Le mouvement social le plus médiatisé du moment, Occupy Wall Street, commence à déborder dans la sphère culturelle, ce genre de dynamique étant évidemment inspirante pour beaucoup de créatifs, et donc naturellement génératrice d'idées. Si l'art s'est plongé à bras le corps dans ce passionnant vortex, #OWS squatte également Twitter et Facebook, la technologie est utilisée à plein potentiel pour optimiser le déroulement des actions à travers les États-Unis, et ceux qui n'y sont pas se chargent de relayer le mouvement à leur façon, souris à la main. Inutile de tenter de brosser un portait global des initiatives en la matière ou de répertorier la masse hallucinante d'informations qui transite par les réseaux sociaux. La force d'Occupy Wall Street se repère par d'autres détails.
Le policier à la bombe lacrymo, premier mème estampillé OWS
Vous l'avez saisi, Occupy Wall Street a depuis longtemps dépassé les frontières géographiques que son patronyme semble imposer, les foyers de protestation touchant également plusieurs grands centres universitaires. Il y a quelques jours, une vidéo a fait le tour des médias en ligne outre-Atlantique : on y voit un policier asperger de bombe lacrymogène une rangée de manifestants pacifiques, assis au milieu d'une allée de l'université de Davis (Californie) et qui refusent visiblement d'évacuer les lieux.
Une image assez pénible à regarder en tant que telle, mais un cliché de l'action a pu être détouré proprement, pour en extraire l'image du policier seul, dans une position un peu grotesque, presque sympathique. Le Photoshop game a pu commencer, un mème est né, et beaucoup de plate-formes éditoriales (ici, là) proposent de contribuer au phénomène. Voici quelques extraits talentueux :

OWS ? Il y a une application pour ça
On va vraiment finir par avoir une application pour tout. Depuis la mi-octobre, il fait bon posséder un smartphone Android lorsqu'on est manifestant : les arrestations abusives, souvent légion dans ce genre de moments de tension entre deux camps, peuvent maintenant être dénoncées. Pour ce faire, téléchargez l'application "I'm Getting Arrested", qui ne laisse donc aucun doute sur son utilité première. Préparez ensuite un message de détresse, que vous enverrez à une liste de contacts préalablement calée. Une fois dans une situation délicate vis-à-vis de la maréchaussée, il vous suffira d'appuyer sur un bouton d'envoi qui préviendra vos camarades de galère de votre mise aux arrêts.

Le développeur, Jason Van Anden, tente de mettre en place une version iPhone, en espérant que l'application pourra passer la phase de filtrage d'Apple, comme Juif ou pas Juif a pu le faire pendant quelques jours... Info complémentaire : sur la dizaine de milliers de personnes qui a téléchargé l'application, Van Anden déclare qu'il ne sait absolument pas si quelqu'un l'utilise ou pas, vu qu'il a installé des barrières de contrôle pour empêcher l'utilisation de données privées par quiconque, y compris lui-même... Comme quoi, la vie privée est encore un concept valable pour quelques développeurs.
Occupy Flash, l'hommage anti-Adobe à OWS
Toutes les luttes valent le coup d'être menées... même si elles n'impliquent pas de rassemblement physique. Le mouvement Occupy Flash, dont le nom commence à circuler sur la toile, clame sa filiation avec Occupy Wall Street d'entrée, même si le nom est au final un non-sens (techniquement, c'est un peu compliqué de s'asseoir sur Flash). Cette technologie, mise en place par Adobe qui a réussi à forcer une situation de monopole quasi-exclusif, est régulièrement raillée pour sa désuétude, sa lourdeur et son inefficacité. En l'occurrence, la lutte est plus étrange que celle d'Occupy Wall Street, car elle est gagnée d'avance : Flash est amené à disparaître quoi qu'il en soit, remplacé par le HTML5. Les leaders du mouvement ont une réponse toute trouvée à ce potentiel non-sens dans leur démarche : " tant que le logiciel est installé sur les machines, il y aura des décideurs pour rendre son utilisation obligatoire, il y aura un besoin de support, le plug-in continuera à vivre et des gars continueront à développer dessus.". Rayer la présence de Flash sur le Web, en dénonçant une hégémonie libérale d'une entreprise imposant un système qui ne convient plus à personne, le lien est assez évident. Bientôt un Occupy Internet Explorer ?

Dix secondes pour faire des miracles. Le synopsis de "Run Jesus Run" est à peu près aussi élaboré que son gameplay, et c'est une bonne chose. D'abord, parce que l'intrigue est rapidement assimilable, et parce qu'on peut enfin dire à ses potes qu'on a fini un jeu entier au bureau.
Techniquement, c'est gérable : les flèches gauches et droite pour se déplacer, et la barre espace servant à "faire des trucs de Jésus". A vous de jouer les messies.
A voir aussi : Don't shit in your pants, 40 secondes avant apocalypse
L'immensité de l'univers vous donne le tournis. Ca se comprend, 93 milliards d'années-lumière de diamètre, y'a de quoi perdre toute notion d'immensité. Si la prise de conscience de la petitesse de ce qui nous compose (les atomes, ou pire, les quarks) vous donne le même effet, alors cette création Flash est pour vous. Avec un petit sac à vomi à portée de main.
Rien de visuellement vertigineux, quoique... "The Scale Of The Universe" (merci à Newgrounds de nous avoir fait découvrir un truc aussi utile) nous fait comprendre à quel point on est à la fois minuscules et immenses, et c'est bien cet effet ambivalent qui joue sur notre système de digestion. En bref, on bouge le curseur pour voir défiler un paquet de tailles de choses plus ou moins connues, du niveau subatomique au niveau intergalactique. C'est simple, c'est fun, et c'est aussi un peu flippant.

Machinarium, un jeu "pointe et clique" de génie pour échapper au bombardement informationnel ambiant (je ne sais pas vous, mais il y a des jours où l'infoporn me pèse sévèrement...). Par les créateurs de Samorost, en provenance directe de Tchéquie. Fabuleusement prise de tête.
Après des semaines d'une dramaturgie médiatique digne d'un film catastrophe ("50% de la population mondiale pourrait attraper le virus" a-t-on pu entendre sur France 2"), l'"aporcalypse" grippesque est en passe de finir dans le même tiroir de pitreries millénaristes que le bug de l'an 2000.
Ne reste plus qu'à en rire (un peu) avec un jeu, certes débile, mais tout cela mérite-t-il mieux ?

Sur Doctissimo : tout savoir sur la grippe A (H1N1)
Les mots naissent, s'accouplent, et disparaissent.
Jérôme Poloczek, alias Popovchka, nous propose son film lettriste Papapapi en nous demandant de le relayer si ça nous intéresse.
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