De double nationalité, néérlandaise et brésilienne, Rafaël Rozendaal égraine au fil des années une production minimale à base de petits sites-concept en Flash.
Recherche sur les couleurs, les boucles ou l'interactivité, ses projets sont le fruit d'une seule et même idée percutante, simplement déclinée sur une page.
A sa manière, il utilise l'outil Flash comme ses prédécesseurs utilisaient le HTML et le Javascript : pour faire dire au système le contraire de ce pourquoi il a été créé.
1- Il est aveugle, mais peut me montrer l'avenir. Dois-je appeler mon navigateur Tiresias ?
Je ne pense pas qu'un navigateur soit aveugle. Il a des yeux différents des notres, et il étend ses yeux tout le temps avec les mises à jour et les plugins.
2- Où mènent les routes ?
Les routes sont des cercles, elles ne mènent nulle part. Elles existent pour que l'on puisse bouger, pas parce que nous voulons aller quelque part.
3- Quelle est la température de fusion des idées ?
Il est loin d'être une star, mais dans son coin, en solitaire, Jeff Baij sort régulièrement de petites pages HTML qui explorent toujours plus un langage depuis longtemps jugé craignos par les Flasheux du monde entier.
A l'aide de GIF animés et d'agencements de balises, son travail continue là où les pionniers du net.art s'étaient arrêtés, sans prétention ni désir de gloire.
Un candidat idéal pour nos trois questions dispensables.
1- Penses-tu que notre monde est géométrique ?
carrément. comme s’il y avait des formes de plus en plus petites et que chaque forme était une sorte de reflet d’une forme précédente. alors tu prends la terre, qui est une sphère, et puis tu la coupes en deux, et… attends. ça n’a aucun sens. laisse tomber, ça n’a rien de géométrique du tout. ce que nous voyons comme une sphère ou un cube est en fait un… non, je pense que j’étais sur la bonne voie la première fois. est-ce que ceci peut être traduit dans une autre langue, après tout ? qui sommes-nous et d’où venons-nous ? passons à la deuxième question.
2- Y a-t-il des images entre les images ?
celle-là est facile. prends une vidéo, par exemple. non, attends, prends plutôt l’œil par exemple. tes yeux, ou mes yeux, ou les yeux de quelqu’un d’autre qui sont plus beaux que nos yeux. j’ai jamais vu tes yeux, mais imaginons. si tu clignes des yeux très très vite, ça fait comme un film, non ? comme des images uniques avec une durée finie qui construisent une image animée. mais si gardes juste les yeux ouverts, alors il n’y a plus d’images multiples, juste une seule image. l’image mouvante. alors ouais. ou bien il se pourrait que les images, les choses qu’on voit, soient une rivière, et chaque fois qu’on ouvre les yeux, on se plonge la tête dans cette rivière. et si on ne prend pas une grande inspiration, on se noie.

La poésie est une machine, petits pignons cadencés sur douze vitesses. Il y a des collines derrière les collines, tels des faucons à dix vitesses, des vélos à dix vitesses, moins pour les plumes et plus pour l'aluminium, bien plus pour les dix autres, une de moins pour la stabilité. Ces mots sont des extensions métalliques et puériles, canaux canalisant autant d'informations que le divertissement le permet. Et le monde (alliage). Peut-il être sauvé par la poésie, tu demandes par mail ?
Peut-être qu'au lieu d'être faits de souvenirs, nous sommes faits de pensées à venir, particules fantômes avec masse et vitesse qui changent chaque action future en événements passés. Donc par exemple, moi dans une maison du Queenslander, à une centaine de mètres de la mer. La maison a été aménagée en bar occasionnel, et chaque mardi, demi-artistes et poètes temporaires se réunissent pour une soirée de performances et de quiz. Et ton équipe, qui porte le nom de ces calculatrices à LED fait de nombres et qui se terminent par "e", composée de gens que tu connais, que tu ne veux pas connaître et ne connaîtra jamais, vient juste de gagner en répondant par de fines déductions. Puis peu de temps après la victoire, le prix étant un ticket-boisson imprimé avec un chaton et la minable police de caractère style cartoon, tu remarques un groupe de filles inconnues qui s'en va, qui ne ricanent pas mais parlent fort de quelque demi ou moins-que-demi conquête. Quand elles sont parties, sur les sièges qu'elles occupaient, encore creusés et parfumés, il y a un porte-feuille, plein de monnaie australienne et d'éventuels secrets. D'abord, tu envisages de le confier au personnel du bar ou de le laisser à ces gosses à moitié hippies pour qu'ils le fouillent et récupèrent de la monnaie pour leur shit. Mais en fait, pour une raison inconnue, tu quittes ton groupe, discutant joyeusement de sa victoire au quiz, attrapes le porte-feuille, et pars à la recherche de son propriétaire. Tu cours même dehors, bien que ce ne soit pas ton genre de courir, guettant un démarrage de voiture et des robes noires. A quelques rues de là, tu les vois et cours en criant le mot "porte-feuille", et t'arrêtes essoufflé, stop. Elles sont effrayées mais elles se retournent, et quand tu rends le porte-feuille à la fille, elle semble à la fois reconnaissante et apeurée. Pas vraiment sûre de comment tu as pu la retrouver, et surtout pourquoi. Où je voulais en venir ? Je ne suis jamais vraiment sûr.
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