L'annonce du licenciement d'une caissière d'un supermarché Cora pour avoir rammassé le ticket d'un cliente où figurait un bon de réduction a mis les réseaux sociaux en émoi. Et la page Facebook de l'enseigne en feu.
Tout a commencé par cette brève dans l'Express : "Menacée de licenciement pour un ticket de caisse ramassé". Le nerf de la guerre : un bon de réduction pour un fast food au dos d'un ticket de caisse abandonné qu'une caissière a pris pour son fils. La direction du supermarché Cora de Mondelange a porté plainte pour vol et la caissière est maintenant convoquée pour un entretien préalable à son licenciement. Le détail en plus : la caissière est déléguée CGT.
Depuis, c'est un déluge de messages indignés sur la page Facebook de Cora. C'est aussi un concours de blagues et de jeux de mots sur le slogan de Cora. On s'échange le numéro et l'adresse du supermarché de Mondelange pour les harceler au téléphone. Globalement, c'est un joyeux bordel. Et y participer n'est pas la pire façon de passer son après-midi.
Florilège des réactions vues sur le wall de Cora :



Bien sur, ça n'est pas une révolution au Moyen-Orient, ça n'est pas Occupy Wall Street, mais pour une fois que le temps qu'on passe à blaguer ou à s'indigner sur les réseaux sociaux peut servir à quelque chose.
En juin dernier, un salarié de Monoprix avait ainsi évité le licenciement pour avoir récupéré des melons dans une poubelle.
Cora a déjà réagi sur sa page en déclarant qu'ils comprennaient les réactions à l'article de l'Express et qu'ils allaient se renseigner auprès de la direction du supermarché de Mondelange, ce qui n'a pas vraiment calmé la foule en colère.

Les grandes marques vivent toutes aujourd'hui dans la peur du bad buzz et on peut parier que Cora va plier sous la pression. C'est la bonne nouvelle du jour.
Edit : Ca n'aura pas tardé, la page Facebook de Cora annonce dorénavant "La direction de cora Mondelange a décidé de ne pas poursuivre la procédure engagée à l'encontre d'une salariée du magasin.
Nous avons conscience de l'émotion suscitée par les informations parues depuis ce matin."
Le documentaire La Gueule de l'Emploi, diffusé il y a une semaine sur France 2, exposait les méthodes de recrutement pour le moins discutables d'un cabinet qui travaille pour les assurances GAN.
Depuis, il a suscité pas mal de débats et surtout de réactions choquées sur Twitter, mais pour Baptiste Fluzin, aka @soymalau, ce n'était pas suffisant. "Je voulais que pour une fois, la croisade naissante qui se profilait sur Internet ne se limite pas à un déluge de tweets et de commentaires laissés sous des articles et qui de toutes façons, n’auraient jamais atteint les personnes incriminées." explique-t-il à Ecrans.
Du coup il a lancé le site lagueuledelemploi.net sur lequel il fait deux choses qui dérangent. La première c'est de diffuser via Youtube une version "piratée" du film, mais ça, franchement, ce n'est pas très exceptionnel.
La seconde, c'est d'avoir retrouvé les noms, numéros de téléphone et adresses des recruteurs aperçus dans le film et de les avoir regroupées et affichées. Très vite, suite à une mise en demeure, ces infos ont disparu du site. Il reste cependant assez facile de les trouver, le créateur du site affirmant que toutes ces données étaient déjà disponibles publiquement sur internet.
Dénonciation ou délation ?

Certains se sont empressés d'évoquer les "heures les moins glorieuses de notre histoire", un réflexe parfois un peu trop rapide en France.
La ligne de défense du site, c'est que les noms et les fonctions de ces personnes étaient diffusés en clair sur la télévision publique et ont été vus par des millions de personne.
N'importe qui aurait pu faire les mêmes recherches internet à partir de ces informations et retrouver leur nom et leur adresse.
Si certains sont en effet faciles à retrouver sur Viadéo ou les Pages Blanches, il aura fallu pour d'autre aller trouver leur nom dans des PDF en ligne.
Nous sommes sans doute nombreux à avoir nos numéros sur un document mis en ligne à notre insu, et il y a une grande différence entre se créer un CV en ligne public et avoir son nom quelque part dans un PDF qui aurait du rester confidentiel.
Regrouper et afficher ces informations ensemble n'est pas non plus anodin.
Affirmer le contraire, c'est se ranger du côté de sites aux méthodes semi légales comme Yatedo. Il n'empêche qu'il reste une différence entre "dénonciation" et "délation". La délation se fait à l'insu de son sujet, alors que ceux dont il est question ont signé de leur plein gré une décharge pour autoriser la diffusion de leur nom à la télévision, où bien plus de monde l'aura vue que sur ce site. Ce que lagueuledelemploi.net révèle, ce n'est ni leurs actions, ni leurs identité, mais leur coordonnées.
Ca relève plutôt de la dénonciation, mais une forme de dénonciation qui incite à l'action, dans une tradition typiquement anglo-saxonne.
Le pouvoir de la honte

Aux USA, où pendant la seconde guerre mondiale on n'a fait "que" mettre les américains d'origine japonaise dans des camps, on n'a pas autant de problèmes avec la dénonciation.
Là bas, le militantisme sous toutes ses formes utilise depuis longtemps des techniques semblables pour obtenir des résultats.
Dans les années 1990, les dirigeants de l'industrie du tabac étaient harcelés constamment, et les médecins qui pratiquent l'avortement le sont toujours. Mais l'exemple vient aussi du système judiciaire, qui met à disposition de tous des fichiers de criminels sexuels ou qui les condamne à l'humiliation public en les transformant en homme sandwich. L'idée, c'est d'utiliser le pouvoir de la honte, pour obtenir le changement par la peur.
Comment faire plier des grandes entreprises, comment enrayer des systèmes sans leur donner de visage ? Idéalement, le but de l'opération n'est pas tant de trouver un bouc émissaire que de faire prendre conscience à toutes les personnes qui participent à un système de leur part de responsabilité individuelle. Ce n'est pas seulement une arme de la droite américaine, c'est aussi celle utilisée par Anonymous dans plusieurs de ses opérations.
La dénonciation, ça marche ?
Reste à prouver l'efficacité de la méthode. 4chan a réussi à ruiner la vie de la petite Jessi Slaughter, mais pas à arrêter le video blogging adolescent.
Etant donnée la vitesse à laquelle les noms des recruteurs du reportage ont été retirés, je parierais qu'il n'arrivera pas grand chose aux "victimes" de lagueuledelemploi.net.
Par contre, le site a parfaitement réussi à faire parler encore plus des méthodes scandaleuses de certains cabinets de recrutement, et en ce sens, c'est au moins un petit succès.
"Du sexe malsain, de la violence gratuite, des rictus horribles, des méchants caricaturaux... nous sommes bien dans une putain de bande dessinée !"
La déception du web 2.0 commence à poindre.
Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle.
Qu'ils sont taquins ces Evil Mad Scientists. Après avoir édité une série de stickers destinés au scotchage sauvage dans les étalages des magasins, les adeptes commencent à envoyer les photos de leurs exploits.
Quand Darwin évoque la possibilité que toute vie sur Terre est liée par un enchaînement complexe de causes et d'effets, la vision du monde s'en est trouvée bouleversée.
Certains d'entre vous se sont peut-être déjà amusés, petits, à cramer au briquet des soldats en plastique ou des petites voitures pour les faire ressembler à des victimes de crash (comment ça, je suis le seul ?).
Les gens de Chinny Chin Chin ont tout simplement rationnalisé cette idée pour en faire une très belle série de jouets explosés à la suite de conflits urbains.
Les enfants sont cruels, non ?
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