Google prépare depuis 15 jours une grosse update de son moteur de recherche qui met en avant dans les résultats son réseau social Google+. Surnommé "Search Plus Your World", ce projet prétend vous apporter de meilleurs résultats en les personnalisant à l'aide des données du web social. Sauf que le web social, demandez à n'importe qui, c'est Twitter, Facebook, pas Google+, un réseau peu populaire, avec beaucoup moins d'inscrits que ses principaux concurrents et encore moins d'utilisateurs actifs. Chez Facebook et Twitter, et dans toute la communauté high tech, on est choqué par cette transgression de la neutralité de Google, qui profite clairement de sa position de quasi monopole pour tenter d'imposer son réseau social.

Il faut dire que Google a toujours prétendu être neutre, et alors qu'aux USA et en Europe ils doivent se défendre devant des commissions antitrust en expliquant qu'ils n'abusent pas de leur position dominante, une telle manoeuvre semble presque absurde. Pour protester, Facebook, Twitter (et aussi Myspace) viennent de lancer une extension pour les principaux navigateurs. Appelée Focus On The User, cette extension vous permet d'afficher des résultats plus "neutres", sans le favoritisme accordé pour l'instant à Google+.
"Focus On The User"
"Focus on the user", c'est à dire "concentrons-nous sur l'utilisateur" : c'est une des promesses de Google, au même titre que le plus célèbre "Don't Be Evil", et c'est au moins aussi essentiel. Ca peut paraitre tout ce qu'il y a de plus évident, mais c'est bien différent de déclarer que le client est roi : les clients de Google, ce sont les annonceurs à qui il vend la diffusion de messages publicitaires. Les utilisateurs de Google, vous et moi, nous sommes plutôt le produit. Avec cette maxime, si on la considère cinyquement, Google déclare vouloir offrir le meilleur produit qui soit. C'est une stratégie qui est devenue une norme pour la plupart des grands succès du web : AOL ou Myspace ont perdu leurs batailles respectives en placant le client avant l'utilisateur. Et c'est ce que Facebook et Twitter accusent Google de faire aujourd'hui.
Hypocrisie des deux côtés
Google défend de façon assez hypocrite cette update, en affirmant que c'est la faute de Twitter et Facebook s'ils ne fournissent pas toutes leurs données à son moteur de recherche pour les intégrer à "search plus your world". Sauf que Twitter est public, et Google aurait très facilement pu l'intégrer à ses résultats. Mais l'autre côté de la dispute n'est pas irréprochable, loin s'en faut : l'extension a été développée par les équipes de Facebook, qui ont ensuite été chercher le soutien de Twitter et Myspace pour la lancer, histoire de masquer leur propre hypocrisie.

Si Facebook peut accuser Google de ne pas être neutre et d'être anticoncurrentiel aujourd'hui, c'est parce que Google l'a toujours été par le passé, alors que Facebook demeure fermé, obscur et a passé des accords d'exclusivité avec Bing, le moteur de recherche de Microsoff. Il y a un moteur de recherche dans Facebook, et personne n'a jamais dit qu'il était neutre. Certains spéculent que "Search Plus Your World" n'est rien d'autre qu'un moyen de mettre la pression sur Facebook pour qu'ils laissent Google accéder à leurs données... Ou du moins pour montrer par l'exemple aux commissions antitrust qu'ils pourraient aussi s'intéresser à d'autres qu'eux.
Si on ne sait pas qui ressortira vainqueur de cette guerre concurentielle, une chose est certaine, ce ne sera pas nous, les utilisateurs.
Aujourd'hui, des millions d'américains apprennent l'existence de SOPA (pour Stop Online Piracy Act), une loi liberticide qui, pour résumer, ressemble à une version super boostée de notre Hadopi, qui s'attaque carrément à la liberté d'expression sur internet au nom de la protection de l'industrie du divertissement. Les opposants à cette loi sont mobilisés depuis des mois, avec des campagnes dont nous vous avons parlé comme le site Free Justin Bieber, mais aujourd'hui ils sortent l'artillerie lourde avec un black-out de Wikipedia et de Reddit pour les utilisateurs US. Même Google a participé en "censurant" son logo :

Les initiatives se sont multipliées au point que les Français connectés n'ont pas pu y échapper, même s'ils ne peuvent pas écrire à leur député comme le conseillent toutes ces campagnes, et que leur signature sur une pétition ne vaudra peut-être pas grand chose. Peu importe, on se retrouve avec des articles pour expliquer SOPA dans la presse mainstream française... et on a l'impression que les Français sont plus mobilisés contre SOPA qu'ils ne l'étaient contre Hadopi.
Il faut bien dire que nous, nous n'avions que des articles écrits à la main, avec rage et ferveur, et des pétitions, un truc qui a toujours mieux fonctionné en pratique qu'en théorie. L'internet militant a beaucoup progressé depuis, notament en s'appropriant le principe des mèmes. Si nous avions eu un Nyan Cat, Hadopi serait-elle passée ? La réponse est oui, malheureusement, mais les résultats assez minables des indignés de la Défense par rapport à la communication 2.0 maline de #occupywallstreet montrent qu'on a encore du retard. Heureusement que les campagnes web de nos politiques sont encore plus à la ramasse, sinon on ne pourrait pas lutter.

N'ayons pas la mémoire courte
La mobilisation contre Hadopi était considérable en nombre, rapellons-le, si elle ne l'était pas en moyens. Celle contre SOPA peut nous sembler impressionante, mais nous ne la voyons qu'à travers le petit bout de la lorgnette du web : la plupart des Américaisn n'ont pas entendu parler de SOPA et ne feront rien pour empêcher son passage.

On ne s'en rappelle pas forcément, mais la Quadrature du Net avait lancée une campagne de "bandeaux noirs" à mettre sur votre site si vous étiez contre Hadopi. Si des blogueurs ont participé, les grandes entreprises du net français sont restées immobiles. Il y a donc surtout une différence de force de frappe : la France n'a pas de Reddit ou de Google à mobiliser. Un black-out de Doctissimo ou du Bon Coin, ça a moins de gueule... et surtout on ne l'imagine même pas. Free a une réputation d'entreprise engagée depuis ses déclarations anti-Hadopi, mais n'a jamais été aussi loin que Google aujourd'hui : imaginez le tollé si lorsque vous allumiez votre Freebox, au lieu de voir les forfaits Freemobile comme en ce moment, vous voyiez un message politique ? Les entreprises américaines comme Google ont l'habitude de dépenser des millions en lobbying aurpès du pouvoir législatif etéxécutif, et c'est en général une situation qu'on regarde avec inquiétude depuis chez nous. On aime la séparation de l'entreprise et de l'Etat, et généralement, on a plutôt raison.
On pourrait cependant tirer des leçons de la campagne de boycott organisée par la communauté de Reddit contre l'hébergeur GoDaddy, qui a abandonné son soutien à SOPA sous la pression de ses utilisateurs. Mais on pourrait aussi apprendre de leur campagne contre le sénateur Paul Ryan, harcelé par la même communauté alors qu'il n'a jamais soutenu SOPA : le militantisme sur internet, c'est bien joli, mais pas toujours efficace ou démocratique. Les articles de presse, les lettres aux députés, les petitions, le vote... c'est pas si mal non plus.
Lire aussi :
- Les étudiants anglophones désamparés par le black-out de Wikipedia
Si ce terme n'avait pas été utilisé à tort et à travers au cours de l'année 2011, on dirait que la dernière vidéo signée Marquese Scott, tournée sur la Grande Muraille de Chine, a du swag. Trop tard, on l'a dit.
Marquese Scott (alias Nonstop) est un danseur de popping (danse debout originaire de Californie) qui surfe habilement sur la mode du dubstep en signant des chorégraphies où il semble repousser les lois de la physique, en particulier la gravité. Le mieux est encore de le regarder à l'œuvre :
Le dubstep, c'est ce style de musique électronique originaire d'Angleterre qui est passée de la cave aux spotlights. On en entend sur des pubs pour céréales, des artistes pop comme Rihanna l'incorporent dans leur musique et le DJ Skrillex est devenu une star mondiale du genre (ce qui lui vaut d'être haï par les puristes) grâce entre autre à ce clip :
Bref, le dubstep est le phénomène musical de l'année, sauf que personne ne sait trop comment danser dessus, en atteste la requête "How to dance to dubstep", qui affiche plus de 50 millions de résultats sur Google et a complètement explosé cette année.

Sur YouTube, de nombreuses vidéos parodiques répondent à la question en superposant des danses de Bill Cosby ou des scènes de films indiens sur des musiques Dubstep. Drôle mais à ne pas reproduire sur une piste de danse.
Marquese Scott a donc lui choisit d'opter le popping, style qui s'adapte bien aux rythmes syncopés, entrecoupés de nombreux breaks, du dubstep. Le résultat est brillant, et traumatise les internautes comme en atteste les 25 millions de vues affichées par cette autre vidéo, "Pumped Up Kicks", publiée il y a quelques mois.
Si vous avez prévu de faire une soirée Dubstep pour le Nouvel An, il vous reste donc quelques jours pour étudier ses mouvements. Mais on vous prévient, Marquese danse depuis 17 ans et si vous arrivez déjà à maitriser la vague d'ici le 31, ce sera déjà pas mal...

Chaque années, Google publie son "Google Zeigeist", un classement mondial mais aussi par pays et par catégorie (musique, news, etc...) des requêtes qui ont le plus progressé dans l'année dans son moteur de recherche. En clair, c'est un classement des tendances de l'années telles que perçues par Google, et puisqu'on vous a déjà commenté ceux de Facebook et de Twitter, si vous nous suivez, vous connaissez déjà le principe : les faits divers et les people, il n'y a que ça qui intéresse le peuple. Sauf que là où on peut encore considérer que Twitter et Facebook sont des plateformes relativement jeunes avec un public pas tout à fait représentatif de la population web française, Google c'est une autre paire de manches. Nos parents, nos grands parents même, souvent l'utilisent, alors que leur seul réseau social sur internet reste leur carnet d'adresse Outlook auquel ils envoient régulièrement des chaines qui propagent d'odieuses rumeurs et d'encore plus odieux powerpoints.
On devrait donc s'attendre,à ce que le zeitgeist Google français montre une vision du monde, si ce n'est moins frivole, du moins plus adulte. Pourtant, voilà le classement de ce qu'on a le plus cherché en France en 2011 :

1. Minecraft
2. Dsk
3. Secret Story 5
4. Zalando
5. Iphone5
6. Bref
7. Www.Amendes.Gouv.Fr
8. Groupon
9. Calendrier 2012
10. X Factor
Minecraft devant DSK ? OK, ce petit jeu indépendant a rencontré un succès phénoménal, mais de là à être devant le plus gros scandale sexo-politique français depuis Mata Hari, il y a de quoi s'étonner, non ? Tout comme on peut s'étonner qu'on ait eu un tel besoin de connaitre le calendrier 2012, ou que amendes.gouv.fr soit un tel succès. Vous me direz peut-être que c'est parce que ce classement n'est censé représenter que la progression des requêtes, et que comme DSK était déjà très demandé en 2010, il n'a pas autant augmenté qu'un pur produit de 2011 comme Minecraft. Et puis alors, comment expliquer le succès de "recette crêpe" ou "cuisson oeuf dur" dans la catégorie alimentation ? La consomation de crêpe et d'oeufs dur a-t-elle explosée en 2011 ?
Les classements par catégorie sont eux aussi parsemés de petites surprises, en particulier le classement des requête Google Image qui est simplement très bizarre.Tout ça est d'autant plus étonnant que les résultats de la plupart des autres pays européens sont moins surprenants : en haut du classement britannique on trouve le mariage royal, les élections en Espagne, un sportif en Italie... Seule l'Allemagne classe elle aussi Minecraft en première place.
L'explication, c'est que les geeks, le public cible de Minecraft, restent immensément plus actifs que la moyenne sur le web, quand bien même ils sont aujourd'hui devenus une minorité. Vous allez me dire: les geeks utilisent beaucoup internet, quel scoop. Alors peut-être faut-il conclure que Google s'est planté. Google est censé être infaillible, mais des résultats aussi différents de ceux de Facebook et Twitter, ou que ceux du reste du mlonde, c'est étrange quand même.
Google a construit son succès en étant un formidable outil de découverte. Avec la puissance de son moteur de recherche, il nous a libéré des portails internet depuis lesquels on ne voyait le web qu'à travers le petit bout de la lorgnette. Aujourd'hui, pourtant, on peut se demander si Google n'est pas en train de discrétement adopter une stratégie de portail et de nous enfermer à nouveau dans un internet toujours plus petit.

Selon la théorie de la Filter Bubble d'Eli Pariser, l'expérience de plus en plus "personnalisée" proposée par les géants d'internet est dangereuse. Entre Google qui ajuste ses résultats en fonction de nos recherches passées et Facebook qui choisit les amis avec lesquels il pense qu'on doit rester en contact, nous nous laissons imposer des oeillères à travers lesquelles nous ne voyons plus qu'une petite partie du web. Nous nous retrouvons isolés dans une bulle sans même nous en rendre compte parce qu'elle épouse la forme de nos envies. Mais, parfois, c'est justement ce qu'on ne voudrait pas savoir qu'il faut absolument qu'on sache.
Tous ces produits intelligents qui sont censées nous rendre la vie plus facile peuvent aboutir à des situations absurdes comme celle de cet homme dont la télé croit qu'il est gay. C'est rigolo mais ça peut aussi restreindre notre accès à l'info, à l'éducation, voire même, imaginez, à Fluctuat. Il faut arrêter ça.
Google tue-t-il la longue traîne ?
Quand Google complète votre recherche avant que vous n'ayez fini de la taper, quand il corrige automatiquement votre requête ou quand il met en avant les résultats sur Youtube ou Google Books, Google tue la longue traîne. La longue traîne, c'est cette partie d'un marché qui est constituée de toutes les niches trop minuscules pour être profitables seules, mais dont l'exploitation globale peut vous permettre de faire fortune. Quand Amazon stocke un livre qui n'intéressera jamais que dix personnes et qu'aucun libraire ne pourrait se permettre de mettre en rayon, c'est pour profiter de cette longue traîne.
Le terme peut aussi désigner la plus grande partie d'internet, des sites consacrés aux hobbies les plus obscurs aux fétiches les plus rares en passant par les pages sur les poètes oubliés du XVIIème ou les forums de Doctissimo sur les maladies orphelines. C'est ce qui fait la richesse du web, et c'est exactement ce que toutes les innovations de Google des dernières années repoussent à chaque fois un peu plus loin dans ses résultats, comme l'explique cette infographie.
Bien entendu, Google ne déréférence pas ses sites complétement. Il ne les censure pas, ils sont toujours accessibles... mais on sait que plus de la moitité des clics se font sur les trois premiers résultats de Google. Chaque place perdue dans ces résultats, donc, c'estdes centaines, des milliers, peut-être des millions de visiteurs perdus. Le "mainstream" se retrouve donc de plus en plus favorisé sur Google.

Pourquoi les revenus de Google augmentent-ils autant ?
Instant search, résultats personnalisés, mise en avant des vidéos, espace plus grand attribué aux sites "de confiance"... Chaque nouveauté de son moteur de recherche est présentée par Google comme un moyen d'améliorer l'expérience de l'utilisateur. En laissant un peu de côté les problèmes de la filter bubble pour l'instant, c'est vrai que ces résultats semblent meilleurs, et plus rapides à obtenir.
Le nombre de recherche quotidien sur Google ne onnait plus la même progression qu'à ses débuts. On passe déjà tous tout notre temps sur internet, alors la marge de progression n'est plus si grande. Du coup, Google doit trouver de nouveaux moyens pour faire progresser son revenu. Hors les revenus de la publicité de Google continuent d'augmenter de plus en plus : 22 milliards en 2009, 28 en 2011 et probablement quelque chose comme 36 milliards de dollars cette année. Une bonne part de cette augmentation doit être due au fait que les entreprises sont de plus en plus nombreuses à faire leur pub via Google. Mais une part vient aussi du fait que nous cliquons tous beaucoup plus sur leurs pubs. Mais pourquoi ferait-on ça ?
Toutes ces "améliorations" apportées par Google ont un point commun : elles orientent, même légèrement, votre recherche vers des résultats qui ne sont pas tout à fait "naturels", pour emprunter le langage des experts en référencement. Et quelle est la direction vers laquelle Google souhaite vous orienter ? Celle qui lui permettra de gagner 12 milliards de plus cette année qu'en 2010, celle qui générera le plus de clics sur la publicité.
Alors que Google Chrome est en train de passer devant Firefox comme second navigateur le plus utilisé dans le monde, Google a une occasion inédite de pratiquement éliminer de la course son concurrent le plus dangereux (Internet Explorer, le numéro un, perdant inexorablement des parts de marché depuis des années, on aurait du mal à le qualifier de "dangereux").
Mozilla, la maison mère de Firefox, finance en effet le développement de son browser grâce à un accord passé en 2008 avec Google : Firefox utilise Google comme moteur de recherche par défaut, et Google paye une centaine de millions de dollars par an à Mozilla. Ces 100 millions, c'était 84% des revenus de Firefox qui pourraient disparaitre à la fin de cet accord avec Google, une fin qui arrive... la semaine dernière. Depuis, Mozilla, contacté par Read Write Web, ne s'est pas exprimé sur le sujet, et Google non plus. Il est fort probable que des négociations soient en cours, avec Google et/ou avec d'autres partenaires éventuels, mais une chose est certaine : la situation de Firefox est précaire.
Même si mettre ainsi en danger son concurrent doit être tentant pour Google, il n'est pas dit qu'un nouvel accord ne sera pas passé avec Mozilla. D'abord parce que l'accord leur est profitable, puisque les données récupérées sur les utilisateurs de Firefox ne valent pas moins que celles des utilisateurs de Chrome, et que Google ne voudrait pas les perdre. Ensuite parce que ce serait un nouveau coup porté à l'image d'ange de l'internet ouvert que cherche à projeter Google, et enfin parce que ce serait apporter la preuve à la commission sénatoriale anti-trust des dérives monopolistiques du géant de la recherche. Selon toute probabilité, il vaudrait mieux pour Google ne pas tirer tout le tapis sous les pieds de Firefox d'un seul coup, et les négociations avec Firefox doivent se jouer sur la réduction du montant de l'accord, pas sur sa suppression pure et simple.
De toute façon, Chrome gagne déjà des parts de marché sur Firefox, Google ne prendra pas trop de risques pour obtenir quelque chose que, dans leur esprit, le temps leur apportera de toute façon.

Que peut faire Firefox ?
Mozilla a bien sûr vu venir la fin de cet accord depuis longtemps, et garde ausi un oeil sur ces parts de marchés que Chrome grignote depuis 2008. Leur réponse a été de passer, depuis quelques mois, à un nouveau rythme de mise à jour de Firefox qui voit une nouvelle version apparaitre toutes les six semaines. Il s'était passé 2-3 ans entre chaque nouvelle version de Firefox de la première à la version quatre arrivée au début de l'année, mais d'ici une quinzaine de jours nous devrions passer à Firefox 9. Ce nouveau rythme effréné, qui apporte certes régulièrement tout un tas de nouveautés, a malheureusement surtout antagonisé de nombreux développeurs qui sont las de devoir mettre à jour leurs extensions pour Firefox, et au final des utilisateurs qui sont las de voir les extensions en question les lâcher.
C'est pourtant aussi le rythme adopté par Chrome depuis son lancement... Mais Google gère mieux la compatibilité des extensions, semble-t-il.
L'autre manoeuvre de Firefox, sans doute plus payante, a été de s'associer avec Microsoft dans un accord semblable à celui de Google, bien que d'un montant largement inférieur, pour poposer Firefox With Bing, une version du browser où le moteur de recherche de Microsoft a pris la place de celui de Google. Depuis des mois, Microsoft dépense semble-t-il sans compter pour tenter d'imposer Bing, et l'occasion de prendre des parts de marchés à Google est belle... Sauf que Microsoft reste aussi concurrent de Firefox avec Internet Explorer.
Mozilla doit donc jouer serré dans les négociations avec les deux géants, et pourrait y perdre pas mal de plumes. On a de quoi être inquiet pour le plus important et populaire projet de logiciel libre. Si Chrome le dépasse dans le monde, cependant, Firefox vient tout de même de prendre la première place en Europe, devant Internet Explorer, et il ne faut pas l'enterrer tout de suite.
C'est bien connu, à de rares exceptions près, Google ne fait que rarement la publicité de ses produits. Ceux qui s'intéressent un tant soit peu aux campagnes de communication ont remarqué que cette quasi-constante avait été cassée il y a peu, au moment de Thanksgiving. Google s'est offert la diffusion d'un spot à une période de fortes audiences télé (à peu près au même niveau d'exposition que le sacro-saint Superbowl, c'est dire) pour son réseau social Google +, en relative stagnation. Google essaie-t-il de sauver son ultime tentative d'entrer dans l'univers du web social ? Y a-t-il péril en la demeure ? Et pourquoi diable la firme se retrouve-t-elle à avoir besoin de telles méthodes pour donner un coup de boost à son chantier le plus important de l'année ?
Reprenons un instant ce qui vient d'être évoqué plus haut pour y ajouter une exception, et pas des moindres : celle de Google Chrome. Le browser web, qui grapille des parts à Firefox et qui viendrait même de le dépasser selon un outil statistique, a été soutenu par une campagne de publicité massive, et soutenue dans le temps, en Europe comme partout ailleurs. Et pas seulement "online", mais aussi (rappelez-vous) en squattant de vrais panneaux publicitaires, entre deux campagnes promos pour Carrefour. Cela avait fait jaser Twitter, qui s'était étonné du volontarisme de la firme, qui, pour une fois, sortait le pied de biche pour imposer un de ses produits phares.
Une stratégie dépassée ?
Certes, Google + n'a pas la même position dans l'organigramme du plan de domination du monde de la firme. Mais il est évidemment très important de voir que ce réseau social, qui, on le rappelle, est très bien conçu, est a priori très utile à Google, pour engranger de la donnée utilisable par paquets, et pour garder intacte la manne financière provenant de ses publicités ciblées. Seulement, très peu de gens savent ce qu'est réellement Google +, car sur ce coup-là, Google a fait comme d'habitude : un lancement sur invitation seulement, un buzz substantiel, une sursaturation de l'espace social alloué au test de la bêta, comme si trop de monde venait squatter le petit studio tout neuf situé en bas d'un immeuble encore en construction. Sauf qu'au moment du dernier coup de pinceau, et du lever de rideau pour tout un chacun, la fête cool était finie depuis longtemps.
Ce spot peut donc être comparé à un carton d'invitation un peu ringard disant "vous avez raté la fête ? Vous n'étiez même pas au courant ? Revenez voir, maintenant qu'on a de la place". Il n'est pas forcément pertinent de comparer une fois encore G+ à ses deux grands rivaux que sont Facebook et Twitter, tant il paraît déjà évident que les "late adopters" ne feront pas l'effort de migrer vers une nouvelle solution. Google n'a jamais ciblé ce genre de personnes, ses services étant moins holistes dans leur conception. Mais il faut bien avouer que leur méthode classique, qui consiste à tendre une perche aux technophiles, qui la prendront quelque soit sa forme ou sa couleur, et laisser faire le temps jusqu'à ce que la capillarité s'opère, ne fonctionne plus vraiment, surtout avec un morceau comme G+.
Le cimetière de Google
Aurait-il fallu dégainer l'artillerie lourde, comme avec Chrome ? Pas sûr non plus, si on se fie à la réputation de Big Brother de première que Google se fade depuis pas mal de temps. Il aurait probablement été malvenu d'appâter le chaland d'une manière aussi 1.0 et "publicitaire" pour un service à la base centré sur l'échange éditorial, et, pour ce qui est de l'utilisateur, détaché du concept même de pub. Mais pointer une nouvelle fois du doigt la potentielle saturation de services que peut offrir le web social et sémantique, c'est pourtant prouver à Google qu'il est peut-être temps de changer de tactique pour que ça marche. La semaine dernière, la firme a annoncé la fermeture de plusieurs services, dont la "célèbre" concurrente à Wikipédia, nommée Knol, ainsi que le raté Google Wave, pour ne citer qu'eux. Ce genre de services n'a jamais dépassé une sphère archi restreinte d'über-connectés, généralement assez renfermés sur leur cercle assez opaque de petits savants pour que l'information ne circule pas d'elle-même. Google Labs, la chose la plus cool que Google ait pu inventer, n'a eu qu'un écho relativement restreint, et la fonctionnalité (qui, on le rappelle, est de proposer des plug-ins et des foncionnalités supplémentaires, encore expérimentales, à Gmail et ses copains) est condamnée.

Au vu de cette publicité en forme de bouée de sauvetage, suivant de quelques jours une énième vague de fermetures de services, il semble nécessaire de s'interroger sur le réel but de Google, qui oeuvrait il n'y a pas si longtemps pour "rendre Internet meilleur". En 2011, la donne a un peu changé : Google veut amasser du matos à revendre sur vous, c'est d'ailleurs presque banal de le préciser. Forcément, avec cette vision des choses, tout ce qui ne rapporte rien est écrasé et jeté. Mais il semble que le modèle marketing n'ait pas nécessairement suivi, largué au passage par l'arrivée de concurrent serviciels toujours plus attirants. Une start-up qui propose un service particulier, qu'il soit bon (comme Storify) ou mauvais (comme Klout), est moins cataloguée qu'une multinationale avec les meilleures intentions du monde (sur ce dernier point, on peut évidemment mettre en doute la bonne foi du grand G). En bref, on a tous fantasmé sur les 20% de temps supplémentaire que les employés de Mountain View pouvaient consacrer à des projets personnels, tout ça étant censé stimuler la créativité. Tout cela est beau, mais inutile si les résultats de cette émulsion sont mis à la poubelle les uns après les autres. Google + a évidemment eu le droit à un traitement plus lourd, mais subit de plein fouet ce nouveau tempérament bicéphale de l'entreprise qui l'a créé, et se retrouve un peu à la dérive, comme si on avait créé un jouet extrêmement évolué et intuitif, tout en ayant la flemme de le distribuer correctement. Moins de services pointus, mais pas de mise en avant pertinente de ceux qui se créent pour autant : WTF ?
Au final, le perdant est évidemment l'utilisateur, qui s'est retrouvé, à un moment donné, avec son fameux jouet, mais sans grand monde avec qui le partager. Car si un service comme Google Agenda peut très bien fonctionner sans qu'il y ait des millions d'utilisateurs à le faire tourner, le web social ne trouve sa raison d'être que par cet afflux nécessaire de personnes. Espérons que plein d'américains bêtas se pointeront sur Google + dans les prochains jours grâce à cette publicité, mais il restera le goût amer d'une chance ratée pour nous d'avoir une alternative, certes d'une des plus grosses firmes en place dans le monde du web, mais une alternative crébible à l'offre sociale déjà en place. Car Google, malgré toutes ses casseroles, reste tout de même une sacrée firme pleine de types qui savent pondre des chose inventives et bien conçues.
Vous n'avez peut-être pas remarqué, mais la guerre fait rage dans le milieu des nouvelles technologies, et en particulier pour tout ce qui touche au tactile. Les marques se livrant une bataille sans merci pour remporter des parts de marchés avec des produits de qualité souvent équivalente, il reste les coups bas pour mettre l'ennemi à terre. Quitte à oublier que les masses, pendant ce temps là, attendent de pouvoir regarder le futur avec un peu plus d'acuité.
Lundi 7 novembre, Motorola a réussi à infliger à Apple une défaite cuisante en Europe, la plainte déposée par le constructeur historique de téléphonie mobile touchant plusieurs de ses brevets, a priori violés par la firme à la pomme. Le tribunal saisi étant allemand, tous les iPhones et iPads sont censés ne plus être vendus chez nos voisins d'outre-Rhin jusqu'à nouvel ordre - et on sait tous que les lignes vont se remettre à bouger sous peu. On rappelle que Motorola, fort de 17 000 brevets, appartient depuis peu à... Google.
Il y a peu de temps, les médias pour technophiles faisaient leur pain quotidien de la guerre d'usure opposant Apple et Samsung, la Galaxy Tab du constructeur coréen n'étant pas du goût des pontes de Cupertino, qui voient en elle une vulgaire copie de l'iPad, mais aussi (surtout) un concurrent beaucoup trop agressif. RIM (le constructeur des Blackberry), HTC, et même Microsoft (qui passe des accords de licence avec le plus de fabricants de pièces détachées possible pour mettre des bâtons dans les roues des constructeurs de téléphones Android) s'y sont mis. Aujourd'hui, on lutte à la fois en surface et sous la table, le but étant de tirer le tapis assez fort pour que celui d'en face tombe de sa chaise.
On pourrait s'apesantir sur les conséquences intrinsèques à ces affrontements de papier, en comparant les fluctuations de bénéfices, ou les pertes potentielles, des entreprises concernées, à chaque nouveau jugement. Mais au final, la vraie lésée, c'est avant tout l'innovation. Et c'est bien pour ça que le copyright industriel doit mourir.
Infographe représentant les procès pour violation de brevets
en cours dans l'industrie mobile (Reuters, août 2011)
Copier pour améliorer
On ne sait au final que peu de choses sur la connotation réelle du benchmark. Ce qui peut passer pour une pratique de loser industriel (regarder ce qui marche chez les gens d'à côté, c'est un peu plus facile que d'avoir des idées) est en fait un excellent moyen de faire progresser un concept qui n'attend que l'activation de cerveaux extérieurs pour se fertiliser davantage, ce qui n'empêche pas pour autant, loin de là, l'apparition d'idées de rupture. Apple a démocratisé le système "applications + app store", Android a repris la chose pour l'appliquer à un modèle ouvert, ce qui a permis de proposer un système d'exploitation mieux fagoté, plus souple, et tout aussi user-friendly que celui d'Apple. Comble de la réussite : la dernière version d'iOS (le système qui tourne sur les iPhones et iPads) s'est inspiré de quelques fonctions d'Android... en les améliorant. Le gagnant ? L'innovation, qui voit les outils de sa stimulation affinés. Or, quand on tacle le voisin pour lui retirer le droit de se réapproprier une technologie à sa sauce, c'est soi-même qu'on prive d'une expertise extérieure importante.
Chacun dans sa niche, une belle idée d'avenir
Ici, la tendance peut virer à l'Apple bashing, car ils sont très forts pour ça, mais ils ne sont pas les seuls. Lorsque le bien commun des nouvelles technologies, guidée par le Grand Curseur, fait l'effort de faire progresser le port USB, certaines marques tiennent à vendre leurs produits comme éléments d'un tout, inutilisable par d'autres dispositifs, et avec un seul logo dessus, forcément. Le résultat, indéniable, est un menottage en règle de l'utilisateur, qui deviendra dépendant d'un écosystème technologique finalement assez peu diversifié en matière d'usages. En quoi la guerre des brevets favorise-t-elle cet état de fait ? Si la tendance continue, chaque marque aura sa technologie, ses idées, qu'elle défendra jalousement, toute occupée qu'elle est à tamponner du document à la pelle. A ce rythme là, l'incrédulité des utilisateurs d'iPhone lors du premier contact avec un terminal Android risque d'être un doux souvenir, comparé au Babel binaire qui s'annonce, d'autant plus que les interdictions actuelles de certaines marques à commercialiser des produits s'appliquent à des pays précis.

Un utilisateur mis de côté
Noël 2011, le grande échéance du moment. Pour les marques, l'assurance d'écouler des containers entiers. Pour nous, citoyens du monde moderne, une diversité de solutions forcément nivelée. Les Allemands ne pourront potentiellement pas se payer d'iPhone, les Australiens ne trouveront pas de produits Samsung sous Android... Rien de vital, certes, mais le droit de l'être humain à pouvoir jouir d'un panel "démocratique" de dispositifs technologiques censés améliorer leur vie culturelle, sociale et professionnelle de la façon la plus adaptée qui soit prend, avec ce genre de pratiques, un sérieux coup dans l'aile. Au delà de ça, lorsque les protagonistes d'une course dépensent leur énergie à faire des croche-pieds plutôt qu'à courir, le chrono est fatalement moins sexy à l'arrivée. Allez, si ça se trouve, sans brevets, on serait déjà équipés de lentilles digitales en Wi-Fi ultra haut débit ! Pas de chances, pour être pris pour autre chose que de simples acheteurs au service du succès commercial d'une marque, faudra repasser. Nous, on voulait plutôt palper l'innovation.
Une belle vanité que voilà. Innovation, lobbying et pugilat industriel vont forcément ensemble, et il y a peu de chances que ça change, malgré l'impressionnant bouchon de ces dernièrs années. Le principe du logiciel libre "pour la cause" commence à patiner, les alliances se solidifient, la tendance est à l'oligarchie 2.0. À défaut d'avoir un quelconque champ d'action concret vis-à-vis de ce phénomène, il n'y a plus qu'à embaucher des cohortes de early adopters, qui iront éduquer nos poupons afin qu'ils ne finissent pas comme des handicapés numériques.
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