et crédibles blagues même pas révoltantes. Les mécontents crieront à la corruption, chercheront la faille dans le visage de tel juré, ils parieront sur un complot entre producteurs et partenaires du festival. Rien n'y changera, la messe est dite et à quoi bon contester les récompenses ? Certes, il est dommage d'applaudir si mollement à la fin de deux semaines si intenses. Pourtant gardons en mémoire le plus important : les propos de cinéma, les réflexions sur le monde, les belles rencontres. Quitte à paraître aveugles, on se focalisera sur les prix d'Elia Suleiman et de Michael Moore tout en poursuivant secrètement notre réflexion autour du film de Gaspard Noé. Il faudra qu'on en reparle… sous d'autres prismes, sous d'autres angles, dans d'autres festivals ?

Anne-Laure Bell

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