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Un jour, le web vous donnera régulièrement à lire du vrai multimédia interactif. Pour l'heure, il vous livre quotidiennement des vidéos.
Rojo Tv Le déjà très bon magazine espagnol ROJO, consacré à l'art contemporain, se lance dans l'art vidéo.Hier, à Milan, a en effet été inaugurée ROJOtv qui propose une sélection conséquente de vidéos d'art d'artistes du monde entier. Difficile de vous conseiller l'une d'elle en particulier car la qualité est souvent au rendez-vous, et comme toute chaine de télé, le meilleur reste quand même de simplement regarder et être surpris par un programme qu'on aura pas choisi. Pour ceux qui font le pont et qui ne comptent pas sortir malgré le beau temps, voici un bon moyen d'éviter la vision suicidaire des chaînes de télé traditionnelles. [Illus : Satanic messages in digital video, Yoshi Sodeoka] You tomb : le cimetière de Youtube Que sont devenues les vidéos disparues de Youtube ? Et pour quelle(s) raison(s) ont-elles été retirées ? Initié par le MIT Free Culture, le serveur YouTomb est un projet de recherche qui permet de conserver la mémoire des vidéos qui été supprimées de Youtube, après y avoir vécu une exploitation "pirate" de quelques minutes à plusieurs semaines. Un moteur de recherche analyse en temps réel les feeds du site de partage, pour en extraire uniquement les vidéos censurées. Une base de données conserve les informations qui décrivaient la vidéo (Titre, Description, Tags utilisés) et quelques captures écran de celle-ci. Surtout, le projet permet de connaître le classement et les motifs de retrait invoqués, qui sont de trois ordres : - 1. Vidéo supprimée par l'utilisateur (has been removed by the user), sans plus d'explication. - 2. Vidéo retirée par l'algorihme de Youtube pour violation des CGU (due to terms of use violation). - 3. Vidéos supprimée suite à une plainte pour violation du droit d'auteur (due to a copyright claim by...). Suit surtout une litanie de noms des grandes marques de l'entertainement et du sport qui ont demandé ces retraits. Parmis les plus zélées : Viacom, NBC Universal, l'Association of Copyright for Computer Software ou la National Football League. Voir le classement ici. Plus politique, l'Eglise de scientologie se hisse à une bonne place dans ce top of the pops des entités morales qui, par delà la protection de la propriété intellectuelle, gèrent parfois aussi leur réputation. A noter : l'algorithme de Youtube invoque deux autres motifs de disparition inconnue : Unknown:only18 et Unknown:private. Trois questions dispensables à... Michael SzpakowskiCollaborateur de DVblog, vidéaste, musicien, plasticien... La liste des faits d'armes de Michael Szpakowski est longue et ne s'arrête pas à au web.
Pas plus tard que la semaine dernière, il était en Grèce, à projeter sur la façade d'un hôtel la figure fantômatique d'une jeune fille au son de la bossa nova... Sans trop de surprise, c'est donc en vidéo qu'il a décidé de répondre à nos trois dispensables questions. [Cliquez sur les images pour télécharger ou lancer les réponses vidéo.] 1- La vie est-elle diffusée en haute résolution ? Smile clubJohn Cleese visite un club indien de rire yoguique. Le Graal retrouvé : Les Pixies en tutuLa vidéo zarbie du jour nous vient de Boing Boing, assez incongrue pour rester scotché trois minutes.
On ne sait pas trop où ça se passe, mais c'est le spectacle de fin d'année d'une école de danse quelconque, et le chorégraphe, probablement sous hallucinogènes, n'a rien trouvé de mieux, pour son final, que de coller "Where is my mind" des Pixies à fond les ballons pendant que ses petites danseuses enchaînent entrechats et jetés en tutu. Un truc de ouf, comme diraient les jeunes, et Kamel Ouali peut aller se coucher tranquille : la relève est assurée. Pochettes comestiblesAlors puisque le dernier billet consacré ici aux pochettes de disques avait déjà été traité par les
Voici donc Obacchi Jacket Lunch Box, le projet de cuisiniers japonais et mélomanes qui s'amusent à reconstituer des pochettes de disques à partir des ingrédients traditionnels de leur bento. Ci-dessous, la démonstration avec l'album Evil Empire de Rage Against The Machine. Et plein d'autres sur Pink Tentacle, ainsi que sur le blog des auteurs. Melodyne : révolution sonoreMelodyne n'est pas un nouveau groupe super tendance. C'est un logiciel.
Sorti en 2001, ce séquenceur faisait déjà grand bruit car pour la première fois, un échantillon sonore était analysé et placé sur une portée, permettant ainsi d'en modifier la tonalité, sans trop de perte de qualité, et vraiment très facilement. Aujourd'hui, les concepteurs du soft vont plus loin en proposant Direct Note Access, une amélioration monstrueuse qui permet ni plus ni moins d'extraire chaque note d'un accord pour les travailler indépendamment. Il y a encore quelques années, cette possibilité relevait de la science-fiction pour les pauvres musiciens qui avaient fait venir leur pote violoniste de Toulouse et qui s'apercevaient, après son départ, qu'il s'était gourré sur une note. Tout ça, bien sûr, doit paraître un peu obscure pour nos lecteurs qui ne sont pas familiers de la retouche sonore, alors comme une vidéo vaut toujours mieux qu'un long discours... Vladimir Mavounia Kouka (Sélection vidéo 10/10)Posté par Charlie Mars le 12.04.08 à 10:56 | tags : vidéo
Note : Dernier billet de Charlie Mars qui nous dévoile ses pépites dénichées sur Dailymotion. La totale : ici. Son espace Dailymotion : www Le mot de la fin ? Merci à tous, et bon week-end. Retrouvez Charlie Mars en ligne là. Courir vers notre mort Eliza Fernbach n'a peut-être pas lu Pascal, mais tout comme le penseur français, a vécu elle aussi sa révélation mystique.C'était en 2000, dans un aéroport, où un inconnu lui demanda tout simplement "Rushing to your death ?" (Vous courez vers votre mort ?). Depuis ce jour, ces quelques mots sont devenus pour elle une véritable obsession, qu'elle s'est mise à développer sur toutes sortes de supports : films, banderoles, autocollants (à vendre), pages web... Son but : alerter ses contemporains sur leur capacité à faire une pause. Un projet étonnant de naïveté, qui dans le cas de sa banderole au bord de l'autoroute (ci-contre), ressemble plus à une campagne de la prévention routière qu'à une oeuvre d'art. Et Pascal, dans sa tombe, doit vraiment soupirer, et répéter sa célèbre pensée : "Nous courons sans souci dans le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir." Pas sûr qu'il parlait d'une banderole... Dale Hayward (Sélection vidéo 9/10)Posté par Charlie Mars le 09.04.08 à 10:04 | tags : vidéo
Note : Neuvième billet de Charlie Mars qui nous dévoile ses pépites dénichées sur Dailymotion. La totale : ici. J'apprécie énormement les histoires de petites fleurs qui chantent. Dale hayward est un animateur canadien plutôt doué, sur tous supports... Baston de pochettesLes pochettes de disques sont peuplées de toutes sortes de gens. Tomatoes & Radiowire Beaucoup considèrent l'album "In The Aeroplane Over The Sea" de Neutral Milk Hotel comme le meilleur album de tous les temps, et je suis pas loin d'être d'accord.Paumés sur une autoroute américaine, deux artistes se faisaient justement cette réflexion, quand leur est venue l'idée de concevoir un film d'animation qui illustre l'intégralité de l'album. Découragés par l'ampleur de la tâche, ils ont finalement réduit leurs ambitions et proposé à 11 vidéastes d'illustrer chacune des pistes de l'album. Après deux ans et demi de travail, ça donne Tomatoes & Radiowire, projet complètement non-officiel, hommage vidéo au groupe cultissime de Jeff Mangum. Et une news que Playlist n'aura pas ! Krozm (Sélection vidéo 8/10)Posté par Charlie Mars le 04.04.08 à 10:27 | tags : vidéo
Note : huitième billet de Charlie Mars qui nous dévoile ses pépites dénichées sur Dailymotion. La totale : ici. Krozm est un collectif australien. Ambiances léchées et clip éthérés... La preuve en deux vidéos : Footer Dardanelles (Director's cut) : Et Midnight Juggernauts - Tombstone : Site de Krozm : www. Ekolopathe par Gilz & Julien David (Sélection vidéo 6/10)Posté par Charlie Mars le 03.04.08 à 09:59 | tags : vidéo
Note : septième billet de Charlie Mars qui nous dévoile ses pépites dénichées sur Dailymotion. La totale : ici. Ces deux-là ont des univers bien différents... Pourtant, lorsqu'ils s'associent, le résultat est plutôt pertinent. Voir aussi le travail très particulier de Julien David : www. Et celui de Gilz : www Netfilmmakers 13e La 13e édition de netfilmmakers.dk, mini-festival en ligne de vidéos "pour le web", vient de commencer, avec trois vidéos sélectionnées par Zeenath Hasan sur le thème "To kill at dusk with Foam", tiré du Mahabharata.Entre l'aquatique "Apfelschnappen", le méditatif "Debris" et le yogique "Nasal Sceptre", trois évocations contemporaine du rapport de l'homme à l'univers au travers d'actions minimalistes. Révolta, Kilomètre Zéro : le film (Sélection vidéo 6/10)Note : sixième billet de Charlie Mars qui nous dévoile ses pépites dénichées sur Dailymotion. La totale : ici. Pour se faire une idée, avant de s'installer confortablement devant son ordi, voici la bande-annonce : Avant de commencer la séance... Le film Révolta, en version intégrale : Teaser : " Frank part en voiture vers la Révolta, un petit pays utopique fondé pour servir d’état refuge aux révolutionnaires du monde entier, un pays que son père a contribué à fonder. Depuis sa création, la Révolta est en perpétuelle guerre civile. (...) Au début du film, frank se réveille seul, au milieu du désert, dans une voiture accidentée. A l’intérieur, il trouve une petite caméra et une valise remplie de cassettes. A la recherche de son passé, il enclenche la première, étiquetée "Kilomètre Zéro". Il découvre alors les images de son voyage vers la Révolta. " Hacking façon BanksyDixit Christophe : "Un blogueur français se fait de la pub en employant des techniques façon Banksy. La vidéo est vraiment bien :"
Du blogueur Brad-Pitt Deuchfalh on avait parlé (un peu) ici et là. On avait aussi causé du Paris Hilton Punked, le détournement grandiose signé Banksy. On est donc heureux de remercier Christophe pour cet agréable moment de nostalgie mémétique. (vous aussi vous pouvez proposer vos news ici ; on ne publie pas toujours très vite, mais on publie parfois...) L'avant-garde sans le savoir (8) Tout le monde ne le sait pas, mais le premier travelling de l'histoire du cinéma a été réalisé, presque involontairement, par Alexandre Promio, opérateur des frères Lumière, à Venise en 1896.En recherche permanente de nouvelles prises de vues pour le tout récent cinématographe, Promio a l'idée, pour filmer le Grand Canal, de poser la lourde machine sur une gondole en mouvement. On peut difficilement imaginer la sensation qu'ont dû ressentir les premiers spectateurs de cette révolution graphique, se prenant de plein fouet la prémonition de Jean-Luc Godard selon laquelle "un travelling est une affaire de morale". Une chose est sûre : au moment de l'enregistrement de ce Panorama du Grand Canal vu d'un bateau, Promio ne pouvait que se douter qu'il était en train de réaliser un effet qui allait faire date, et placer son film un cran au-dessus des mornes plans fixes de rigueur chez les autres opérateurs. 8 - La colline a des oreilles Geowink fait du vélo. De la randonnée plus exactement. Et son activité l'emmène dans les paysages buccoliques de la Virginie de l'Ouest, où quasiment pas une voiture ne vient troubler le doux ronronnement de l'herbe qui pousse. C'est du moins ce qu'il croit, en enregistrant sa série "WV Downhill", équipé visiblement d'une caméra très maniable, téléphone ou appareil miniature. Car si ses oreilles à lui sifflent légèrement du fait de l'air qu'il transperce à pleine vitesse, le micro de son appareil est pour sa part impuissant à retranscrire le vent violent qui s'y engouffre. Et en fait de calme travelling à vélo au milieu de la campagne, la saturation transforme le film en plongée apocalyptique, où tout gronde, et tout explose. La nature environnante, la route qui défile, les ombres des arbres immobiles, tout se change en infernal tableau grouillant et assourdissant, où les vibrations du vélo impriment au film un effet d'accélération et de déconnection du réel que n'auraient pas renié un Stan Brackage ou un Jonas Mekas. A l'entrée du sous-bois, le spectateur n'est déjà plus sur un vélo, et le visage du cycliste qui l'accueillait au début du film s'est perdu, sur une autre route, à un autre moment, pour que le seule demeure la bouche béante du cadre, qui absorbe à grande vitesse des kilomètres de bitume, qui mange littéralement l'espace tout autour sans aucun ménagement, sans faire le moindre détail, et dont la bruyante digestion emplit tout le spectre sonore. Tout comme Promio en 1896, l'anonyme Geowink apporte une illustration frappante à la moralité du travelling défendue par Godard. En faisant involontairement de son film un objet saturé et surréaliste, il démontre, en contre-point d'un muet Grand Canal vénitien, que ça n'est pas parce qu'on filme tout qu'on voit tout. Besoin de super-héroïsmeLe monde a besoin de super-héros. Wata !
Ode aux cinéastes amateursPour ceux qui trouvent que Ed Wood, c'est vraiment trop mainstream et que Michel Gondry n'est rien qu'un vendu d'Hollywood, allez faire un tour sur le phénoménal Cine Massacre de James Rolfe.
Apôtre de la série-moins-que-Z, champion toute catégorie du bricolage, l'individu conçoit, depuis qu'il est tout petit, des vidéos complètement barrées à base de bouts de ficelle et de litres de ketchup mettant en scène des copains et des gosses du quartier dans des rôles aussi profonds que le Senseï Gay, le Ninja Loup-Garou, et bien sûr des légions de zombies qui attendent patiemment la décapitation au plan suivant. Maintenant à la tête de deux bonnes centaines de vidéos, Rolfe a décidé, pour son 200e film (!), de consacrer un documentaire à son oeuvre, expliquant sa passion, ses techniques de tournage et de montage, exemples à l'appui. On reste scotché devant une telle débauche d'énergie, déployée sans aucun autre but que celui de se divertir et de faire rigoler ses nombreux fans. "L'ambition est le dernier refuge de l'échec", disait Oscar Wilde, et James Rolfe en est le plus bel exemple, soldat solitaire dans la guerre qui oppose la platitude à X millions de dollars d'un blockbuster estival aux milliers d'âneries sans prétention d'une poignée d'amateurs. Non-sous-titrées, les 23 minutes de ce documentaire seront peut-être un peu laborieuses à suivre pour les non-anglophones, mais pour les autres, apprêtez-vous à pénétrer dans le monde merveilleux du montage à deux magnéto, du mixage de la musique en direct sur le tournage, dictaphone à la main, ou encore des ralentis réalisés en filmant sa télé image par image. Du grand art. A noter que ce billet ne fait pas partie de la série des avant-gardes sans le savoir, mais franchement, le coeur y est... Big Dog : robot arachnéen en forme de chienNous qui travaillons dans un quartier sensible en terme de déjections canines (le seizième arrondissement), ne pouvons qu'applaudir cette incroyable démonstration de civisme canin :
La tentation est grande d'y voir une chorégraphie de Découflé ou une production de série Z surfant sur l'imaginaire kafkaïen, mais il s'agit bel et bien d'un prototype de quadrupède robotisé, conçu par Boston Dynamics et financé par l'armée américaine. Son petit nom : Big Dog. Gentil, le chien. Triny Prada et la justiceArtiste franco-colombienne, invitée du festival Vidéoformes à Clermont-Ferrand, Triny Prada a fait les frais, le 12 mars dernier du zèle de policiers clermontois.
La scène, malheureusement trop banale depuis plusieurs mois, est relatée en détails par Loiez Deniel, président du festival, et la version de Gabriel Soucheyre, présent sur les lieux, apparaît elle aussi dans les commentaires de l'article. Plus important que tout, le témoignage vidéo de Triny Prada vient d'être mis en ligne [MAJ 18/03 : en streaming, c'est encore mieux.]. A la lecture et à l'écoute de ces récits détaillés, on se souviendra bien sûr des grands shows médiatico-démocrates où le candidat Sarkozy, alors Ministre de l'Intérieur, répondait sèchement à un jeune homme accusant les forces de police de violences. A l'époque, les propos du ministre étaient sans ambiguïté, et condamnaient avec fermeté ces comportements, promettant même de s'occuper de ces affaires personnellement... si les faits étaient vérifiés. [Le compte-rendu de l'émission par un militant UMP sur ce site en faisait d'ailleurs largement mention.] A-t-on entendu, depuis, à quelles enquêtes ces plaintes publiques ont mené ? Bien sûr que non. Attaquer frontalement une présumée victime, pour enfin ne pas donner suite à ces promesses de justice avait (et a eu) un seul objectif simple, médiatiquement parlant : changer le témoignage en "on dit" et le témoin en menteur. Aujourd'hui pourtant, avec l'affaire Triny Prada, qui survient à peine une semaine après un autre incident du même genre, les victimes ne sont plus de simples "racailles de banlieue" molestées et humiliées, mais des artistes d'un côté, et des étudiants de l'autre. Mauvaise pioche pour les policiers zélés mis en cause, puisqu'une plainte sera en effet déposée auprès du procureur de la République à Clermont. On pourrait se rejouir de ces démarches, tout en souhaitant que la justice autorise encore des recours contre des forces de l'ordre indélicates, mais comme on vient de le dire, il s'agit là d'artistes, intégrés à la vie de leur cité et de leur pays, socialement fréquentables et dignes de confiance a priori. Mais qu'en est-il des autres ? De tous ceux qui sont victimes des mêmes abus mais ne possèdent pas la stature sociale suffisante pour leur permettre d'être de bonne foi a priori ? Outre la constatation que ces débordements scandaleux continuent de se multiplier en France, c'est bien la principale question qui serait à débattre aujourd'hui. Porno chocoAu début, c'est mignon et romantique, puis ça devient carrément immonde, jusqu'à rappeler la mythique scène finale du grand Society de Brian Yuzna.
Du porno à base de chocolats, conçu par la société Giant Ant Media. Une étoile de plus dans le panthéon geekAvant qu'on appelle les geeks des geeks, on ne les appelait pas. Du moins, en France.
Outre-atlantique en revanche, on pouvait souvent les qualifier de "nerds", même si aujourd'hui, les définitions sont devenues tellement précises qu'un "nerd" n'a bien sûr rien à voir avec un "geek". Beaucoup de caractères, physiques et sociaux, permettaient de reconnaître un "nerd", et l'un d'eux était sans conteste le fait que plusieurs fois par semaine, le brave retrouvait ses petits camarades pour se livrer à des parties de jeu de rôle acharnées et interminables. Sur la couverture du livre de règles du jeu de rôle fondateur, Donjons & Dragons bien sûr, figurait la signature d'un homme, Gary Gygax, à qui les joueurs du monde entier livraient un culte respectueux et reconnaissant. Sans Gary Gygax, point de Donjons & Dragons, pensaient-ils, peut-être à raison. Et sans Donjons & Dragons, point de jeu de rôle, sans jeu de rôle, point de RPG dans des univers médiévaux-fantastiques, voire pire encore... point de MMORPG... et point de WoW ! Qui sait à quoi les geeks d'aujourd'hui joueraient si Gary Gygax n'avait pas conçu les règles avancées de Donjons & Dragons il y a maintenant 30 ans ? Peut-être qu'un autre l'aurait fait... Mais peut-être pas. Hier, mardi 4 mars, Gary Gygax est mort, et ce qui reste des rôlistes sur table sont orphelins. Et pour tous ceux qui n'ont toujours pas compris ce qu'était un jeu de rôle sur table, une petite vidéo virale pas toute neuve, mais un bien bel hommage à cette communauté de comédiens en herbe, qui à l'aide de dés et de feuilles de papier, inventaient des mondes où tout était possible. [La deuxième partie est disponible ici. Et l'ensemble de la série là.] L'avant-garde sans le savoir (7)Dans "Le Chateau" de Kafka, il y a ce personnage qui indéfiniment raconte la même histoire. On est à première vue face à l'une de ses nombreuses vidéos purement exhibitionniste où un modèle sans visage s'expose pour le bonheur d'internautes voyeurs. Des jambes serrées dans un collant opaque, des chaussures à talons dans lesquels un pied gigote comme pour dire bonjour à la caméra, et en arrière-plan, les câbles emmêlés d'une prise multiple qui nous racontent que nous ne sommes pas dans un espace privé, mais bien au bureau. Sous le bureau, pour être précis. Un brin de fétichisme lynchien fait s'attarder l'objectif sur le détail démesuré d'une chaussure, et soudain, alors que le voyeur s'attend à une reproduction des codes de l'érotisme héritée de la scène des jambes du Emmanuelle original de 1974 ("Lui n'aura que tes jambes. Un seul homme ne t'aura pas toute entière."), la vidéo bascule dans un gros plan extrême et pénètre littéralement la texture du collant. L'érotisme a disparu, poussé dehors par l'abstraction, et quand la mise au point réussit à capter les mailles du nylon, la perspective s'inverse pour changer le petit en grand, le détail en paysage. A ce moment, la fascination fétichiste du collant l'a emporté sur celle des jambes, jusqu'à l'absurdité d'une caméra posée à même la matière synthétique. D'une vidéo supposée érotique, on est passé à une manifestation obsessionnelle, et les autres films du bien nommé Strumpfhosenlover (littéralement : l'amoureux des collants) en sont la confirmation. Le même modèle, sans visage, répète les mêmes mouvements, dans le seul but de montrer ses collants, et rien que ses collants, en une effrayante galerie de contre-plongées presque identiques, où les variations (de couleur, de texture) ne peuvent plus être comprises que par une autre victime de la même obsession.
![]() De retour dans le Chateau de Kafka, où on est contraint d'entendre encore et encore la même histoire, l'aspect sensé du récit s'érode, les codes classiques de la représentation s'évanouissent, et ne reste plus que la folie, au coeur même du monde du travail, où la passion incompréhensible pour un bout de tissu synthétique l'emporte sur tout le reste : le bureau, le parquet lisse, et bien entendu, la femme elle-même.
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