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CROISEMENTS INTÉRIEURS
Au
cur du Festival de Cannes, se rencontrent toutes les sensibilités
du monde. Aujourd'hui trois films ont l'honneur des marches
rouges. Trois regards politiques qui résonnent entre
eux d'une étonnante musique. Michael Moore ouvre le
bal dès cet après-midi avec Bowling for
Columbine. C'est, dit-on, le premier documentaire
présenté en compétition officielle, depuis
le Monde du Silence de Jacques-Yves Cousteau récompensé
ici par une palme d'or en 1956. Ne croyez pas pour autant
que Cannes devient plus pragmatique qu'artistique. Ce film
là se situe à la frontière des deux mondes.
Basé sur une très sérieuse enquête
journalistique le film s'accompagne d'une volonté de
dénoncer les vérités avec humour. le
réalisateur explore la violence américaine stigmatisée
par le nombre de meurtre par armes à feu. Le but est
de comprendre. Pourquoi y'a t'il tant d'armes à feu
en libre circulation aux Etats-Unis? Pourquoi y a-t-il tant
de crimes dans ce pays ? La présence de ce dangereux
gauchiste à Cannes est à la fois surprenante
et en même temps très compréhensible.
L'écrivain-réalisateur, déclaré
comme fou dangereux par la Maison Blanche sous la présidence
de M. Clinton, a l'habitude de sillonner les Etats-Unis pour
faire la promotion de ses livres et de ses idées. C'est
un véritable spectacle qu'il donne aux gens venus l'entendre.
Excellent
show man, il fait vibrer son public grâce à son
humour caustique qui dénonce de façon évidente
toutes les absurdités étatsuniennes. Ainsi,
toujours proche de son public, il souligne d'autant mieux
les absurdités subies par la société
américaine. Son but : défendre les gens sans
travail, sans abris, sans voix, sans rien. Ses moyens, écrire,
faire des films pour se faire entendre par les puissants en
espérant qu'ils changeront quelque chose à l'état
du monde. Un naïf ? La réussite de certaines de
ses entreprises prouve le contraire. Il vient donc à
Cannes pour que l'écho médiatique se crée.
Sa simplicité à appliquer le protocole prouve
qu'il n'est ni devenu le chantre de la rébellion, ni
un professionnel des congratulations. Sous les objectifs des
photographes, il souligne le fait qu'il a quitté jean,
casquette, t-shirt et basket de travail : "Ma femme
m'a acheté ce costume" dit-il, les yeux rieurs.
Parce
qu'il interroge toujours l'état des relations humaines,
familiales en l'occurrence, Michael Leigh participe également
à cette réflexion sur un monde qui va tant bien
que mal. Dans All or Nothing, Phil et Penny
n'arrivent pas à joindre les deux bouts. Cela ne semblent
pas plus facile pour leurs voisins. Dans leur cité,
tout le monde a des problèmes. Pourtant Phil pensait
que l'amour qu'ils se portaient l'un à l'autre les
rendait différents. Il pensait qu'il parvenait "au
moins" à avoir une famille qui justifiait et apaisait
les malheurs quotidiens. Toujours dans la veine du cinéma
britannique réaliste, Mike Leigh nous dresse un portrait
à la noirceur convenue où seul l'amour saura
sauver le monde de sa perte. Très honnête, le
film n'atteint pourtant jamais cette dimension supérieure
qui transporte les cinéphiles vers l'enchantement.
Heureusement, l'italien Marco Bellocchio s'en charge avec
beaucoup de justesse. Son Sourire de ma Mère
présenté aujourd'hui en deuxième partie
de soirée semble être une excellente réflexion
sur la religion. C'est également l'histoire d'une séparation,
d'un deuil, celle d'une mère trop prégnante
par un fils qui croyait trouver une échappatoire dans
la fuite. Ernesto, interprété par le magnifique
Sergio Castellito, a une mère que tout le monde cherche
à faire canoniser. Les représentants de la très
sainte église catholique viennent le chercher pour
qu'il participe à la procédure. Etonné
d'apprendre que toute sa famille entreprend de transformer
une mère dévote un peu idiote et sans cur,
il se bat pour garder une liberté de penser. Face à
lui-même, il met ses convictions à l'épreuve
et se rend compte du chemin qu'il reste à parcourir
pour les affirmer. Plein de pondération, ce film est
une très belle réflexion sur l'emprise et le
pouvoir intrinsèque de la famille envers un de ses
éléments hétérogènes. Aussi
aujourd'hui je garde deux films à mettre sur la liste
des films pouvant être primés : Bowling for
Columbine et Le Sourire de ma Mère. Mais
ne préjugeons pas des 17 autres films à voir
17 planètes !
Anne-Laure
Bell
[18.05]
Le jour est gris (Carnage, Principe
d'incertitude, 24hour People) >>
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