Pour 24h , Wikipedia a decidé de couper l'accès à ses articles en anglais pour protester contre le projet de loi SOPA actuellement discuté au Congrès américain. Une résistance courageuse, célébrée par tous les défenseurs de la liberté d'internet. Mais cette menace de grande censure du web semble laisser insensibles bon nombre d'étudiants qui se demandent comment ils vont pouvoir rendre leurs devoirs sans l'encyclopédie en ligne.
Le site Buzzfeed s'est ainsi amusé à collecter sur Twitter les réactions de ces gamins souvent désappointés, parfois carrément en colère contre ce black-out imposé par Wikipedia, qui est devenue la principale source des étudiants du XXIe siècle.

Les tweets collectés par le compte @herpderpedia, visiblement créé pour l'occasion, sont encore plus éloquents. Et consternants. Les "fuck wikipedia" et "RIP wikipedia" y fleurissent, ce qui démontre qu'un certain nombre d'étudiants (espérons qu'il ne s'agisse que d'une petite minorité) ne se sentent pas concernés par les enjeux liés à SOPA, ou n'ont même pas pris la peine de lire le message posté par Wikipedia pour expliquer les raisons de sa protestation :
"Depuis une décennie, nous avons passé des millions d'heures à construire la plus grande encyclopédie de l'histoire de l'humanité. En ce moment, le Congrès américain étudie une législation qui pourrait endommager fatalement la liberté et l'internet ouvert. Pendant 24h, pour éveiller les consciences, nous fermons Wikipedia".

Les étudiants américains devraient pourtant s'inquiéter des conséquences de la loi SOPA, qui risque de mettre en danger leurs sites préférés, notamment YouTube qui ne pourrait plus se cacher derrière ses utilisateurs en cas d'infraction aux droits d'auteur. Wikipedia estime également que son modèle serait menacé par le vote de cette loi, comme elle s'en explique sur la seule page disponible pendant cette journée de protestation. Mais il faut croire que ces étudiants américains ne l'ont pas lue...

Lire aussi :
- SOPA et la conspiration du piratage
Malgré des positions SEO toujours dominantes – et encore accrues après le lancement de Google Panda - Wikipedia semble avoir perdu son Mojo et n'a plus la cote auprès des créateurs de contenus bénévoles que le web se dispute. Wikipedia peut-il redevenir un média cool ? Et comment ? Flu analyse les possibles.
D'abord les chiffres : jusqu’à 90 000 en 2010, les contributeurs actifs n’étaient que 82 000 en juin dernier. Beaucoup sont persuadés que la chute du nombre de contributeurs n’est qu’un phénomène naturel : l’encyclopédie serait complète et surtout Wikipedia reflètant les centres d’intérêt de son contributeur moyen, “un geek masculin de 26 ans” selon son fondateur Jimmy Wales, l'encyclopédie manque fatalement de points de vue féminins et non occidentaux.
Mais cette baisse somme toute assez limitée cache un phénomène plus alarmiste : Wikipedia ne correspond plus aux usages en vogue aujourd’hui sur le web, après avoir été pourtant le symbole le plus évident du web 2.0. Reposant sur des outils de programmation dynamique, facile à modifier sans savoir programmer, Wikipedia était avant tout ce qu’en font ses usagers. Que s'est-il passé ?Simplifier les règles
Le problème, dans la pratique, c’est que la machine ne suffit pas à organiser toutes les contributions. Il a fallu instaurer des règles, des normes et des exceptions dont la liste ferait passer la constitution européenne pour les règles du jeu de dames. Et même si les règles du jeu précisent bien que tous les contributeurs sont égaux qu’ils soient là depuis dix ans ou dix jours, les administrateurs sont les seuls à connaitre ces règles et leur pouvoir est fondé là dessus. Si vous pouvez toujours contester leurs décisions, il vous faudra faire l’effort d’en apprendre autant qu’eux et courir le risque de devenir comme eux.
En 2001, modifier une page de Wikipedia en quatre ou cinq clics et en n’apprenant que quelques balises de mise en forme, c’était une révolution. Mais quand on est habitué aux commandes Ajax et au WYSIWYG de sites plus récents, devoir passer par trois pages différentes pour apporter la moindre contribution à Wikipedia, c’est incroyablement fastidieux.
Symbole du web 2.0, Wikipedia tombe en désuétude en même temps que le concept qu'il incarna le mieux - le terme web 2.0 lui même étant tombé en désuétude.On parle désormais de social media. D’un point de vue technologique, il y a peu de différence, mais à l’usage, il y en a une fondamentale : l’identité.
Le contributeur de Wikipedia ou l’utilisateur du moteur de recherche Google est un anonyme. On peut s’enregistrer sur Wikipedia, se choisir un pseudo, faire partie d’une communauté, mais au final les articles ne sont pas signés, puisqu’ils sont censés être l’oeuvre de la communauté plutôt que d’experts identifiés. Le web social, à l'opposé, repose entièrement sur les connexions entre des individus clairement identifiés, sur leur influence, sur leur égo, même. C’est pour ça qu’il est devenu l’outil préféré des experts de tout poils, ou du moins de ceux qui désirent être reconnus comme tels et pratiquer le personal branding.
Face à Wikipedia, il y a donc toute une armée de médias sociaux qui se battent pour notre attention et qui nous récompensent en flattant notre égo. Pourquoi contribuer anonymement (ou quasiment) à une encyclopédie ingrate quand on peut devenir “influent” sur Tumblr ou Twitter, qu’on peut s’imposer comme “storyteller” sur Pearltrees et Storify ou comme “curateur” sur Scoop.it et Paper.li ?
N'être ni Terminator ni Big Brother
Pour se défendre, Wikipedia commence à adopter les armes de l’ennemi, principalement avec le bouton “Wikilove” qui permet de remercier un contributeur en lui envoyant une image, comme un like ou ou +1. Une mesure qui sent cependant le “trop peu, trop tard” face à tous les moyens développés par les social medias pour flatter nos égos. Il faudrait que Wikipedia en fasse beaucoup plus pour concurrencer les médias sociaux sur le terrain du personnal branding pour espérer concurrencer les médias sociaux, mais ça voudrait dire abandonner son idéal californien qui place la machine au coeur des intéractions. La guerre entre web 2.0 et social media fait rage, une guerre entre deux futurs, Terminator ou Big Brother, et ce dernier est en train de gagner.
Si Wikipedia veut survivre, il faudra trouver une façon d’adapter son Terminator sans se transformer en Big Brother. Ca tombe bien, on avait envie d’aucun des deux.
Ca donnerait quoi si on imprimait Wikipedia sur papier ?
A l'heure où on mesure l'empreinte carbone des activités numériques (genre surfer sur Google produit-il trop de CO2 ?), on peut se féliciter du bénéfice écologique apporté par Wikipedia.
Imprimés, ses 3 millions d'articles représenteraient l'équivalent de 652 tomes de l'encylopédie Brittanica. Ci-dessous, 400 articles de référence compilées dans un seul ouvrage de 5000 pages. Soit moins de 0,001% du total des entrées sur l'encylo en ligne...

Alors que s’est ouvert en France le procès pour escroquerie de l’église de Scientologie et de six de ses responsables, les membres du Comité Arbitral de Wikipedia ont voté à l’unanimité l’interdiction de toutes les contributions postées depuis des adresses IP appartenant ou étant exploitées par la secte et ses mouvements associés.
Le litige a duré six mois, c'est le plus long de l’histoire de l’encyclopédie libre. A force de modifications d’articles à des fins de propagande, en violation du principe de neutralité de point de vue, Wikipedia a dû trancher, bloquant pour la première fois une organisation toute entière. Karin Pouw, une porte-parole de l'église, a évoqué une procédure de routine sans grand impact, regrettant les "propos très haineux" qui ont été écrits sur le site.
En réalité, les éditions opérées par les membres de la secte ne relevaient pas de la simple correction d’éléments diffamatoires ajoutés par des détracteurs, l’église avait recours à de multiples auteurs coordonnant leurs interventions et changeant d’IP en permanence. Tory Christman, ancien membre du bureau des affaires publiques de la Scientologie ayant quitté la secte en 2000, témoigne des efforts massifs déjà entrepris à la fin des années 1990 pour épurer le web des critiques à l’encontre du mouvement.
Les ordinateurs identifiés seront donc tous bloqués, la technique ne permettant pas d’empêcher l’accès aux seuls articles qui concernent l’organisation. Ces comptes ne contribuaient cependant que très rarement sur d’autres sujets.
L’encyclopédie se veut de plus en plus vigilante sur ces questions, il en va de sa crédibilité.
L'encyclopédie libre est riche, très riche, trop riche. Alors pour ceux qui ne souhaitent pas se farcir quatorze tours de molette et la lecture douloureuse de curieux schémas afin de comprendre ce qu'est un atome, la fondation publie depuis un certain temps déjà des versions allégées de ses définitions sur simple.wikipedia.org.
Écrite en anglais basique, c'est-à-dire avec 1000 mots seulements, cette encyclopédie est destinée aux enfants, à ceux qui aprennent l'anglais, et à ceux qui ne veulent pas en savoir trop sur un sujet. Les définitions sont beaucoup plus courtes.
Mais pour certains, c'est toujours trop long, et pas du tout assez con. L'équipe d'I can has cheeseburger vient donc de mettre en ligne 140pedia, une encyclopédie collaborative limitant ses définitions à 140 caractères, "Wikipedia as told via Twitter".
Première entrée publiée : Brokeback Mountain (Film) 2 non-gay dudes go 2 gayest named mt. ever n learn dey r teh gay. Hot priv. gay love ensues. Str8 guys cry on viewing…
Catherine nous demande : " Dans la série wikipedia, peut être serez-vous intéressé par les applications faites avec l'API de l'encyclopédie libre, qui permettent des représentations graphiques de la structure interne des contenus ? " En remaniant (à peine) la question et en illustrant le propos, notre réponse est... oui, mille fois, oui. Merci, Cathy ! 
Illus 1 : La structure des liens de la fiche de Marcel Duchamp, représentée ici par Le Wikipedia roll (www) 
Ills 2 : la même page, représentée ici avec Wiki Mind Map (www). .
PS1 : C'est l'été. Aeiou était un peu en stand by ces deux dernières semaines mais nos lecteurs n'ont pas chômé, et nous ont envoyé de belles trouvailles dont je me suis inspiré ici. Merci à eux !
PS2 : A propos de Wikipedia... signalons le lancement cet été de l'encyclopédie contributive de Google intitulée knol, que nous avions précédemment annoncé. Lien vers le site US.
L'année dernière, le projet Wikipedia for Schools proposait une version (anglaise) allégée (792Mo quand même) de la célèbre encyclopédie libre à destination des écoles n'ayant pas les moyens de se payer une encyclopédie papier traditionnelle.
Bonne année, Google ! Trois semaines après l'annonce du prochain lancement de Knol, l'encyclopédie concurrente de Wikipedia, Jimmy Wales (MAJ) lance aujourd'hui Wikia Search, un moteur de recherche alternatif à Google.
Signes particuliers :
- l'algorythme de Wikia Search est open source, contrairement à celui Google
- l'indexation se veut moins quantitative que qualitative (moins de résultats, censés être plus pertinents)
- elle est affinée de contributions humaines anonymes, sur le modèle éprouvé de l'encyclopédie libre.
L'objectif dixit Wikia serait de grignoter en 2008 3 à 5% de parts de marché de la recherche en ligne. Un peu comme Firefox avec IE ?
Correctif : Wikipedia et Wikia Search ont seulement en commmun d'avoir Jimmy Wales comme (co)-fondateur. Les deux structures n'ont cependant rien à voir, Wikia Search étant une entreprise commerciale. Merci à Yann_L et Kelson pour le rectificatif.
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