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CONFIDENCES D'ÉVIDENCE
Jour après
jour le Festival de Cannes avance vers sa fin. Une telle tautologie
vaut apparemment des ponts d'or. Il faut savoir y faire, enrober
le tout d'assurance et faire exploser la phrase en plein milieu
de la conversation. Deux exemples qui nous donnent l'occasion
de revoir M. Ken Loach. Il revient avec sa petite contribution
cinématographique; Sweet Sixten est présenté
aujourd'hui en compétition officielle. A Glasgow, la
vie d'un fils de junkie n'est pas facile. Liam a une mère
en prison, un grand-père et un beau-père qui
le tabassent. Plein d'espoir, le jeune homme veut changer
de vie. Il suppose qu'en changeant la vie de sa mère,
tous les problèmes seront résolus. Elle sort
de prison la veille de ses 16 ans, ce qui lui laisse deux
mois pour lui trouver une nouvelle maison. Il se lance dans
le trafic de drogues en prenant exemple sur son beau-père.
Malin, le jeune homme finit par se faire embaucher par la
mafia locale qui lui fournit un appartement dans les quartiers
chics. Mais tout serait trop beau s'il n'y avait un meurtre
final, tragédie loachienne soit disant hyper réaliste.
Les symboles et les métonymies ne sauveront pas de
l'ennui profond éprouvé ici. On connaît
tellement Loach et ses noirs tableaux qu'on sait précisément
qu'il nous conduit vers l'aboutissement de destins sordides.
Ici pas d'espoirs. Le portrait du jeune homme est une exécution
en bonne et due forme. A croire que le réalisateur
méprise son personnage. Là pointe alors un aspect
moralisateur un peu pervers. Il semble que Liam ne s'en sorte
que grâce aux trafics de cigarettes puis de drogue.
Pourtant, il serait immoral de le voir devenir un caïd
de la mafia échappant aux flics. Cette leçon
de morale mâtinée de dénonciation nous
dérange. D'autant plus qu'elle est présente
aujourd'hui dans tous les films de Ken Loach. Les démonstrations
sont données avec trop d'arrogance, trop de fierté.
Loin de la modestie de ses premiers films, loin de cette urgence
qui s'en prenait aux injustices sociales, le réalisateur
se pose en spécialiste du monde défavorisé.
Autrement
décevant, Spider le dernier film de David
Cronenberg promettait pourtant un grand changement dans la
carrière du réalisateur. Après Existenz,
on souhaitait que le cinéaste renouvelle son travail,
tant il semblait avoir épuisé le thème
de la chair humaine transformée à loisir. Aujourd'hui
son film ressemble à la commande qui en a précédé
l'existence. Présentons autrement cette situation.
Ralph Fiennes aurait fait appel à Cronenberg pour diriger
ce long-métrage. Soit un grand acteur allié
à un grand réalisateur, ce qui ne donne pas
toujours un bon résultat. Spider est un petit garçon,
devenu un adulte schizophrène. Il semble n'avoir jamais
résolu son complexe d'Oedipe et revit le temps du film
la tragédie de son enfance. On est alors surpris que
Cronenberg utilise ainsi le mythe de l'origine du mal lié
à l'enfance pour expliquer son personnage. Racontée
de manière très ordinaire, très hollywoodienne,
le film finit par ennuyer, tant il ne se passe rien que des
souvenirs. Bien sûr on vous dira que Spider est
une réflexion sur l'image, la vérité
qu'elle suppose quand elle est donnée comme telle.
Bien sûr. Soulignons alors que jamais ce seul objectif
cinématographique n'a réussit à faire
un film. Quelques plans laissent espérer un mieux,
on perçoit l'espace distordu par un cadrage grand angle,
un arrière plan est constitué de fils métalliques
tant d'images qui nous empêchent de crier à la
fraude. Tant d'images qui nous prouvent que M. Cronenberg
sait tenir une caméra. La politique des auteurs de
la Nouvelle Vague défendait également les films
mineurs des réalisateurs. On y voyait de nécessaires
passages à vides, des remises en questions salvatrices
Pour oublier notre déception, on n'aura donc qu'à
se dire que le prochain film de ce grand cinéaste sera
bien meilleur. Maigre consolation, mais il est vrai que M.
de Lapalisse n'était pas un tendre.
Anne-Laure
Bell
[22.05]
Rencontre avec Michael Moore, un nounours
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