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Google Wave, sinon la pulpe elle reste en basVous n'avez toujours pas bien compris à quoi pourrait vous servir Google Wave ? Normal, si comme moi vous ne faites pas partie des premiers "invités" (le web 2.0 est un Grand Bal). Cette reprise de Pulp Fiction en version Wave ne devrait pas vraiment clarifier la situation, mais peut éventuellement susciter un intérêt chez les professionnels du digima (peu nombreux, il faut le concéder) : Sur Flu : une petite histoire du digima, et une bio / portrait de notre cinéaste superficiel préféré, Quentin Tarantino. Quand faire pipi pendant le film ?Question cruciale que se posent nombre de téléspectateurs et -tatrices, dont la vessie peine à se satisfaire de la deuxième coupure pub autorisée par la récente loi sur l’audiovisuel. Tiraillés entre une envie pressante et la peur stressante de rater une scène clé, les malheureux accueilleront avec enthousiasme l’initiative du développeur flash Dan Florio : son site RunPee.com permet aux cinéphiles d’indiquer le moment idéal, ou les moments quand le film n’est pas très bon, pour se soulager sans gâcher son plaisir. Suivez le guide, courrez à la minute indiquée, et cliquez pour découvrir ce qu’il s’est passé pendant votre absence… C’est en regardant le King Kong de Peter Jackson, qui dure un peu, que Dan Florio a eu cette idée lumineuse. Le site est toutefois resté confidentiel pendant quelques mois, jusqu’à ce que sa mère l’invite à téléphoner à la production d’une émission de télé pour leur présenter le projet. L’animateur en a parlé, le bruit s’est propagé. Une application mobile est en cours de développement, pour les films en salle… Cryptozoologie et réalité augmentée, un sasquatch pour du bœuf séché
Cible geek cryptozoophile, triste de ne plus rien voir danser sur son bureau depuis cette christmas-pinup.exe reçue par mail d'un collègue en 1999, et qui s'amusera volontiers avec l'animal virtuel. Parfait pour patienter en attendant la sortie de Max et les maximonstres de Spike Jonze, tout en lisant le blog du film, dont l'original objectif est de "mettre en lumière les nombreuses influences artistiques qui ont convergé pour faire de ce faramineux projet une réalité". (Via Yanko) Où en êtes-vous dans le film ?Plutôt que de prédire la date de votre mort, comme le proposent de nombreux sites idiots, Michael Condouris vous invite à prendre conscience du temps qui passe… Si Star Wars, 2001, The Big Lebowski, Princess Bride, Le Magicien d'Oz, Ferris Bueller, Ghostbusters, Titanic ou Le Parrain avaient commencé quand vous êtes nés, et que ces films s'étiraient le long du fleuve tranquille de votre vie, où en seriez-vous ? Pour ma part, à un moment crucial, manifestement. Le cinéma expérimental à l'épreuve du numérique (5)Puisqu'il faut conclure
Comme on l'a évoqué ci-dessous, la diffusion numérique a bouleversé le temps. En sortant le spectateur de son cocon de projection, mais aussi en lui donnant le pouvoir d'intervenir sur le déroulement du film. D'un statut de témoin actif, vue et ouïe en alerte - contraint d'être en alerte car privé de tout autre capacité d'exister - le spectateur s'est changé, par le biais du DVD et du web, en acteur passif. Acteur, car le destin de la projection s'est retrouvé entre ses mains, mais passif, car une somme considérable de signaux parasites (à commencer par sa propre intolérance face à la nouveauté) lui ont fait envisager les films - et l'inédit d'une manière générale - comme des messages qui ne lui étaient pas destinés, noyés dans un océan d'autres messages, lesquels, au contraire, lui parlaient directement, dans un langage clair ne nécessitant aucun effort. L'acteur passif - disons, l'internaute - a de plus en plus conscience qu'il est le maître de ce qu'il voit et de ce qu'il entend. Il choisit, en permanence, entre une donnée et une autre, sélectionnées dans le flot ininterrompu des données qu'on lui propose. Il clique pour anéantir un message et clique à nouveau pour en recevoir un autre. Il engendre l'information et garde sous l'index, comme le pouce haut ou bas d'un César antique, la menace d'y mettre fin. Si on parle d'une vidéo, la sentence peut se traduire par une ou plusieurs étoiles, apposées sur l'image même du film, jugement radical d'un public anonyme, trace définitive au fer rouge sur la peau du cinéma. Si on parle d'un texte, d'une série de billets en ligne, c'est une croix rouge qu'on presse en silence, ou un mot souligné qui le propulse vers un autre espace-temps, le lien hypertexte comme une fuite et jamais comme un but. ![]() L'acteur passif est le maître du parcours qu'il effectue dans l'espace restreint de sa propre cellule. Et lui faire entrevoir un parcours nécessitant l'effort de rompre les barreaux de sa cage pour ne rien trouver de plus que la gamelle qui l'attend à deux pas de lui sans effort est voué à l'échec. Dispenser un message à un internaute, c'est composer avec cette relative patience et ce goût immodéré pour le divertissement. C'est flirter avec le seuil de tolérance d'un auditoire invisible en n'ayant jamais la certitude de le connaître vraiment. C'est renoncer à la durée, ainsi qu'à toute narration. C'est éviter de jouer avec le temps du récit pour ne composer que des salves fragmentaires. C'est écrire un blog. C'est écrire un billet. C'est réaliser un clip. Toutes ces formes complémentaires d'autres formes longues en perdition. "Trop long", sur le web, est égal à "mauvais". Car la longueur d'un message numérique (et donc sa durée) est à inversement proportionnel aux personnes qui le recevront intégralement. Et c'est pour cette raison que le cinéma expérimental se désagrège au contact du web. Et pour cette raison aussi qu'il nous faut mettre un terme à cette série, dont les développements impliquent de plus en plus d'en avoir pris connaissance depuis le début. Car à l'instar d'un film d'avant-garde, la réflexion sur l'avant-garde se décompose elle-aussi au contact du numérique. Et malgré toutes les astuces, tous les rythmes élaborés, les insertions d'images et de vidéos mortes qu'ils ne verront jamais vraiment, les lecteurs en ligne, dans leur grande majorité, finiront par quitter la salle - par quitter la page, pour un horizon plus clair fait de phrases lapidaires et de gamelles plus sucrées. Quant aux quelques autres, qui seront parvenus au terme de leur lecture intégrale, on leur conservera en récompense toute notre gratitude, ainsi que le maigre frisson de fierté d'être encore là alors que tout les poussait à fuir. C'est en ces spectateurs-là que reposent pour quelques temps encore l'avenir des formes non-conventionnelles et le souffle de courage qui poussera les artistes à chercher encore des chemins de traverse toujours plus loin de nos cages. A tous ceux là, merci d'avoir été encore là. Le cinéma expérimental à l'épreuve du numérique (4)
![]() Face à cette recherche perpétuelle, cette redéfinition constante des codes (narratifs, esthétiques), le spectateur est face à une épreuve, contraint d'endurer un objet audiovisuel auquel il ne pourra opposer que peu, souvent pas, de référents qui puissent lui permettre de comparer, et ainsi de dégager un jugement. En-durer, car devant ces objets sans aspérités auxquelles s'accrocher, le temps s'étire et devient parfois lourd, conditionnés que nous sommes par un inventaire infini de règles dont l'absence nous plonge dans un ennui pavlovien. Expérimenter cette durée, y survivre, et en ressortir gorgé de nouvelles lois esthétiques insoupçonnées, voilà l'un des enjeux du cinéma expérimental. Mais tel qu'il est diffusé aujourd'hui, un peu en salles, marginalement, mais essentiellement en ligne, ou en DVD, cet art de l'endurance s'en trouve de fait castré, autrefois maître, désormais esclave d'une simple ligne marquée d'un curseur : ![]() En offrant au spectateur le pouvoir de la durée, on l'a ôté au cinéma. En permettant au spectateur d'arrêter le temps, ou de l'accélérer à sa guise, on lui a interdit de s'y heurter de plein fouet, ce qui était pourtant l'objectif premier de cet art. Car à quoi bon le montage, le timing, le rythme, si aucune de ces valeurs n'a l'assurance de parvenir intacte jusqu'au spectateur ? Certains sites de cinéastes qui proposent en ligne leurs propres créations s'obstinent à dissimuler cette fameuse barre d'état, et avec elle le pouvoir qu'elle renferme. Mais la plupart se réjouissent de voir leurs films diffusés en DVD, découpés en séquences accessibles par des menus. Quand ce support est exploité pour ce qu'il est, quand les films qu'on y grave ont conscience du mode de lecture que cela implique, on peut faire l'expérience de superbes projets (lectures aléatoires de séquences, brouillage des codes de l'interactivité, etc.), mais dès lors qu'ils proposent le simple report d'une pellicule - objet fondamentalement linéaire - c'est l'essence du film qui s'évapore, et avec elle une certaine conscience du temps. D'une ligne droite courant inexorablement du début vers la fin (de la naissance à la mort du film), le numérique a fait du cinéma expérimental un art de l'éternité, immortel certes, mais du même coup inutile, vain et sans âme, car ce qui ne meurt pas ne peut pas être humain. (à suivre) 1 J'avais développé en détails cette idée de l'endurance face au cinéma dans un vieil article encore en ligne ici : Notion de performance dans le cinéma de Warhol. Le cinéma expérimental à l'épreuve du numérique (3)On a longtemps qualifié "Meshes of the afternoon" de Maya Deren, de film mythique.
Et on a pu employer le même adjectif pour d'autres oeuvres, comme "Invocation of my demon brother" de Kenneth Anger, ou encore "Exploding Plastic Inevitable" de Ronald Nameth. Ces quelques exemples, et bien d'autres, d'oeuvres dites "mythiques" ont pu bénéficier de ce qualificatif pour deux raisons. La première, bien entendu, fut leur qualité à bouleverser l'histoire du cinéma en insufflant au septième art une liberté inédite dans le maniement de sa grammaire et de ses capacités esthétiques. Comme tout autre chef d'oeuvre, en peinture, sculpture, ou musique, ces films ont fait date et on servi de référence aux générations de cinéastes qui les ont suivis. Néanmoins, cette seule qualité n'a jamais été suffisante pour définir une oeuvre, aussi brillante soit-elle, comme mythique. Car la seconde raison, et la plus importante, c'est que ces oeuvres étaient rares. Au contraire du cinéma commercial, et malgré la possibilité technique de produire un nombre de copies infini à partir d'un seul négatif, ces films n'ont bien souvent fait l'objet que de tirages limités, en grande partie, on le devine, pour des raisons financières. Ainsi, assister à la projection d'un film de Stan Brakhage ou de Len Lye, ne constituait pas seulement une expérience esthétique, mais aussi sociale. Voir ce que peu ont la chance de voir donne au spectateur un statut d'exception, et érigé sur ce piedestal, sa vision s'en trouve à son tour modifiée. Certains de ces films dits "mythiques", d'ailleurs, ne se contentaient pas d'être tirés à peu d'exemplaires, mais imposaient en plus des dispositifs de projection interdisant leur multiplication. Leur diffusion ainsi, allait à l'encontre d'un caractère majeur de l'art cinématographique - la prolifération - pour se rapprocher d'une certaine forme d'art vivant, de théâtre en quelque sorte, pour qu'une projection se change finalement en "représentation", dans le sens dramatique du terme. ![]() A titre d'exemple, on pourrait remonter à 1927 et citer le "Napoléon" d'Abel Gance, projection monumentale en triple écran avec orchestre symphonique, qu'il n'aura guère été possible de présenter qu'une poignée de fois pour un public forcément restreint. Au delà du caractère esthétique du film, ce "Napoléon" est aussi et surtout devenu mythique car il n'était pas possible de le multiplier, et ceux qui ont pu en voir un montage mono-écran dernièrement ont tous pu ressentir ce manque, cette sensation de ne pas voir le film d'Abel Gance. Dans l'histoire du cinéma expérimental, cette même qualité d'oeuvre unique a aussi pu apparaître avec certaines oeuvres impliquant par exemple une intervention directe sur le positif (grattage, coloriage, etc.). A positif unique, représentation unique, limitation des spectateurs, et inévitablement, apparition d'une rareté qui a changé certains films en mythes, sans que leurs qualités intrinsèques soient nécessairement engagées. Dans son ouvrage de 1974, "Le cinéma visionnaire", P. Adams Sitney se sent ainsi obligé de décrire plan par plan chacun des films qu'il analyse, non pas pour les disséquer, mais dans un premier temps pour les raconter à des lecteurs dont une grande majorité n'a jamais eu et n'aura peut-être jamais l'occasion de les voir. Le conte, le mythe du cinéma expérimental aura été, pendant plusieurs décennies, une composante majeure de sa force d'évocation... ... jusqu'à ce que tout s'écroule aujourd'hui. Et c'est volontairement qu'en introduction de ce billet, j'ai placé sur les trois films cités des liens directs vers leur diffusion sur YouTube. Avec le support numérique physique dans un premier temps, et internet dans ensuite, ce qui était rare est devenu fréquent. Sans trop de difficulté, on peut donc trouver aujourd'hui, en DVD ou même en ligne, la grande majorité des oeuvres filmiques qui ont construit le cinéma expérimental du XXe siècle. Le caractère mythique de ces oeuvres, peu à peu, s'est ainsi évaporé. Il n'y a plus d'exploit à faire partie de ceux qui ont vu "Meshes of the afternoon". Il n'y a plus de frisson à s'installer dans une salle de cinéma en caressant la satisfaction, regardant autour de soi, d'être parmi la poignée de spectateurs à faire l'expérience d'une projection rare. En rendant accessible à tous, tout de suite, le catalogue du cinéma expérimental, le numérique a supprimé le mythe, fondu le conte, et changé des oeuvres qui s'opposaient majoritairement à une logique commerciale, en produits culturels. L'anthologie Stan Brakhage se trouve aujourd'hui sur Amazon aux côtés de "Bienvenue chez les Ch'tits". Doit-on pour autant se lamenter que des oeuvres superbes soient désormais accessibles à tous, et non seulement à une poignée d'initiés ? Non, évidemment. Mais à la vision de chacune d'elle, il demeure malgré tout important de se plonger dans leur histoire, et tenter, aussi difficile que cela soit devenu aujourd'hui, de ressentir ce frisson, de se plonger encore dans la chambre obscure métaphorique, accompagné de partenaires d'extase, et d'observer, dans cette état de grâce chamanique, des ombres mythiques courir sur les parois de la caverne. (à suivre) Le cinéma expérimental à l'épreuve du numérique (2)Si le cinéma n'était rien d'autre qu'une somme d'images, il serait resté dans les foires où il a commencé sa carrière.
Mais entre les images, faites mouvement par la magie de l'effet phi, est apparu un monde, tout un continent imaginaire composé par nos cerveaux avides de cohérence. Pourtant, à la lisière de l'imagination, une impression a toujours résisté à la technique, réminiscence de temps anciens où le feu faisait danser les ombres sur les parois des cavernes. Encore aujourd'hui, il n'est pas rare pour un spectateur de prendre conscience de sa situation de spectateur et l'espace de quelques secondes, de sortir du film pour réaliser où il est, et changer le monde qu'on lui présente en succession abstraite de lumière et d'ombre. Comme on le suggérait plus bas, l'expérience cinématographique n'est donc pas seulement l'expérience d'un film, et personne mieux que Peter Kubelka n'a su mettre en évidence cette qualité inscrite dans l'architecture de nos salles obscures. Voir Arnulf Rainer n'a rien de commun avec le fait de voir un mouvement reconstitué. Cette composante est au contraire totalement évacuée pour laisser apparaître et étendre dans la durée ce moment où le spectateur sort du film. On entre jamais dans Arnulf Rainer (pas plus que dans l'ensemble des films dits "métriques" de Kubelka), car aucune porte n'y mène.Ce qui est révélé par l'intermédiaire d'une telle projection, c'est au contraire l'extérieur du film, son support pour commencer - Kubelka proposant l'exposition de ses pellicules comme oeuvres plastiques à part entière (voir ci-contre) - mais aussi et surtout la salle de projection elle-même, apparaissant et disparaissant au gré des flashs provoqués par les photogrammes blancs. Proposer un tel film sur un site de partage de vidéos a donc deux inconvénients fatals. Le premier, c'est la perturbation du rythme désiré par le cinéaste, originellement calculé avec une précision mathématique. Lors de la lecture en ligne, en effet, l'apparition des photogrammes noirs ou blancs n'est plus seulement assujettie au choix de l'artiste, mais dépend aussi de nombreux autres facteurs tels que la vitesse du processeur de l'ordinateur qui le lit, la qualité de sa carte graphique, la vitesse du serveur qui les diffuse, sans parler des choix arbitraires effectués par la logique inadaptée du codec de compression. Le second, c'est l'embed, c'est à dire le fait qu'une vidéo en ligne, à moins, chose rare du fait de la faible résolution, de prendre la peine de la passer en full screen, est systématiquement inscrite dans le cadre de notre écran, qui n'est pas le cadre du film. Autrement dit, la lumière diffusée par tout ce qui n'est pas le film (reste de la page, navigateur, barre du système d'exploitation) perdure pendant sa projection et détruit obligatoirement l'effet premier recherché. Voir Arnulf Rainer avec une lumière constante, c'est nier l'architecture qu'il avait pour vocation de révéler. En d'autres termes, c'est tuer la salle obscure, cette camera obscura métaphorique dont toute salle de projection est la mise en abyme inconsciente. Voir Arnulf Rainer en ligne, c'est ne pas voir Arnulf Rainer. Ceci étant dit, en prenant l'un des exemples les plus significatifs du cinéma expérimental, est-ce que tout film de cinéma1 se détruit au contact de la diffusion numérique ? Et est-ce qu'il n'y aurait pas malgré tout de raisons de se réjouir de la mise en ligne massive de ces films rares désormais disponibles pour le plus grand nombre ? C'est ce qu'on essaiera de voir dans la suite de cette série de billets. 1 Pour rester fidèle à Kubelka, on ne parle pas ici de cinéma "expérimental" qu'il s'est toujours défendu de pratiquer. "Je ne fais pas du cinéma expérimental, ce sont les autres qui font du cinéma commercial. Moi je fais du cinéma." Le cinéma expérimental à l'épreuve du numérique (1)Pour débuter une rude semaine, rien de tel qu'un bon film expérimental qui nous ramène à quelques fondamentaux en perte de vitesse.
Pourtant, ce que vous pouvez voir ci-dessous n'est pas exactement le Thanatopsis d'Ed Emshwiller, monument du cinéma d'avant-garde daté de 1962. Ce que vous voyez ci-dessous, c'est un leurre, une évocation vidée de l'essence de l'original, un hybride qui présente à la fois les caractéristiques du film, mais contaminé par les codes contemporains, ceux qui, en particulier, sont imposés par le système qui les diffuse. Composé en large partie à l'aide d'une variation de la vitesse d'obturation qui nappe les formes claires d'un halo surnaturel autour d'un sujet net, Thanatopsis se heurte au système de compression des vidéos numériques. Trop de points, pas assez de contours, trop de vitesse et trop de précision dans le flou... si bien que, désorienté, le codec n'a d'autre choix que d'afficher d'énormes carrés aux teintes unies tout autour de la silhouette, celle-ci changée en masse informatique primitive, pixels gros comme des maisons, Lego noir, gris et blanc remplaçant la subtilité et la douceur du dégradé initialement recherché. Et ce qui était en 1962 un fantôme vaporeux devient en 2006 (date de compression de cette vidéo) un polygone mécanique, bâtiment monochrome en deux dimensions sans profondeur ni âme. Mais pas pour longtemps... Car vous le savez, tous les sites de partage de vidéos ont fait évoluer ces derniers mois leurs systèmes pour proposer des diffusions en "haute définition". Et bientôt peut-être, un internaute passionné décidera de mettre en ligne ce même Thanatopsis, faiblement compressé, et révélant à nouveau ce personnage épileptique. Quand viendra ce jour, où la copie numérique respectera toute la finesse et tout le grain du film original, verrons-nous pour autant en ligne, sur notre écran, le Thanatopsis d'Ed Emshwiller ? Rien n'est moins sûr, comme on cherchera à l'expliquer demain. (à suivre) (source : l'excellent blog A Million Keys, qui poursuit son travail d'exhumation du cinéma expérimental) Objectified : la créativité quotidienne du design industrielLe documentariste américain Gary Hustwit avait signé en 2007 un passionnant long-métrage intitulé Helvetica, qui mesurait avec tact l'impact de la typographie, et de la célèbre police en particulier, sur la "culture visuelle" moderne. Avec Objectified, son nouveau film, le réalisateur/producteur indépendant part à la rencontre des hommes cachés derrière les objets manufacturés qui font notre quotidien, des expressions et des circonscriptions de leur créativité. Qu'est-ce que ces choses disent de nous, et qu'est ce que la manière dont elles sont conçues peut nous apprendre de nos sociétés ? C'est dans quelques mois seulement que nous pourrons découvrir les pistes de réponses d'Objectified, mais Gary est malin et il est déjà possible pour les intéressés d'en discuter sur un joli blog. Gary est même très malin, et nous invite à devenir "Objectifiers" : participez au financièrement du film, recevez des cadeaux et admirez votre nom au générique… Une communication bien pensée. Ça tourne à Nollywood
Aperçu avec cette série photographique de Pieter Hugo en forme de portrait halluciné du cinéma nigérian. L'habitude est telle de recevoir de cette partie du monde des images de corps disloqués que naît un malaise certain. "Et pourtant, ça tourne" serait-on tenté de s'écrier, réjoui, terrorisé, en pleine aporie. (via le blog PHOTO.fr) La pire nouvelle de l'année
Attention, spoilersComme beaucoup d'autres, le site threadless.com permet de concevoir ses propres t-shirts en envoyant une image.
Et dans les centaines de visuels disponibles, on trouve quelques objets bien trouvés, comme par exemple ce t-shirt qui vous fera haïr par tous vos amis qui n'ont pas vu les films dont il est question. ![]() En quelques formules, voici donc les révélations finales de 18 films (ou série, si on compte Dallas). De quoi se faire jeter des pierres dans la rue pour Noël. Zombies linksQuand il est motivé, le peuple gagne toujours.
Voilà la leçon à tirer de ces quelques jours de luttes zombies. Mais avant de reprendre le cours normal de ce blog, voici tout de même quelques derniers liens qui vous permettront de faire votre propre Zombie Time ad vitam eternam. Parce que oui, il existe des gens qui n'ont pas besoin de tag zombie, tout simplement parce que tous leurs posts parlent de zombies. Court voyage dans la zombie-sphère. Zombie Time #4D'abord un lien gentiment envoyé par Philippe Comtesse, merci à lui. Il s'agit du très glauque Portraits as Living Deads, où le talentueux Frederik Peeters croque les morts célèbres comme s'ils venaient de sortir de leur tombe. Ci-contre, Claude François, même pas essuyé (le con). Il y a des gens qui consacrent leur existence entière à la cause morte-vivante. C'est le cas de l'auteur du blog ZombieOfTheDead qui recense de manière très détaillée tous les films de zombies qui lui passent sous le nez. Il existait déjà pas mal de listes de ce genre, sur les forums ou sur Wikipedia, mais l'intérêt de ce blog, c'est surtout l'abondance des screenshots et les commentaires précis. Gros boulot donc, qui méritait d'être signalé. Idem pour l'incroyable Desperate Zombie, dont la punch-line "Art, Sex and Living Dead" ne pouvait pas être mieux choisie. Sur ce blog en effet, c'est toute l'info non-morte qui est diffusée, de la peinture gothique au cinéma bis crado. A coller dans ses RSS zombies au plus vite donc. Et pour finir (parce qu'on a une vie, nous, hein ?), le toujours efficace webzine Oh My Gore, rendez-vous incontournable de tous les cinéphiles intéressés par le genre, et dont les scoops continuent à faire autorité un peu partout dans la blogosphère française. Que celui qui n'a jamais piqué une news à Oh my gore lève le doigt ! A bientôt pour de nouvelles aventures zombies... Suivez le tag ! Zombies et étudiantes (japonaises)Toujours pas de tag "zombie" sur AEIOU ? Actualité zombieJe m'aperçois avec stupeur que ça fait plus d'un mois maintenant que nous n'avons pas parlé de zombies.
Shining-omaticShining avec des robots : une vidéo bête mais pas méchante dégotée via Coudal et apparemment réalisée en réponse à cette autre vidéo (moins glop) : après la vague des re-enacted by bunnies (résumés de films en 30 secondes et force lapins crétins), faut-il s'attendre à une série de classiques revisités façon C-3PO ? Les fans du film de Kubrick pourront réfléchir à cette vaste perspective en savourant le making of de l'original signé Vivian Kubrick (fille de, qui avait 17 ans à l'époque), dispo sur Google vidéo : Making the Shining, lumineux. Où habite Magnum ? Et oui... C'est l'une des questions qui revient le plus souvent sur le répondeur de Fluctuat.Heureusement, aujoud'hui, grâce au site lieu-geographique.com et plus particulièrement à sa section "lieux de tournage", nous sommes enfin en mesure de répondre à cette question, ainsi qu'à de nombreuses autres. Où s'est vraiment crashé l'avion de Lost ? Où est la maison de Tony Montana dans Scarface ? Où trouver le mythique couvent de la scène finale de Vertigo ? Pour chacun de ces lieux de tournage, un petit commentaire et la localisation exacte par Google Maps vous sont proposés. Les vacances sont finies, certes, mais ce petit guide touristique du cinéphile permettra peut-être aux plus motivés d'entre vous de préparer leur prochain voyage. Etudes et Thunes : le documentaire étudiant des années 2000
Cet été, nous serons tous des étudiants désargentés... 40 ans après le joli mois de mai, la question de la qualité de la vie étudiante a fait l'objet d'un travail documentaire remarquable, et ce n'est ni à un essai façon Raoul Vaneigem, ni à une étude de l'INSEE qu'on le doit, mais à un site web co-réalisé par un collectif de journalistes... étudiants. Réalisé par une quinzaine d'élèves du CFJ (le Centre de formation des journalistes - option multimédia) et l'agence Upian, le site Etudes & Thunes décrit tout simplement la réalité sociale des étudiants en 2008, à nous, les geeks. Structuré en 4 thématiques (Logement, Argent, Boulot, Santé), qui sont autant de parcours narratifs, le site offre une très riche sélection de reportages vidéo et audio, conçus sous la forme de portraits et de témoignages. Révolta, Kilomètre Zéro : le film (Sélection vidéo 6/10)Note : sixième billet de Charlie Mars qui nous dévoile ses pépites dénichées sur Dailymotion. La totale : ici. Pour se faire une idée, avant de s'installer confortablement devant son ordi, voici la bande-annonce : Avant de commencer la séance... Le film Révolta, en version intégrale : Teaser : " Frank part en voiture vers la Révolta, un petit pays utopique fondé pour servir d’état refuge aux révolutionnaires du monde entier, un pays que son père a contribué à fonder. Depuis sa création, la Révolta est en perpétuelle guerre civile. (...) Au début du film, frank se réveille seul, au milieu du désert, dans une voiture accidentée. A l’intérieur, il trouve une petite caméra et une valise remplie de cassettes. A la recherche de son passé, il enclenche la première, étiquetée "Kilomètre Zéro". Il découvre alors les images de son voyage vers la Révolta. " Ode aux cinéastes amateursPour ceux qui trouvent que Ed Wood, c'est vraiment trop mainstream et que Michel Gondry n'est rien qu'un vendu d'Hollywood, allez faire un tour sur le phénoménal Cine Massacre de James Rolfe.
Apôtre de la série-moins-que-Z, champion toute catégorie du bricolage, l'individu conçoit, depuis qu'il est tout petit, des vidéos complètement barrées à base de bouts de ficelle et de litres de ketchup mettant en scène des copains et des gosses du quartier dans des rôles aussi profonds que le Senseï Gay, le Ninja Loup-Garou, et bien sûr des légions de zombies qui attendent patiemment la décapitation au plan suivant. Maintenant à la tête de deux bonnes centaines de vidéos, Rolfe a décidé, pour son 200e film (!), de consacrer un documentaire à son oeuvre, expliquant sa passion, ses techniques de tournage et de montage, exemples à l'appui. On reste scotché devant une telle débauche d'énergie, déployée sans aucun autre but que celui de se divertir et de faire rigoler ses nombreux fans. "L'ambition est le dernier refuge de l'échec", disait Oscar Wilde, et James Rolfe en est le plus bel exemple, soldat solitaire dans la guerre qui oppose la platitude à X millions de dollars d'un blockbuster estival aux milliers d'âneries sans prétention d'une poignée d'amateurs. Non-sous-titrées, les 23 minutes de ce documentaire seront peut-être un peu laborieuses à suivre pour les non-anglophones, mais pour les autres, apprêtez-vous à pénétrer dans le monde merveilleux du montage à deux magnéto, du mixage de la musique en direct sur le tournage, dictaphone à la main, ou encore des ralentis réalisés en filmant sa télé image par image. Du grand art. A noter que ce billet ne fait pas partie de la série des avant-gardes sans le savoir, mais franchement, le coeur y est... Cinéma sur navigateurAu cinéma, la vitesse d'un film dépend de la vitesse de la machine qui le projette. ![]() Posté sur les forums de Rhizome dimanche dernier, Frame est l'une des multiples épitaphes maintenant posées sur la tombe de l'invention des frères Lumière. Et dans quelques années, on se demandera bien sûr : mais pourquoi il a pas fait un GIF animé plutôt ? Et un peu plus tard... on ne se demandera plus rien du tout. D-Tracks (Sélection vidéo 5/10)Note : cinquième billet de Charlie Mars qui nous dévoile ses pépites dénichées sur Dailymotion. La totale : ici.
Laurent Vicente, alias Lilian Ledoubre, réalise des vidéos fait(e)s main. Du old school à la sauce d'aujourdhui. Voici ici une espèce de " rotoscopie moumoutée ". Je vous préviens c'est... très particulier. Note de Puck : La prochaine séance Dailymotion, à laquelle Fluctuat.net est associée, c'est dès demain samedi : à 12h30 au Cinéma des cinéastes à Paris. Comme une bonne nouvelle en cache toujours deux autres, je suis content de vous annoncer que c'est notre ami Charlie Mars qui l'a concoctée. Vous (re)découvrirez donc sur grand écran plusieurs des vidéos postées ici même sur Aeiou. Second hasard du calendrier, je profite de l'occasion pour déclarer solennellement lancée la web tv Fluctuat.net sur Dailymotion. C'est de l'officielle, et on espère de la bonne came audiovisuelle. Au programme, une sélection hebdo d'entretiens Cinéma, Musique ou Art et Design (dans l'ordre les playlists 1, 2 et 3) réalisés par la rédaction de Flu. Ex : les interviews récentes de Klapisch, Araki ou Serge Bozon, toutes disponibles en haute définition. Retrouvez aussi la playlist Charlie et la Linkographie. L'avant-garde sans le savoir (6)Le gros plan est une pratique artistique qui a mis un temps considérable à apparaître.
Et ceci n'a rien d'étonnant, puisque si aujourd'hui, tout le monde ou presque est familier des images, et des caméras, la représentation, avant le 20e siècle, n'avait rien d'un divertissement. On cherchait à représenter avec en tête l'idée d'éternité, de conservation de la plus belle image, ou de la plus juste, d'un individu, tout en envisageant sa mort dans un futur plus ou moins proche. Se livrer à la pratique du gros plan, c'est à dire à la négation du corps (et donc de l'habit) pour se concentrer sur tous les détails du visage, était donc un geste tout à fait marginal dont on ne retrouve que peu de traces dans la peinture ou la photographie pré-20e siècle. Aujourd'hui encore, le gros plan reste très peu utilisé, autrement qu'à des fins humoristiques, et il est excessivement rare, dans la sphère amateure, de trouver des équivalents aux sublimes portraits silencieux d'un Larry Clark ou d'un Gus Van Sant. 6- I love you Logan C'est d'abord un montage cut saisissant, qui nous transporte des voies ocres de la piste de course où résonne le chant de Freddie Mercury, jusqu'à l'intérieur flou d'une salle de classe. Peut-être que la transpiration s'est déposée sur l'objectif, et que la mise au point peine à trouver un contour net. De fait, même la caméra est essoufflée par la course et ne peut proposer qu'une esquisse du monde, à défaut d'un monde accompli. Et c'est seulement après cette introduction colorée et abstraite qu'on découvre Logan, jeune homme blond tout droit sorti d'un "Elephant" ou d'un "Bully". La jeune fille qui filme le sait, saisie elle-aussi par la puissance du gamin, amoureuse au dernier degré, et contrainte, devant cette image, d'en faire un objet artistique. Alors les couleurs s'évanouissent, renvoyées car inutiles, probablement aussi pour tenter de se rapprocher des images de mode qu'on voit dans les magazines. Et le gamin devient une oeuvre d'art, une superstar warholienne, nonchalante et blasée, consciente de sa beauté et l'une des rares créatures à pouvoir supporter la violence d'un gros plan sans broncher. Quelques regards, quelques gestes de mépris amusé, Logan est un bloc impassible que rien ne peut faire plier, en représentation permanente donc pas le moins du monde perturbé par l'enregistrement de cette représentation. Et lorsque finalement, l'objectif se détourne de lui, le monde reprend ses couleurs, et tout redevient flou, laid et répugnant, comme si ces quelques secondes de Logan n'étaient pas de notre monde, mais d'un autre, à part, celui des images, des icones, et dont la bande-son, unique et obsessionnelle, pourrait se résumer à ce qu'on entend à ce moment-là : une litanie soumise et ininterrompue de "I love you" transis. Montage à l'étude Les logiciels de montage mettent aujourd'hui à disposition du grand public des effets autrefois réservés aux laboratoires professionnels.De même, les techniques d'infographie évoluant, et les machines devenant de plus en plus puissantes, à peu près n'importe qui peut maintenant, chez lui, concevoir des effets spéciaux aussi élaborés que ceux qu'on voyait dans les films à gros budget des années 80. L'art vidéo, toujours friand de ces trouvailles plastiques, s'est ainsi très largement appuyé sur ces nouvelles techniques, laissant un peu de côté ce qui faisait l'essence de la recherche expérimentale cinématographique : le montage. C'est la constatation du jeune vidéaste Wilem Loen, qui avec sa vidéo Difformism, entend revenir aux fondamentaux, à savoir du son, de l'image, et des interactions entre ces deux objets. Cette première production nous replonge donc dans les formes et les questionnements vieux de près d'un siècle, de ceux que le VGIK russe pouvait produire dans les années 20, par exemple, et que le cinéma expérimental argentique n'a cessé d'interroger. A l'heure où la conception audiovisuelle est devenue presque instinctive pour les jeunes générations, tombées dedans quand elles étaient petites, l'idée qu'il reste des artistes pour se pencher sur les rapports entre le fond et la forme de leurs projets apparaît, du coup, très encourageante pour l'avenir. |
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