Depuis hier, le portail de données publiques de l'État, annoncé de longue date par François Fillon, a ouvert ses portes au public. On y trouve assez peu de choses pour l'instant, mis à part des tableaux Excel plein de chiffres sur le nombre de logements sociaux en Saône-et-Loire, mais on nous promet de plus amples informations à l'horizon 2012. Au fond, à quoi tout cela peut-il bien servir ? Les enjeux sont-ils purement communicationnels ? L'open data public est-il une alternative molle à WikiLeaks, qui cache plus de choses qu'elle n'en dévoile ?

Il faut bien l'avouer, ce portail existe davantage pour la symbolique, du moins au yeux du quidam, que pour une réelle utilité. Data.gouv.fr n'est que la déclinaison française d'un principe qui a déjà été mis en place dans plusieurs pays, États-Unis en tête, et sert donc à amener la France dans le club ouvert des nations qui jouent la carte de la transparence. Vous pourrez donc, à terme (et en théorie), consulter ce que votre mairie ou votre collectivité territoriale a mis à disposition pour vous, même si cela ne vous servira à rien.
La nouvelle, en revanche, peut avoir un intérêt substantiel pour les professionnels, qui arriveront à tirer judicieusement parti de ces données dans de nouvelles opportunités de business (et donc de créations d'emploi), ou les journalistes, qui pourront ajouter cette ressource informationnelle aux statistiques de L'insee, déjà ouvertes depuis un bail. Nombre de places en crèche, budgets territoriaux, utilisation des impôts, la palette devrait être assez large. On peut imaginer des applications usuelles assez intéressantes, pour les jeunes parents, les associations environnementales...
Tout cela est évidemment indiscutable, à n'en point douter. Mais devant le peu de données disponibles jusqu'à présent, et les annonces qualitatives sur les potentialités de remplissage de l'outil restant somme toute très évasives, on aurait tendance à se dire que la raison d'être de ce portail se situe ailleurs.
De la lumière pour camoufler l'ombre ?
Certes, aucun outil n'est parfait lors de son lancement, c'est d'autant plus vrai lorsqu'il s'agit d'un service numérique lancé par une institution publique, avec toute la machinerie poussive que cela peut impliquer. Mais la réussite communicationnelle qui va de pair avec cette mise en ligne d'un portail un peu désert a de quoi interloquer.
Pourquoi maintenant, déjà ? Pourquoi ne pas stimuler un remplissage substantiel de données pour livrer quelque chose de plus "rempli" ? Pourquoi diable fournir ces données en un seul format, généralement fermé ? Et enfin, pourquoi ne pas avoir développé d'outils graphiques pour rendre ces données compréhensibles, directement en ligne ?
Franchement, il y a fort à parier pour que ce portail ait pour but de ne pas être utilisé. Pas par nous, simples néophytes qui n'avons pas eu de formation en base de données. Mais il y a bien une chose que Data.gouv.fr réussit à merveille, c'est bien de nous donner cette impression de transparence parfaite. À six mois de l'élection présidentielle.

Rappelez-vous, derrière ce nom barbare se cache en fait le concept même de WikiLeaks et de ses rejetons : se poser en vecteur médiatique d'informations potentiellement secrètes et considérées comme dangereuses, ou tout au moins accablantes. L'open data, en tant que concept, est intouchable, et ce genre de portails publics, au moins dans l'idée, ont un grand mérite d'exister. Mais le meilleur moyen connu, pour une structure officielle ou commerciale, d'endiguer des pratiques considérées comme néfastes à leur bon fonctionnement, est encore d'imiter ces pratiques, ou d'en donner l'illusion, pour détourner l'attention. L'industrie culturelle l'a bien compris : le téléchargement illégal a été fortement ralenti par la mise en ligne volontaire de nombreuses œuvres de l'esprit, par extraits, comme produits d'appel. Ici, la mise en place d'un tel portail rend potentiellement caduque, aux yeux des gens, le travail de WikiLeaks.
Sauf qu'évidemment, toutes les informations mises en ligne sont d'un inintérêt total, et ne rendent service qu'au symbole. Il n'y a aucune dynamique partisane sur Data.gouv.fr, ce qui est logique, le site étant mis en place par le gouvernement français. Mais il joue sur les plate-bandes de contre-pouvoirs indispensables, probablement sans le vouloir, mais le résultat est le même. L'open data a bon dos : il vient de se mettre malgré lui au service de la communication implicite d'une certaine idée de la France. Les dossiers compromettants, eux, resteront bien au chaud dans leurs classeurs.
A lire également : Le monde peut-il se passer de WikiLeaks ?
Pirates, voleur virtuels, casseurs du Net ? La plupart des gens se méprennent sur la véritable identité des hackers. Le terme anglais, qui signifie “bidouilleur, bricoleur”, désigne en fait les programmeurs assez astucieux pour utiliser une machine ou un système dans un but différent de celui prévu à l’origine. On l’ignore trop souvent, mais beaucoup de personnalités reconnues pour leur travail visionnaire ont été des hackeurs, à l’image de Steve Wozniak (ex-Apple) ou Julian Assange (WikiLeaks). Il y a bien entendu deux faces à la médaille, les “White Hats” ayant décidé de mettre leur talent au service de nobles causes, au contraire des “Black Hats” plus malfaisants. On parie que dans ce florilège des hackers les plus célèbres de la planète, vous en connaissez au moins quelques-uns.
Voir le diaporama : les hackers les plus célèbres
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