Depuis l’avènement des réseaux sociaux, ce n’est pas un scoop, la vie réelle a été définitivement impactée. Certains se suicident en le faisant savoir à leur réseau avant de passer à l’acte, d’autres sont assassinés parce qu’un statut amoureux ne plaît pas au mari éconduit ou bien encore perdent leur travail à cause du commentaire de trop à propos de leur boss. Aujourd’hui, le dernier épiphénomène tendance est de louer une fausse copine virtuelle sur Facebook. En même temps, quand des sites comme Fakegirlfriend.co et Fakeinternetgirlfriend.com en font leur fonds de commerce, la chose devait finir par arriver.

D’après le site Tribords.com, Cathy, 23 ans, étudiante new-yorkaise qui aurait eu ses chances pour jouer dans la saga American Pie, loue ses services et se fait passer pour la petite copine du moment : il suffit de payer 5$. Cela ne coûte pas cher, c’est uniquement virtuel, et ne dépasse pas quelques jours. Il y a plus crevant pour gagner une petite poignée de dollars. L'opération est aussi intéressante si elle en vient à se répéter.
Si certains proposent de zombifier votre photo, d’autres surfent (avec moins de brio) dans le sillage de l'étudiante dont le pseudo est Cathy01.


Quoi ? Qu'est-ce ? Comment se fait-ce ? On apprenait la semaine dernière que les commentaires qui pullulent sur les sites de vente en ligne seraient copieusement bidonnés ! C'est notre très littéraire secrétaire d'Etat au commerce et à la consommation, Frédéric Lefebvre, qui l'a compris avant tout le monde. Si on lui recommande un bon livre comme "Zadig & Voltaire" (sic), ou si on lui conseille un beau polo sur Internet, il veut être sûr que ce soit un véritable avis de consommateur. Et pas un message posté par le marchand lui-même ou l'agence chargée de son e-réputation.

Du coup, il avait demandé à la Direction des Fraudes (DGCCRF) d'étudier la question sur toute l'année 2011. Au terme de cette enquête, huit entreprises ont fait l'objet d'un procès-verbal pour pratiques commerciales trompeuses. Parmi elles, des enseignes de vente en ligne, dont certaines "bien connues du grand public", mais aussi une agence conseil en e-réputation. Un instant : il y aurait donc, dans le pays des droits de l'homme, de vils conseillers sans foi ni loi, capables de se faire passer pour des consommateurs histoire de faire mousser une marque qui le leur demande ?
Stop l'hypocrisie : chacun sait pertinemment que le business des "faux commentaires" constitue une part significative du revenu des innombrables agences conseil en "social média", "stratégie réseaux sociaux", "community management" ou autres crypto-foutaises. Or depuis quelques années, celles-ci poussent comme des girolles après une bonne averse d'automne. Et demandez à n'importe lequel de vos amis travaillant depuis peu pour une de ces boîtes, il vous dira sans complexe combien de faux avis de consommateurs celles-ci postent tous les jours...

Problème : selon les spécialistes du sujet, 70% des internautes feraient confiance aux avis de consommateurs, alors que 98% des sites de commerce en ligne n'auraient aucun moyen de garantir leur authenticité. Pour y remédier, c'est l'AFNOR (Association Française de Normalisation) qui s'y colle, en réunissant à partir du 10 janvier des restaurateurs, représentants du monde hôtelier, syndicats de tourisme et autres site marchands afin d'élaborer une norme en la matière.
Seul hic, déjà relevé par les experts : aucun site n'est légalement tenu de respecter une quelconque norme. Il y a donc fort à parier que les poursuites... se poursuivront. Et lorsqu'on demande en "off" au patron d'une société spécialisée dans l'e-réputation s'il n'a pas l'impression que ça chauffe pour ses fesses, il nous répond du tac-au-tac : "Au contraire, ça prouve que ça doit être fait par des pros !". CQFD.
De l'autre côté de l'Atlantique, les internautes se mobilisent contre SOPA (pour Stop Online Piracy Act), un projet de loi poussé par les lobbyistes du copyright qui ressemble à une version hardcore du combo HADOPI + LOPPSI. La disposition la plus controversé de cette loi rendrait les sites responsables du contenu publié par leurs utilisateurs.
C'est à dire que si vous êtes Youtube et que quelqu'un met en ligne sur votre site une vidéo de lui en train de chanter une chanson d'un artiste Universal, ou bien si vous êtes Tumblr et qu'un de vos utilisateurs met en ligne un gif anime d'une série télé CBS ou NBC, vous avez intérêt à les retirer très vite sinon on pourrait leur infliger des pénalités qui iraient de la suspension de leurs revenus publicitaires à un bloquage complet du site. Et si vous êtes la personne qui a mis en ligne ce contenu, vous pourriez passer de cinq à dix ans en prison (cf la campagne Free Justin Bieber).
Petit bonus : vous pourriez tomber sous la juridiction de cette loi même si vous ne vivez pas aux USA, donc ça nous concerne aussi.

La résistance s'est bien évidement organisée sur les réseaux sociaux, en particulier sur Reddit, et Google, Facebook ou Wikipedia ont mis tout leur poids dans la balance pour lutter contre cette loi qu'ils considèrent liberticide et dangereuse pour leur business model. Déjà quelques unes des corporations qui soutenaient le projet font marche arrière, mais l'issue de la lutte reste incertaine. C'est évidement un climat propice à l'émergence de discours extrêmistes, et un de ceux qu'on voit poindre est, bien qu'attendu, assez intéressant : et si tout ça était une vaste conspiration.
Une conspiration contre la liberté
On retrouve cette idée dans les commentaires de Reddit et dans des vidéos YouTube : le piratage aurait été créé et encouragé dans le but secret de faire passer des lois comme SOPA et ainsi détruire le dangereux espace de liberté d'internet. Pour "preuve", on a retrouvé les liens entre CNET, maison mère de download.com, l'équivalent de notre telecharger.com, où on a pu télécharger depuis des années les successifs logiciels favoris des pirates : Napster, Kazaa, eMule, uTorrent... Or CNET apprtient à CBS, groupe de média américain qui soutient SOPA. On pourrait certainement trouver tout autant de liens dans tous les sens entre la plupart des "gros" sites internet depuis l'époque préhistorique de la fusion AOL/Time-Warner. Après tout, AOL a longtemps fourni l'accès à internet de la majorité des Américains, qui se sont empressés de l'utiliser pour pirater le contenu copyrighté Time-Warner. Ces géants pourraient-ils être si stupides ?
Cette théorie ne passe pas le rasoir d'Ockham, ce fameux axiome selon lequel les explications les plus simples sont les plus vraissemblables. Quiconque a travaillé au moins un peu dans une multinationale et/où pour un gouvernement sait qu'un plan de cette échelle, impliquant plusieurs filiales pendant plusieurs années, c'est tout sauf simple, surtout si en plus ça doit être fait dans le secret. A la question du paragraphe précédent on répondra que bien entendu, ces géants sont stupides. Tout comme le Diplodocus dont on dit qu'il avait la queue si longue qu'un intrépide Raptor pouvait en dévorer une partie avant que l'info ne parvienne jusqu'à son cerveau, dans les multinationale bien souvent la main droite ignore ce que fait la main gauche.
Pour satisfaire nos pulsions paranoïaques, on pourra tout de même se dire que s'ils ne l'avaient pas prévu, il existe sans doute au moins des législateurs effrayés par l'internet "non civilisé" qui sont bien content de pouvoir compter sur les pirates, les pédophiles et les nazis pour leur fournir un prétexte à des lois liberticides et néophobes.
Avec les chiffres du chômage au plus haut dans à peu près tout l'occident, une nouvelle tendance émerge dans les startup web : l'exploitation de la précarité.
Ce n'est pas très difficile d'imaginer comment l'idée est venue à plusieurs entrepreneurs de la Silicon Valley. Exemple : on vous attend pour un déjeuner super important avec les avocats d'un fond d'investissement russe, et vous faites tomber vos clés dans une bouche d'égout.
Ou bien vous avez décidé de faire travailler vos développeurs toute la nuit pour tenir la date de lancement et il n'y a plus de café dans la machine.
Vous n'allez tout de même pas gâcher votre temps quand chacune de vos minutes vaut des millions, alors qu'au même moment des millions de chômeurs se prélassent dans l'oisiveté complète en profitant de vos impôts ?
La solution a été trouvée par Zaarly et Taskrabbit deux sites / applications pour smartphones qui mettent en contact les gens qui ont trop d'argent et pas assezde temps pour faire la queue ou monter un meuble et les gens qui n'ont que du temps à offrir.
Ca peut sembler assez horrible vu de l'extérieur, de penser qu'on met à disposition d'une nouvelle classe de privilégiés toute une armée de domestiques précaires.
Dans les faits, cependant, pour l'instant il semble que cette armée corvéable à merci est surtout composée d'étudiants connectés qui cherchent des jobs adaptés à leur emploi du temps chaotique, et ces sites leurs permettent d'arrondir leurs fins de mois d'une façon moins contraignante qu'un job d'équipier chez Do Mac.

Le web 2.0 des pauvres
En fait c'est le propre de tout un tas de nouvelles start-ups à succès que d'offrir une alternative à l'économie traditionnelle à la saveur douce amère. Les plate-formes de crowd-funding comme Kickstarter ou Ulule ont ainsi permis la réalisation de plusieurs beaux projets grâce aux contributions de leurs membres, mais quand il s'agit de financer un disque ou d'aider une école on ne peut pas s'empêcher de se demander si ces projets n'auraient pas du être financés autrement.
Alors que l'économie mondiale semble ne jamais vouloir se remettre de 2008, ces nouvelles solutions sont à la fois bienvenues et inquiétantes. Internet offre de nouvelles nombreuses façon de pratiquer le système D, des sites comme AirBnB qui permettent de sous louer une chambre de votre appartement à ceux qui vous permettent de donner des cours en ligne, mais quand on sera tous dépendants de ce système D, comment retournerons nous à une situation moins précaire ?
Selon un rapport publié lundi par la compagnie newyorkaise eMarkerter, les adultes américains passent désormais plus de temps sur des appareils mobiles (smartphones et tablettes) qu'à lire des journaux ou des magazines.
Contrairement à ce que craignent ou président certains, la télévision se défend très bien face à la montée en puissance de ces nouveaux supports médias. Mieux, les Américains n'ont même jamais passé autant de temps devant leur écran TV, avec 274 minutes (soit 4 heures et 34 minutes) par jour en 2011, contre 264 l'an dernier. Ils consacrent en revanche 2 minutes de moins à écouter la radio (94 minutes contre 96 en 2010), et 6 minutes de moins à la lecture de quotidiens ou de magazines (44 minutes contre 50 en 2010).
En 2009, la lecture de la presse avait encore un temps d'avance sur les appareils mobiles (55 minutes contre 39), et faisait encore ex-aequo en 2010 (50 minutes chacun). En 3 ans, le temps de lecture de la presse a chuté de 19 minutes par jour chez nos amis américains.
Plus de net et de multitasking
Le temps passé sur internet continue en revanche de grimper, avec 167 minutes par jour, contre 155 en 2010. Pour les smartphones et autres appareils mobiles, la croissance est encore plus nette. Les Américains y ont consacré en 2011 65 minutes par jour, chiffre qui a doublé depuis 2008 (32 minutes).
Pour mieux mesurer la portée de ces chiffres, il faudrait toutefois savoir ce que font les gens sur leur smartphone. Sont-ils en train de consulter des sites d'info, d'envoyer des SMS ou de jouer à Angry Birds ? L'étude ne résout malheureusement pas ce mystère.
Le rapport publié sur eMarketer nous confirme en revanche que le multitâche est en plein boom, raison pour laquelle la télévision ou la radio ont moins morflé que la presse papier. En effet, si le temps global consacré à tous ces supports médias augmente significativement (693 minutes par jour contre 660 en 2010 et 635 en 2008), c'est qu'on a de plus en tendance à surfer sur son ordinateur ou à consulter son smartphone tout en regardant la télévision. Voire à faire les trois en même temps.
On parle beaucoup de la suprématie des chats sur internet, des Lolcats au Keyboard Cat en passant par Maru, au point qu'à en croire certaines théories, l'internet serait fait de chats. Ces théories sont cependant basées sur l'anecdote plutôt que sur une véritable recherche scientifique, et selon une étude de millions de datas menée par bit.ly, le leader des racourcisseurs d'URL, l'animal le plus partagé sur internet ne serait pas le chat mais le chien.

Bit.ly n'est pas Google, mais leurs données sont tout de même plutôt fiables, et on a toute raison de leur faire confiance, surtout si comme moi on n'aime pas les chats.D'après eux, 37% des animaux mignons partagés en utilisant leur service seraient des chiens, ce qui représenterait 50% de pages en plus que celles consacrées aux chats.
Vous trouvez ce résultat peu crédible, malgré tout, à cause des lolcats et de Nyan Cat et de ces millions de chats ? Les chats régnaient probablement à un moment sur l'internet, mais la biodiversité est aujourd'hui bien plus grande que quand le premier chat à dit : "I Can Haz Cheezburger". Il y a Philosoraptor, Socially Awkward Penguin, Foul Bachelor Frog... Et surtout il y a un paquet de mèmes à base de chiens, comme Yes This Is Dog au dessus, ou Birthday Dog, Advice Dog (à droite)...
Il faut se rendre à l'évidence, l'internet n'est plus fait seulement de chats. Bienvenue dans l'ère des chiens.
On vous avait parlé de Cow Clicker sur Chamboul'Tout l'an dernier déjà. Pour résumer, il s'agit d'un jeu crée par Ian Bogost, game designer aux velléités arty et intellos qui n'aime pas beaucoup Farmville. Le jeu de Zynga et les nombreux autres social games qui pullullent sur Facebook ne sont pour lui que des "destructeurs de temps", généralement mal réalisés et sans intérêt, auquels jouent des hordes de décerébrés. Bref, imaginez le discours anti-pop d'une caricature de critique musical snob, ou d'un cinéaste d'avant-garde vis-à-vis d'Hollywood et vous voyez le topo.
Ian Bogost a donc créé le jeu satirique Cow Clicker pour montrer l'absurdité du principe. Le but du jeu : cliquez sur des vaches. Une fois que vous avez vidé votre compteur de clics, vous devez attendre six heures qu'il se remplisse à nouveau ou bien vous pouvez en acheter. Vous pouvez aussi dépenser vos sous en achetant d'autres vaches personnalisées. Dans un de ses développements les plus absurdes, le jeu proposait ainsi d'acheter une vache qui était la copie conforme de la vache de base mais simplement tournée vers la droite au lieu de la gauche pour 20 dollars.
Ce que n'avait pas anticipé Bogost en programmant son jeu qu'il croyait sans intérêt, c'est qu'il allait connaitre un franc succès populaire et être joué "au premier degré" par des milliers de joueurs.

L'apocalypse des vaches
Bogost a d'abord été pris au dépourvu par son succès. Il a alors commencé à modifier son jeu, ajoutant des détails absurdes comme ces vaches au prix exhorbitant. Mais certains joueurs les ont quand même achetées. Il a fini par annoncer dans le jeu la "cowpocalypse" à travers un compte à rebours. Les joueurs pouvaient donner de l'argent pour faire reculer l'avènnement de la cowpocalypse (cat argent là était reversé à une bonne cause, au moins) mais chaque fois qu'ils jouaient, ils accèleraient l'arrivée du funeste événement. Les joueurs n'ont pas su se retenir de jouer, et la cowpocalypse est arrivée : toutes leurs vaches sont montées au ciel, laissant derrière elles des champs vides où l'on apperçoit seulement leurs ombres comme des souvenir du temps où il y avait des vaches dans Cow Clicker.
Le jeu est toujours en ligne sur Facebook, et compte encore six mille utilisateurs actifs, bien qu'il n'y ait plus rien à faire. Il semble que certains joueurs cliquent encore ces ombres en souvenir de leurs vaches disparues. D'après un portrait de lui chez Kotaku, Ian Bogost n'est pas tant amusé qu'en colère contre ces joueurs. Et à en juger par les messages publiés sur Facebook, eux sont en colère contre lui. Qui ne le serait pas quand il a payé 20$ pour une vache qui s'est envolée ?
La satire impossible
L'histoire de cow clicker est typique des tentatives de satire sur internet. Tous les blogueurs qui ont tenté d'écrire un billet sarcastique un jour le savent : si vous faites du second degré, aussi exagéré que ça puisse vous paraitre, quelqu'un finira par arriver et vous prendre au premier degré. Sur internet, plus encore que tout autre média, une oeuvre n'appartient plus à son auteur dès qu'elle est publiée. Ca peut donner de belles choses comme les mèmes, les remixes, les wikis... Mais ça rend la satire impossible.
Prenez le boys band Heart2heart, qui début octobre a connu un "succès viral" avec sa chanson Facebook Official :
Nombreux étaient ceux qui se demandaient s'il s'agissait d'une parodie ou pas sur le moment. Pourtant leur succès a été réél, et s'ils révélaient aujourd'hui un pot aux roses, cela y changerait-il quelque chose ? La plupart d'entre nous n'entendraient même pas parler de cette révélation et le groupe resterait toujours "authentique" dans notre mémoire. Les artistes qui font l'usage le plus savant d'internet aujourd'hui, comme le rappeur Lil B, parfois décrit comme un "mème humain", jouent habilement des différentes interprétations possibles de leur travail et effacent les limites entre auto-parodie et premier degré sans jamais se revendiquer de l'un ou de l'autre.
Mad World, chanson du groupe Tears for Fears, retrouve une seconde jeunesse grâce à Game Deaths, une vidéo de Rob Beschizza de chez boinboing.
Dans un billet publié pour le blog américain, il apprend au lecteur qu’il a trouvé la version de la chanson sur internet avant de la travailler avec le logiciel de musique Reason. Il a ajouté une batterie très présente et accompagnée par une basse lourde à souhait en plus de créer des nappes en bidouillant sur un clavier. La musique est épaulée par une succession de Game Over tirée de jeux vidéo (de Pong à Space Invader en passant par Pacman ou Rtype) sur lesquels nous passions des heures à jouer pour atteindre le niveau suivant.
La version originale du morceau de Tears for fears :
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