Résumons un peu l'ordre des évènements : d'abord le lobby du copyright fait écrire un duo de lois, SOPA et PIPA, qui défendent leurs intérêts en attaquant ceux des entreprises du web et des citoyens. Les citoyens et les entreprises du web se mobilisent pacifiquement et parviennent à faire changer l'avis de plusieurs sénateurs, à obtenir le soutien de la Maison Blanche et à repousser l'examen de la proposition de loi. Jusqu'ici, tout va bien.

Puis, avec une simultanéité qu'on a du mal à attribuer à un hasard du calendrier, le FBI arrête quatre des dirigeants de Megaupload et débranche le site, provoquant l'ire d'Anonymous qui se venge en s'attaquant à plus d'une dizaine de sites du gouvernement américain et de l'industrie de la musique. En clair, la manifestaion pacifique se transforme en émeute. Anonymous devient aux yeux du grand public l'équivalent des casseurs qu'on nous montre au JT de TF1 lors de chaque manif' étudiante. Les CRS et les RG n'auraient pas fait mieux pour monter l'opinion contre des manifestants.
Megaupload est indéfendable
Rappelons-le, Megaupload n'est pas un site de partage : c'est un parasite qui profite des lois existantes contre le peer to peer pour faire son beurre en assumant à la place des internautes le risque de l'illégalité. Son patron Kim Schmitz, aujourd'hui entre les mains du FBI, était un type "louche", loin d'un Sean Parker (le créateur de Napster), il est plus intéressé par l'argent que par le fait de mettre un coup de pied dans la fourmilière. Les tentatives de Megaupload de mettre en place un système pour retirer les contenus partagés illégalement, et les déclarations pleines de bonnes intentions, ressemblaient plus à une tentative d'apaisement un peu hypocrite qu'à une véritable volonté de collaboration. Megaupload n'effaçait pas les fichiers qu'on lui dénonçait comme illégalement partagés, il n'effaçait que l'URL dénoncée, laissant le fichier disponible à des centaines d'autres adresses.

La réaction du FBI à la plainte contre Megaupload est pourtant étonnamment disproportionnée : quand YouTube était un mauvais élève, bourré de vidéos clips "illégaux", personne n'a envisagé de fermer Google et d'arrêter son président. La "violence" de l'action et son timing ne laissent pas de doute : c'était une démonstration de force. Certains parlent carrément de déclaration de guerre, et c'est en tout cas comme ça que semble l'avoir pris Anonymous. Ce n'est peut-être pas une si bonne idée que ça : Washington aime les guerres, ça permet de passer les lois qu'on veut.
Rapidshare à la fête
Plutôt que d'entrer dans une guerre stupide, les pirates nous ont habitué à des manoeuvres plus intelligentes : Megaupload est fermé ? Passez à Rapidshare, Filesonic, Mediafire, Filestube... ou une autre des dizaines et des dizaines d'alternatives. Des sites qui doivent sabrer le champagne aujourd'hui en voyant les chiffres de leur trafic grimper en flèche. Un des arguments principaux des opposants à SOPA, PIPA, Hadopi et toutes les autres, c'est leur inefficacité. Le meilleur moyen de protester contre des actions comme celle qui a frappé Megaupload, ce n'est pas de leur donner raison en ripostant, c'est de démontrer qu'elles sont inutiles.
Aujourd'hui, des millions d'américains apprennent l'existence de SOPA (pour Stop Online Piracy Act), une loi liberticide qui, pour résumer, ressemble à une version super boostée de notre Hadopi, qui s'attaque carrément à la liberté d'expression sur internet au nom de la protection de l'industrie du divertissement. Les opposants à cette loi sont mobilisés depuis des mois, avec des campagnes dont nous vous avons parlé comme le site Free Justin Bieber, mais aujourd'hui ils sortent l'artillerie lourde avec un black-out de Wikipedia et de Reddit pour les utilisateurs US. Même Google a participé en "censurant" son logo :

Les initiatives se sont multipliées au point que les Français connectés n'ont pas pu y échapper, même s'ils ne peuvent pas écrire à leur député comme le conseillent toutes ces campagnes, et que leur signature sur une pétition ne vaudra peut-être pas grand chose. Peu importe, on se retrouve avec des articles pour expliquer SOPA dans la presse mainstream française... et on a l'impression que les Français sont plus mobilisés contre SOPA qu'ils ne l'étaient contre Hadopi.
Il faut bien dire que nous, nous n'avions que des articles écrits à la main, avec rage et ferveur, et des pétitions, un truc qui a toujours mieux fonctionné en pratique qu'en théorie. L'internet militant a beaucoup progressé depuis, notament en s'appropriant le principe des mèmes. Si nous avions eu un Nyan Cat, Hadopi serait-elle passée ? La réponse est oui, malheureusement, mais les résultats assez minables des indignés de la Défense par rapport à la communication 2.0 maline de #occupywallstreet montrent qu'on a encore du retard. Heureusement que les campagnes web de nos politiques sont encore plus à la ramasse, sinon on ne pourrait pas lutter.

N'ayons pas la mémoire courte
La mobilisation contre Hadopi était considérable en nombre, rapellons-le, si elle ne l'était pas en moyens. Celle contre SOPA peut nous sembler impressionante, mais nous ne la voyons qu'à travers le petit bout de la lorgnette du web : la plupart des Américaisn n'ont pas entendu parler de SOPA et ne feront rien pour empêcher son passage.

On ne s'en rappelle pas forcément, mais la Quadrature du Net avait lancée une campagne de "bandeaux noirs" à mettre sur votre site si vous étiez contre Hadopi. Si des blogueurs ont participé, les grandes entreprises du net français sont restées immobiles. Il y a donc surtout une différence de force de frappe : la France n'a pas de Reddit ou de Google à mobiliser. Un black-out de Doctissimo ou du Bon Coin, ça a moins de gueule... et surtout on ne l'imagine même pas. Free a une réputation d'entreprise engagée depuis ses déclarations anti-Hadopi, mais n'a jamais été aussi loin que Google aujourd'hui : imaginez le tollé si lorsque vous allumiez votre Freebox, au lieu de voir les forfaits Freemobile comme en ce moment, vous voyiez un message politique ? Les entreprises américaines comme Google ont l'habitude de dépenser des millions en lobbying aurpès du pouvoir législatif etéxécutif, et c'est en général une situation qu'on regarde avec inquiétude depuis chez nous. On aime la séparation de l'entreprise et de l'Etat, et généralement, on a plutôt raison.
On pourrait cependant tirer des leçons de la campagne de boycott organisée par la communauté de Reddit contre l'hébergeur GoDaddy, qui a abandonné son soutien à SOPA sous la pression de ses utilisateurs. Mais on pourrait aussi apprendre de leur campagne contre le sénateur Paul Ryan, harcelé par la même communauté alors qu'il n'a jamais soutenu SOPA : le militantisme sur internet, c'est bien joli, mais pas toujours efficace ou démocratique. Les articles de presse, les lettres aux députés, les petitions, le vote... c'est pas si mal non plus.
Lire aussi :
- Les étudiants anglophones désamparés par le black-out de Wikipedia
L'Eglise du Kopimism, qui voue un culte au CTRL+C/CTRL+V, symbole du partage de fichiers sur internet, a été formellement reconnue comme religion officielle par le gouvernement suédois.
L'info est tombée juste avant Noël en Suède, avant d'être reprise par la BBC puis le site musical NME, qui citent les principes de base de cette nouvelle religion, telles que présentées par son fondateur, Isak Gerson, 19 ans :
"Pour l'Eglise du Kopimism, l'information est sacrée et la copie un sacrement. L'information a une valeur, en soi et en ce qu'elle contient, et sa valeur se multiplie à travers la copie. Par conséquent, copier est primordial pour l'organisation et ses membres."
Ce dernier a donc accueilli comme une grande victoire cette reconnaissance par l'Etat suédois : "c'est un grand pas pour les Kopimi. Espérons que ce soit un pas qui nous rapproche du jour où nous pourrons vivre notre foi sans crainte de la persécution."
Pour l'industrie du disque, évidemment, ces chantres de la copie libre prennent leurs désirs pour des réalités, et cette officialisation par le gouvernement ne change rien à la législation sur les droits d'auteur. "Cela ne veut pas dire que le partage illégal de fichiers va devenir légal, pas plus que les gens se promèneraient avec des sabres laser si les Jedi étaient reconnus comme une religion", tempère l'analyste Mark Mulligan. "Dans un certain sens, ces gars apparaissent dépassés. Le partage de fichier est devenue une technologie d'hier en matière de piratage de contenu".
L'Eglise du Kopimism se moque de ces considérations et surfe sur son officialisation pour gagner de nouveaux adhérents à travers le monde, notamment à travers son site web. Et ça marche. Des versions américaine, canadienne, russe, danoise et même française ont déjà mis des pages web (très modestes, soyons honnête) en ligne pour prêcher la bonne parole, en réponse à ce prêche vidéo publié par la maison mère il y a quelques jours :
"Chers amis, nous avons enfin obtenu reconnaissance. Notre nouvelle religion peut commencer à croire maintenant. VOUS faites déjà partie de notre religion, en téléchargeant et en uploadant, en partageant et en profitant de la liberté de la connaissance que nous offre notre ère. Nous pouvons enfin passer les obstacles d'accessibilité et atteindre la culture et l'information qui sont déjà là et nous étaient destinés, en tant que masses (...)"
Alors que le Stop Online Piracy Act (SOPA), loi en discussion aux Etats-Unis qui pourrait avoir des répercussions au niveau international en renforçant les possibilités de recours des ayants-droits, fait planer une nouvelle menace sur le partage de l'information en ligne, la révolte des internautes suffira-t-elle à maintenir un semblant de liberté sur le net ?
Le boycott massif qui a récemment poussé le fournisseur de nom de domaine Godaddy à retirer son soutien à SOPA, et même à s'opposer publiquement au projet de loi, démontre que la partie n'est pas encore jouée.
Lire aussi :
Etre espionné, c'est le rêve secret de milliers d'internautes qui utilisent leur blog ou Twitter pour révéler de terribles secrets sur le gouvernement mondial, ses liens avec les extra-terrestres, les Illuminati et la mort de Michael Jackson.
Ce serait comme une validation, pour eux, de se savoir observés par des yeux indiscrets et puissants. Et maintenant, c'est facile !
On savait déjà que l'armée américaine avait créé de faux profils Facebook et Twitter et de faux blogueurs pour manipuler l'opinion publique dans certains pays étrangers (non, ce n'est pas une théorie de la conspiration, c'est prouvé !)
Aujourd'hui on apprend sans surprise que le Département de la Sécurité Intérieure a aussi ses faux profils sur les réseaux sociaux et qu'ils lui servent à espionner tout terroriste potentiel.
Suite à une plainte déposée par l'ONG EPIC, on apprend que ce département du gouvernement américain, créé en 2002 par l'administration Bush pour assurer la sécurité du territoire en foulant au pied les droits fondamentaux de ses propres citoyens et du reste du monde, place automatiquement sous surveillance les comptes Twitter et Facebook qui utilisent un certain nombre de mots et d'expressions "suspectes".
Si vous voulez donner un peu de travail aux espions américains, placez donc ces mots dans vos prochains statuts : "human to animal contact", "collapse", "infection", "outbreak", "illegal immigrants"...
En français, des termes qui sont liés aux armes bactériologiques, aux migrations illégales... Sans doute qu'une petite référence bien placée à Al Quaïda ou a Kim Jong Un vous vaudra aussi l'attention d'un compte espion.
Tout ça n'est pas bien nouveau, vous avez peut-être comme moi entendu parler du réseau Echelon dans les années 1990 et prononcé les mots "Saddam Hussein", "bombe" et "Bill Clinton" dans vos conversations téléphoniques pour tenter de le saturer ; on riait tous beaucoup plus innocement du terrorisme à l'époque.
La différence, c'est qu'on prononçait ces mots dans le vide sans jamais savoir s'ils tombaient effectivement dans les grandes oreilles de la CIA. Aujourd'hui, par contre, il serait assez facile de mettre en place quelques comptes Twitter qui utiliseraient systématiquement les mots suspects et de démasquer ainsi les comptes Twitter espions quand ils se mettraient à vous suivre.
Comme l'a prouvé Wikileaks, l'espionnage, avec le web, ça peut marcher dans les deux sens.
Peut-être l'avez vous déjà constaté sur votre propre compte : des images pornographiques hardcore et des images ultra-violentes tout aussi peu safe for work squattent le fil d'actu de nombreux utilisateurs innocents. Les images sont attribuées à vos amis (vos vrais amis, pas seulement les jolies fille à l'air vaguement russe que vous ne connaissez pas et dont vous n'auriez jamais dû accepter la demande d'amitié), pourtant ceux-ci ne les ont pas publiées volontairement. Ils seraient victimes d'un virus qui depuis quarante-huit heures sème le chaos sur le réseau social.
Les comptes affectés ne seraient pour l'instant qu'une minorité, mais les témoignages d'internautes en colère qui déclarent ne plus vouloir mettre les pieds sur Facebook sont légion sur Twitter et Google+ (où on doit se frotter les mains).

Un coup d'Anonymous ?
On avait beaucoup parlé des menaces du collectif Anonymous qui aurait voulu "détruire Facebook" le 5 novembre, journée de Guy Fawkes, avec un "Guy Fawkes virus". On ne peut affirmer avec certitude qu'ils soient les responsables, n'importe qui peut faire une vidéo "Anonymous" et menacer de faire n'importe quoi. Ce genre de vandalisme, cependant, rappelle les précédents raids de 4chan sur YouTube ou sur Facebook plutôt que les opérations plus "sérieuses" d'Anonymous. La méthode aussi semble plus sophistiquée : sur YouTube, il s'agissait simplement d'uploader en masse des vidéos pornographiques avec des titres trompeurs, et sur Facebook c'étaient les mots de passes des membres d'un site de rencontre chrétien qui avaient été détournés pour publier "à la main" des statuts et des images NSFW.
Il semble qu'aujourd'hui nous ayons bien affaire à un virus, qui aurait infecté des milliers de comptes et qui en prendrait le contrôle automatiquement. Ca demande de bonnes connaissances en programmation, et pour l'instant on ignore complètement si Facebook sera capable de régler le problème avant que tout son réseau devienne infréquentable. On se doute que les développeurs de Facebook n'ont pas dû beaucoup dormir depuis le début de l'attaque...

Que faire si votre compte Facebook a été hacké ?
Si vous vous rendez compte que votre compte Facebook a été utilisé pour publier des images à votre insu, il y a trois choses à faire :
- Lancer un scan antivirus de votre ordinateur
- Changer votre mot de passe sur Facebook (ainsi que sur tout autre site où vous utilisez le même mot de passe)
- Rendez vous dans les paramètres de Facebook et retirez les autorisations que vous avez accordées à toutes les applications.
Si ça ne suffit pas, attendez que Facebook trouve une solution et évitez le site pendant quelques temps le temps que Facebook trouve une parade. Allez sur Twitter, sur Google+, sur Diaspora, Tumblr.... Ouvrez un livre, sortez de chez vous, ne paniquez pas, tout ira bien.
- via -
MàJ : il ne s'agirait finalement pas d'un virus mais d'une ligne de code javascript que des utilisteurs crédules de Facebook auraient copié dans leur browser par eux même. (voir les commentaires pour en savoir plus)
Groupe à l'origine du hacking du site de BFM TV, Projet Voxel se présente comme un anti-Anonymous, plutôt réactionnaire que révolutionnaire. Explications.
Anonymous, groupe de hackers aux contours moraux et géographiques flous, se réclame tout de même d'un certain libertarisme progressiste, notamment en matière de liberté d'expression. Cela n'a jamais été du goût de tout le monde, mais il est toujours étonnant de les voir se faire des ennemis dans leur propre "corps de métier". Le Projet Voxel, qui a révélé son existence il y a peu en s'emparant du site de BFM TV, se déclare clairement anti-Anonymous... et clame au passage des idées patriotes, et très loyalistes envers l'Etat français. Des hackers réacs, qui l'eût cru ?

"Le 25 Décembre, malheureusement, la fête ne sera pas pour tout le monde.
Marre des pseudos hackers. Marre de voir le terme hacker être détourné par les médias. Nous vous offrirons le plus beau des cadeaux : Les identités de certains chefs des Anonymous et d'autres groupes de script-kiddies. Nous nous sommes déjà infiltré au sein de ce groupe, et personne ne se doute de qui nous sommes réellement. Nous ne sommes et ne serons jamais des Anonymous. Nous souhaitons uniquement communiquer leurs informations aux services de renseignement Français et stopper le plus rapidement ce groupe.
Nous ne souhaitons aucun malheur pour la France. Il est donc de notre devoir de citoyen, de protéger notre Pays. Protéger notre pays, c'est protéger également nos infrastructures numériques, nos entreprises et nos citoyens. Nous nous engageons, et nous pretons serment, de mener à bien notre mission. Nous sommes désolés de la façon dont nous faisons connaitre notre projet, mais c'est le seul moyen."
En termes d'image, la vidéo qui met en scène ce message est assez univoque :
Anonymous, tout comme LulzSec, est une entité insaisissable sur le point de vue éthique, mais on peut tout de même discerner quelques grandes idées directrices : la lutte contre tout gouvernement un tant soit peu rigide sur les questions de liberté d'expression et de libre arbitre, la défense des moutons noirs médiatiques tels que Julian Assange, les vengeances-éclairs contre les molesteurs de chat, et, souvent, les actions clairement anarchistes, visant avant tout à se marrer un bon coup. Bref, des contestataires tels qu'il en existe des tonnes dans le domaine du hacking.
L'objectif
Le Projet Voxel se donne pour objectif de décridibiliser cette image de hackers fièrement acquise à grands coups d'éclats médiatiques successifs. Sur ce point précis, on ne peut pas lui donner tort. Anonymous, dans l'absolu, dessert davantage l'image du hacker qu'autre chose, par cette exposition médiatique un brin outrancière et souvent à côté du problème que les actions comptent défendre. Aujourd'hui, Anonymous est identifié comme une bande de pirates du web, des individus néfastes, la peur de l'inconnu fonctionnant à plein pour la plupart des consommateurs de médias, fatalement néophytes en ce qui concerne les attaques DDoS. La définition même du hacking n'incluant pas nécessairement d'actions de ce genre, on ne peut pas leur en vouloir de tenter de brandir à nouveau les couleurs les plus nobles du hacking. On peut par contre se poser la question de leur capacité à pouvoir le faire, ce message ressemblant davantage à un coup de bluff, qui peut s'avérer piégeux pour Anonymous s'ils tombent dans le panneau. Et aussi de se demander s'ils s'agitent vraiment pour ces simples questions philosophiques.

Les idées
La vidéo, qui met successivement Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et le Général de Gaulle en avant, dans un montage appelant au patriotisme, passe ensuite la parole aux protagonistes du Projet Voxel, qui clament leur devoir de protéger l'Etat français. On ne peut nier l'évidente idéologie policière derrière ce discours, la mention des Services de Renseignements nous aidant grandement dans cette constatation. Le Projet Voxel, ça sent la délation de Zorro à plein nez, et remet l'équation de mai 68 en branle : utopisme versus ordre moral. On vous laisse retrouver les politiques français qui ont pu fustiger cet héritage ces dernières années, et décider d'un corollaire sur les potentielles idées politiques des membres du Projet, qui tentent par cette déclaration de guerre de marquer des lignes claires, et de créer deux camps distincts. Encore faut-il que les anti-Anonymous, aussi nombreux que disparates, se reconnaissent derrière cette couleur.
Au final, le Projet Voxel peut-il être considéré comme un vrai groupuscule hacktiviste ? Techniquement, oui. Moralement, c'est bien plus complexe. Ont-ils raison de montrer du doigt les script kiddies qui forment la majorité d'Anonymous, chacun se fera son avis là dessus. Or, le principe même du hacking est le détournement, pour l'amélioration. Qu'il s'agisse d'un logiciel ou d'un gouvernement, le principe est le même. Ici, les idées véhiculées sont des idées de conservation, de sauvegarde d'une souveraineté, d'une structure établie, au nom du bien commun. À priori, tout le contraire du mode de pensée d'un hacker, un "hobby" nécessairement politique dans son essence, quel que soit l'importance du projet.
- Via -
L'UMP a porté plainte contre X pour la mise en ligne du fichier contenant des informations personnelles sur un millier de ses cadres, un acte qualifié d'extrêmement grave par Jean-François Copé. Il faut dire qu'il a été particulièrement harcelé suite à cette divulgation, un site rien que pour lui ayant été mis en ligne pendant quelques jours où on pouvait trouver son numéro de téléphone accompagné de ses fameuses photos chez Ziad Takieddine. Le patron de l'UMP a été obligé de changer de numéro après avoir reçu de nombreux coups de fil injurieux. C'est très grave, on vous dit.

La faute à qui ?
Une revendication a été publiée sur Pastebin, site fréquenté par la communauté hacktiviste. Le fichier aurait été récupéré sur le mes-conseils.fr, site qui a été volontairement mis hors ligne par ses administrateurs, semble-t-il. Ce site serait celui d'une entreprise rouennaise au capital de 8000€ qui a réalisé les sites web de plusieurs députés UMP ainsi qu'une ou plusieurs applications pour eux, et c'est pour ça qu'ils auraient détenu le fichier. Pourquoi, par contre, l'ont-ils mis en ligne sur un site bourré de failles de sécurité pour lesquelles des patchs de correction existent depuis quatre ans, au point que la récupération du fichier peut à peine être qualifiée de hacking ?
Le communiqué des hackers pointe du doigt le fameux "fichiers des gens honnêtes" dans lequel 45 millions de français vont se retrouver à leur insu suite à une loi votée en catimini l'été dernier à l'assemblée nationale. Leur équation est simple : "Plus de fichiers = plus de fuites". La totale ignorance des enjeux de sécurité montrée par l'UMP dans la gestion de ses données est en effet plutôt inquiétante pour l'avenir.

Ce qui est vraiment très grave
La député UMP des Alpes-Maritime Muriel Marland-Militello s'est fait une spécialité des questions d'informatique, à défaut d'en avoir l'expertise, et elle a appellé à un durcissement des lois contre les "hackers". Il existe pourtant un article dans la loi informatique et libertés, comme le rappelle reflets.info, contre les véritables fautifs d'une affaire comme celle-ci: 300 000€ d'amendes et jusqu'à 5 ans d'emprisonnement pour qui ne protège pas les données qu'il a collectées. C'est autant d'argent et deux ans de plus que pour le "pirate" qui se ferait poursuivre par un ayant droit pour avoir téléchargé un mp3.
Le petit détail dont on ne parle pas encore dans l'affaire : bien qu'ils ne les aient pas publiés, les hackers auraient aussi mis la main sur des identifiants et mots de passes de députés à l'intranet et l'extranet de l'assemblée nationale. Encore une fois, la question qu'on devrait se poser n'est pas tant de savoir ce que les hackers vont en faire (on espère bien qu'à l'assemblée on a très vite changé ces mots de passe) mais avant tout : pourquoi donc les députés remettent-ils leurs mots de passe à une petite entreprise rouennaise au capital de 8000€ comme mes-conseils.fr sans à aucun moment se poser la question de la sécurité ?
Anonymous a fait beaucoup parler ces derniers jours. D'abord avec son Opération Dark Net, un coup porté contre les utilisateurs d'un forum pédophile sur le réseau caché qu'utilisent tous ceux qui tiennent vraiment à leur anonymat : hackers, pervers et autres criminels. Il y a aussi cette Opération Cartel avortée, qui aurait du mettre en ligne les noms de milliers de journalistes, policiers et chauffeurs de taxi qui aideraient le cartel mexicain Zeta. Et on parle d'une attaque contre Facebook le 5 novembre, jour de Guy Fawkes (personnage historique qui a inspiré le masque des anons via le film V pour Vendetta), mais personne ne sait si elle va véritablement avoir lieu ou pas.
Le chaos chez Anonymous
L'opération Dark Net, même si elle a été saluée par la presse et constitue sans doute une excellente opération de com pour Anonymous, ne s'est pas déroulée de façon très propre. Anonymous a récupéré 190 adresses IP de supposés pédophiles, a tenté de les remettre à Interpol et au FBI mais ceux-ci n'auraient pas été suffisament rapides au goût des hackers qui ont donc décidé de publier les adresses IP. Au risque, sans doute, de compromettre des enquêtes qui auraient pu chercher à remonter des filières grâce à ces mêmes adresses.
L'opération Cartel, quant à elle, avait été lancée suite à l'enlèvement d'un Anonymous par le cartel mexicain Zetas. Sauf qu'aujourd'hui, plus personne n'est vraiment certain que cet enlèvement ait bien eu lieu, et les Anonymous craignent pour leur sécurité depuis qu'ils ont appris que le cartel aurait recruté des experts en sécurité informatique pour les retrouver. Il faut dire que les zetas ont déjà pendu ou décapités des personnes qui écrivaient du mal du cartel sur Facebook et Twitter. Outre la sécurité des anons impliqués, la publication des e-mails piratés qu'Anonymous prétend détenir causerait vraissemblablement une nouvelle vague de réglements de comptes sanglant dans un pays qui en a déjà son compte, en faisant au passage des victimes innocentes sans rien résoudre. Bref, Anonymous part dans tous les sens, fait un peu n'importe quoi, mais c'est dans sa nature.

Anonymous est un mème
Il semble qu'il faille le répéter, encore et encore, puisque tout le monde fait comme si Anonymous était une faction organisée de hackers. Anonymous, c'est plutôt une idée, un mème, que chacun peut s'approprier pour agir dans l'anonymat. Anonymous n'a pas d'idéologie à proprement parler, seulement un ensemble de valeurs présupposées comme partagées mais que personne ne serait capable de lister précisément. Si vous preniez au hasard dix personnes se revendiquant d'Anonymous et que vous les mettiez dans une chat room, vous n'obtiendriez probablement jamais un concensus sur ces valeurs. Pris comme ça, Anonymous ferait sans doute passer une manifestation de lycéens pour un défilé de l'armée nord coréénne.
Anonymous, c'est une grande réussite en terme de branding. C'est une marque que chacun peut revendiquer pour donner du poid à son action, demander la participation d'une multitude d'autres 'anons' et attirer l'attention des médias qui adorent, nous les premiers, titrer "Anonymous frappe encore". On ne parle pas d'une faction organisée de hackers, donc, et un anon sera toujours là pour nous le rappeler en commentaire d'un article qui commetrait "l'erreur" de parler d'eux de cette façon. Sauf que cette "erreur" fait justement toute la force d'Anonymous : elle inspire la crainte chez ses cibles et galvanise les "troupes" qui ont le sentiment d'appartenir à une organisation puissante.

Dilution de la marque
Le risque que court Anonymous en s'étendant, comme n'importe quelle marque, c'est la dilution. Chaque nouvelle action crée de nouvelles divisions : il y a ceux qui ont peur que l'Opération Cartel cause des morts innocents (ou pas) et ceux qui pensent que l'Opération Darknet a violé le climat de sécurité indispensable au bon fonctionnement du Dark Net. Avant ça, il y avait l'Opération Safekids, lancée sur Facebook pour dénoncer des profils Facebook créés par des traffiquants d'enfant qui exposent ainsi leur "marchandise". Aussi bien intentionnée que fut cette opération, sa méthode, qui consistait à alerter Facebook, a surtout permis aux trafiquants de savoir qu'on était sur leur piste et a donc gêné le travail d'interpol. Aujourd'hui, les administrateurs de la page Facebook OpSafekids appelent leurs fans à dénoncer à Facebook des photos d'un concours bulgare de petites miss qui publie des photos trop suggestives à leur goût.
Chaque fois qu'une opération comme celle-là s'attribue le masque d'Anonymous, la marque est abimée et perd un peu de crédibilité et donc de force. Mais agir contre l'appropriation de la marque par quiconque serait tout aussi dommageable. Anonymous finira probablement soit par imploser, soit par se diluer au point de perdre tout sens et tout pouvoir. Pas grave : les hackers ont depuis longtemps internalisé la notion de zone d'autonomie temporaire. Quand Anonymous mourra, une autre marque finira par prendre sa place.
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