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Quand le message est le média... Les arts médiatiques (ou Media arts en angl.) font des médias (radio, télé, web..) et des moyens de télé-communication (téléphonie, télé-satellite, réseaux...) leurs terrains de prédilection. Critiques, subversifs, polémiques, ou simplement ludiques, les artistes s'ingénuent à en détourner les codes, à en montrer les logiques économiques et/ou idéologiques. Florilège d'actions éphémères, d'oeuvres collectives ou de ressources critiques, essentiellement en ligne.
Le journal de demainCeux qui se sont déjà un peu frottés à la programmation de générateurs de textes et autres détournements de newsfeeds comprendront le tour de force d'Antoine Schmitt avec son récent Time Slip.
![]() L'idée de base est extrêmement simple et consite à changer le temps dans lequel sont formulées les infos du jour. Du présent, la dépêche se retrouve ainsi exprimée au futur et par exemple, au lieu de "mourir aujourd'hui", Béatrix Beck "va mourir aujourd'hui". Les infos sont bien sûr réelles et extraites des fils d'infos. L'effet obtenu est vraiment surprenant, et provoque à la fois cette impression étrange de vision du futur, comme l'exprime Jo-Anne Green sur Networked Performance, mais aussi, en français seulement, cette curieuse sensation de temps suspendu. Pourquoi seulement en français ? Tout simplement car la technique employée pour modifier le temps est sensiblement la même, en anglais et en français. Ainsi, le temps futur anglais est composé à l'aide du participe "will" et conjugue l'info au futur simple, lui conférant un caractère définitif et solennel, cette puissance de l'oracle dont parle Jo-Anne Green. En revanche, en français, l'adjonction du participe "aller" ne transforme pas la phrase de la même manière. Et au lieu d'obtenir, par exemple, "Le PSG gagnera 3-0", Time Slip écrit "Le PSG va gagner 3-0". Cette légère différence change tout pour le spectateur français, puisque dans la première version (comparable à la version anglaise), on est face à une certitude indépassable, gravée dans le marbre. Dans la seconde en revanche, on aura plutôt la sensation que les événements prédits ne vont pas nécessairement se produire rapidement, et peut-être même pas du tout, mais qu'ils menacent de se produire. ![]() Toutes les infos qui défilent sont donc des futurs probables et non certains, transformant notre vision du monde actuel en immense somme de possibles dont la réalisation aura lieu sous peu mais peine à arriver. Cette subtilité grammaticale, pas nécessairement prévue par l'artiste, ajoute un degré supplémentaire à cette oeuvre en ligne déjà passionnante. La technologie au secours des contes de féesC'est encore à l'état de projet, et ça risque de ne pas voir le jour avant 2009, mais je ne résiste pas à l'idée de vous parler de "Intercepted Tales" de Ilona Gaynor et Sam Williams.
On ne sait pas encore très bien comment se présentera l'objet fini, mais les deux exemples présents sur le site de l'artiste en disent déjà long. ![]() En résumé, l'oeuvre se propose de revisiter les contes de fées populaires en équipant les personnages d'une technologie moderne, et ce afin de les aider dans leur quête. Ci-dessus donc, vous pouvez découvrir le petit chaperon rouge qu'il suffirait d'équiper d'un GPS pour lui permettre d'arriver sans encombre chez sa mère-grand. L'idée est brillante et peut être déclinée à volonté. Ne reste plus qu'à attendre une présentation publique de ce projet achevé. Facebook automatiquePosté par Troudair le 11.11.08 à 09:35 | tags : facebook, hacktivisme, hype naze, internet 2.0, media art, réseaux sociaux
Magie du web, c'est en réponse au TwittGenerator de Yann Le Guennec dont nous parlions ici qu'Indira Montoya a conçu son "Facebook-me!".
Le principe est le même, c'est à dire aller récupérer le flux de search.live.com pour générer automatiquement des messages qui seront ensuite injectés (ou non) par l'internaute sur son compte Facebook. ![]() Facebook, Twitter, même combat. Aucune raison en effet de dénoncer une hype naze et laisser l'autre s'en tirer. L'injustice est désormais réparée et les robots peuvent enfin dérouler leur poésie surréaliste sur les deux plateformes. Obama/McCain dans le textePosté par Troudair le 04.11.08 à 09:29 | tags : design numérique, hoax ?, media art, politique, vidéo
Jour J pour les Américains qui vivront ce soir le dénouement d'une des campagnes politiques les plus exitantes de leur histoire.
Depuis près de deux ans maintenant, John McCain et Barack Obama parcourent les 50 états et enchaînent meeting sur meeting, avec chaque fois un texte différent à dispenser à leur auditoire. Différent, parce que désormais, tout ou presque est enregistré, décortiqué, diffusé, à tel point que les foules amassées dans les stades ne représentent au fond qu'un petit pourcentage de la cible de ces discours. Et puisque tout le monde peut tout voir et tout entendre, il convient de ne pas se répéter. Pourtant, fondamentalement, le message reste le même, et les techniques qui permettent de le faire passer sont identiques. Vous connaissez tous les graphiques et autres analyses sémantiques de discours politiques dont nous relatons l'existence depuis plusieurs années, et dont Jean Véronis est devenu l'incontournable expert. Décomptes de mots employés, références à "moi", "eux" ou "nous", martelement de phrases récurentes, toutes ces techniques de réthorique nous sont désormais familières mais jusqu'à aujourd'hui, il nous fallait encore attendre l'analyse poussée d'un spécialiste pour nous éclairer sur les méthodes particulières d'un candidat ou d'un autre. Le groupe de designers et artistes américains Sosolimited a monté le niveau d'un cran en proposant, pendant tout le mois d'octobre, cette même méthode d'analyse sémantique, mais présentée en direct, au moment même de la diffusion d'un débat télévisé, sous la forme de performances vidéo. Basé sur un logiciel de reconnaissance de texte, ReConstitution 2008 présente ainsi en temps réel des décomptes de mots qui se classent automatiquement, offrant pour chacune des prestations des candidats une image fidèle de leurs champs lexicaux au moment même où ceux-ci sont en train de parler. Bien entendu, ça, c'est la théorie, mais on ne vous cachera pas que la technologie employée nous paraît quelque peu floue, et que derrière cette idée intéressante, on aurait tendance à renifler le hoax, sans pour autant que ceci ôte quoi que ce soit au projet. Mais puisque Sosolimited se refuse à mettre en ligne des captations de leurs performances, et invite le public à venir vérifier de ses propres yeux, on en restera à la version officielle et aux quelques exemples, déjà très parlants, disponibles sur leur site. Le baiser le plus long... ou pas.Car dans la performance d'Annie Abrahams, The Big Kiss, réalisée le 10 octobre dernier à OTO (Over The Opening, New York), la réflexion n'est pas tant la durée, mais à nouveau le rapport réel/virtuel, chair/image, que l'artiste avait déjà développé dans son précédent "L'un la poupée de l'autre".
Cette performance vidéo est donc la continuité logique de cette recherche. Après avoir expérimenté l'élaboration d'une intimité à distance, les personnages passent à l'acte et s'embrassent par delà l'espace, leurs bouches réunies grâce à la technologie. La vidéo est un montage de 5 minutes de ce baiser qui a duré 3 heures, mais les images des deux protagonistes, filmés indépendament, en disent déjà long sur notre rapport à la communication, qui de plus en plus est plein de confiance et ne tolère plus le moindre recul. Car si nous ne nous livrons que rarement (jamais ?) à des baisers langoureux par webcams interposées, nous sommes néanmoins de plus en plus aptes à entretenir des relations purement virtuelles et des amitiés fondées sur l'absence, sans d'ailleurs que ce fait soit fondamentalement nouveau en soi, puisque déjà Voltaire nous en parlait : "Autrefois, si vous aviez un ami à Constantinople et un autre à Moscou, vous auriez été obligé d'attendre leur retour pour apprendre de leurs nouvelles. Aujourd'hui, sans qu'ils sortent de leur chambre, ni vous de la vôtre, vous conversez familièrement avec eux (...)" L'illustre philosophe parlait alors de la Poste dans son Dictionnaire Philosophique, mais comment ne pas faire le rapprochement entre ces mots de 1764 et la tournure que prend aujourd'hui notre rapport à la correspondance ? D'autant plus quand il ajoutait : "Les absents deviennent par elle présents ; elle est la consolation de la vie." La Poste donc ? Ou la technologie ? Devenons-nous des handicapés du langage ?C'est en tout cas la thèse soutenue par Christophe Bruno, qui poursuit inlassablement sa charge contre Google, et plus généralement contre la décrépitude de langue provoquée par notre usage du web.
Son dernier projet, le Dadameter, pousse le raisonnement un cran au dessus de ses précédentes réalisations (comme le Google Adwords Happening ou encore le WIFI-SM), et plonge carrément dans la théorie des graphes pour organiser les milliers de mots extraits du célèbre moteur de recherche. Présenté au Jeu de Paume jusqu'au 5 avril 2009, et déjà disponible en ligne, le Dadameter se présente donc comme une expérience scientifique censée mesurer la distance qui nous sépare de Dada. Les mots récupérés sur Google sont classés selon deux critères, l'homophonie et la proximité sémantique, en s'inspirant des travaux de Raymond Roussel, précurseur du mouvement dada. ![]() L'idée est donc de triturer les algorithmes de "proximité sémantique" utilisés par Google afin de mettre en évidence le fait que cette notion, l'un des fondements de l'usage de la langue, est aujourd'hui entièrement dévouée à la cause marchande. Là où autrefois, oulipo et dadaïsme stimulaient l'imagination par la proximité incongrue de concepts engendrant des visions singulières du monde, la langue globale tend aujourd'hui à se fondre dans un utilitarisme des plus conservateurs, si ce n'est des plus aliénants et castrateurs. D'après l'artiste, l'usage même de Google interdit l'imagination, ainsi que les éventuelles collisions fortuites de sens, à elles-seules pourtant garantes de l'évolution de la pensée et de sa vivacité. Et plus Google évolue, plus les algorithmes sont précis et efficaces, et moins les erreurs sont probabes, et par conséquent l'invention possible. Pour mettre en évidence cette "déchéance de l'aura du langage", le R.R.Engine intégré au projet permet ainsi de voyager dans les proximités sémantiques des mots, tout en réglant manuellement le taux de Google (sémantique) et de Dada (homophonie) à l'origine de leur organisation. ![]() Oeuvre majeure dans le parcours de Christophe Bruno, le Dadameter synthétise finalement chacun des aspects de sa longue quête artistico-politique et on ne peut que saluer la qualité de ce travail et la grande rigueur de son exécution. Des plantes et des légumesOn parlait de l'aspect totalement vain de Twitter, et accessoirement d'une grande majorité de blogs.
Le Donburi Cafe de Kamakura a poussé le vice encore plus loin en concevant un système métaphorique fascinant. Puisque l'attitude d'un bloggeur ou d'un twitter frénétique ne se distingue guère de celle d'un légume réagissant basiquement aux variations de son environnement, pourquoi ne pas relier une plante à un blog et voir ce qu'elle nous raconte ? Le procédé utilise ainsi des capteurs enregistrant le courant bioélectrique parcourant la plante, pour ensuite l'interpréter en bon japonais et le publier sur le blog de Midori-San (c'est le nom de la plante). ![]() Grâce à Pink Tentacle, qui effectue heureusement la traduction japonaise, on peut donc découvrir qu'un organisme végétal n'a, lui non plus, pas grand chose à dire, si ce n'est se plaindre parce qu'il n'a pas assez d'eau, ou de lumière. Mais qu'on se rassure, car un widget en ligne a été conçu qui permet à n'importe qui, d'un simple clic, de mettre en marche une lampe horticole disposée au-dessus de Midori-san. Si vous comprenez le japonais, vous pourrez donc lire pour la première fois, après avoir cliqué, des remerciements émanants directement d'un représentant du monde végétal. Malheureusement, l'histoire ne dit pas comment on dit "laché vo com" en langage des plantes... Twitter automatiqueA la lecture de certains comptes Twitter, on se pose parfois la question de la présence ou non d'un humain derrière les phrases incompréhensibles mises en ligne.
Yann Le Guennec est parvenu à pousser ce raisonnement au maximum en proposant TwittGenerator, dernier né du Laboratoire Aléatoire. Ce logiciel, à installer sur votre serveur, récupère des phrases par l'intermédiaire de search.live.com pour les injecter automatiquement sur votre compte Twitter. Là où le résultat devient vraiment passionnant, c'est quand on découvre que ces petites phrases piochées au hasard sont finalement bien plus crédibles qu'une grande partie des textes généralement "twittés". Et bien plus qu'une réflexion sur l'inanité des twitts, le système même de TwittGenerator nous met face à notre propre digestion de l'information. Car à y réfléchir, une grande partie des pensées publiées en ligne ne sont finalement que des copier-coller, légèrement modifiés, de propos déjà postés ailleurs. Si le système de TwittGenerator était passé par la récupération de phrases issues de La recherche du temps perdu, par exemple, son sens aurait été radicalement différent, et beaucoup moins en prise avec notre époque, notre rapport à l'écriture, et donc à la pensée. Faut-il, comme le suggère ce système, imaginer une info-sphère immuable, tournant en boucle, sans plus aucun apport qui puisse modifier les opinions ? Ou bien y-a-t-il des raisons de garder espoir en songeant, tels des Darwin numériques, que chacune des subtiles modifications opérées sur une idée initiale finiront, après des années d'évolution silencieuse et de reproduction en apparence identique, par l'améliorer et la rendre plus pertinente ? TwittGenerator ne répond pas, bien sûr, à cette question, mais la pose de belle manière. Et en testant la démo, vous pourrez remarquer comme moi que bon nombre des affirmations avancées, malgré leur caractère aléatoire, sont déjà d'une exceptionnelle pertinence : ![]() Qu'est-ce que je disais ! Mémorial numérique A force de parler de dispositifs numériques, génératifs, hyper-textuels, faisant appel à des concepts pointus, ou rendant hommage à d'obscures théories développées par de sombres théoriciens, on en oublie qu'un artiste numérique est un homme, qu'il a des sentiments comme tout le monde, et qu'il est bouleversé de la même manière que les autres par les événements tragiques de sa vie, même si ceux-ci n'ont rien d'original.Voir sa mère disparaître fait partie de ces événements, et tout le monde finalement est égal face à cette perte. Evelyn Andrews était la mère de Jim Andrews (artiste génératif dont nous vous parlions ici), et elle s'est éteinte le 22 septembre dernier. Pour lui rendre hommage, son fils a donc conçu Mom, un bouleversant mémorial multimédia, simple et limpide, qui regroupe 100 photos d'Evelyn prises entre 1930 et 2005, ainsi qu'une playlist de chansons qu'elle aimait. Ici, pas de travail sur des algorithmes complexes, pas de concepts alambiqués censés éclairer sur les ressors psychologiques de l'homo numericus, mais malgré tout, cette simple présentation possède quand même le pouvoir de nous plonger au coeur de la nature humaine, et au fond, c'est bien là l'objet de tout art. Broderie HTML A l'occasion de sa résidence à Access Space en 2007, Ele Carpenter a conçu le projet HTML Patchwork, partie intégrante de son oeuvre Open Source Embroidery.Le patchwork HTML a ainsi consisté à concevoir de manière libre et collective, à la manière des logiciels open source, un patchwork brodé où chaque hexagone représente une couleur avec son code HTML. Pour la réalisation de cette oeuvre, des dizaines de participants se sont affairés, avec parmi eux un grand nombre de clubs de broderie et de couture des environs, mais aussi des artistes italiens, australiens, irlandais et néo-zélandais. Le résultat, présenté sous la forme d'un wiki, présente chacune des 216 parties brodées ainsi que son auteur, et l'objet fini, simple morceau de tissu, représente aussi la quintessence du travail collaboratif de tous ces artistes, amateurs et professionnels, à travers le monde. Dans la peau d'une chenille Les scientifiques se sont longtemps demandé quel processus était à l'oeuvre dans les formidables couleurs produites par les ailes du Morpho Bleu, ce papillon géant d'Amazonie. Et ça n'est qu'avec l'aide des nanotechnologie que le mystère de ce bleu profond a pu être percé.Basée sur ces découvertes, l'artiste et chercheuse Victoria Vesna a mis au point l'installation The Blue Morph, à la fois comme une évocation des bouleversements radicaux opérés à l'intérieur d'un cocon pendant un métamorphose, mais aussi comme une manière d'attirer l'attention sur notre point de vue humain, forcément trop macroscopique. L'installation, qui sera visible au prochain festival Matchmaking de Trondheim, impose donc d'être immobile et silencieux pour se mettre en marche et révéler structures et sons amplifiés issus de la transformation d'une chenille Morpho en papillon. Naturellement, la Norvège, ça fait un peu loin pour beaucoup d'entre nous, mais les concepteurs (artistes et scientifiques) du projet, ont eu la bonne idée de concevoir un documentaire passionnant sur la création de l'oeuvre (en anglais). Ego-cartographie Certains passent des années à tenter de reconstituer leur arbre généalogique. Et dans cette quête, internet est un allié de poids qui, en quelques années, a révolutionné cette science documentaire.Mais pour certains patronymes, les recherches sont plus difficiles que pour d'autres. Imaginez que vous vous appelez Nicolas Martin en France, ou Marco Villani en Italie, et tout de suite, la tâche ne devient plus nécessairement de rechercher votre famille, mais déjà d'identifier vos innombrables homonymes. Et bien justement, l'artiste Marco Villani s'est lancé dans cette aventure avec son projet Ego-cartography. Encore en cours, son travail consiste à identifier et rencontrer tous ses homonymes à travers le monde. L'oeuvre se compose ainsi d'une carte interactive sur laquelle apparaissent les "Marco Villani" déjà trouvés, ainsi que d'une vidéo dans laquelle ceux-ci se présentent et expliquent brièvement qui ils sont. L'histoire ne dit pas, en revanche, si l'idée d'un tel projet est venu à Marco Villani en découvrant que son nom était déjà pris sur tous les sites de réseaux sociaux... Hommage à James TurrellDepuis les années 60, James Turrell impose sur le monde de l'art sa griffe radicale et minimaliste.
Ses oeuvres, conçues à base de projections lumineuses, ont été une source d'inspiration pour des générations d'artistes travaillant dans tous les domaines. Cette fois, avec Morrell (Moving Turrell), le duo 3kta (André Rangel et Anne-Kathrin Siegel) s'empare de l'esthétique reconnaissable de l'artiste et la recycle pour y ajouter le son et le mouvement. L'installation audiovisuelle se présente donc exactement comme une oeuvre de Turrell, à la différence que celle-ci évolue en fonction des mouvements du public. Idée bien curieuse, en fait, puisque l'immobilité de la lumière fait souvent partie du projet même d'une création de Turrell, et l'artiste a pu aussi, par le passé, jouer avec les variations de lumière quand il le jugeait nécessaire. Alors est-ce que cet ajout de mouvements et de sons apporte ou retranche une certaine puissance à la vision originale ? A vous d'en décider. Le premier jeu vidéo à base de YouTube Depuis que YouTube a lancé son système d'annotations, on se dit que quelqu'un va forcément trouver quelque chose de passionnant à faire avec, qui aille un peu au-delà des commentaires inutiles incrustés sur la vidéo qu'on est en train de voir.Ce jour est donc arrivé le 18 septembre dernier, quand a été mise en ligne la série de vidéos A car's life, sorte de mini-jeu où le destin d'une voiture dépend de votre rapidité à cliquer. En cliquant assez vite, vous propulsez votre navigateur vers une autre vidéo (la suite du parcours), évitant ainsi la fin tragique du petit véhicule. Là où on attendait un artiste pour manipuler cette fonction de YouTube, on constate que c'est une agence de développeurs, Hexolabs, qui a mis au point le jeu. Mais maintenant que la brèche est ouverte, nul doute que de nombreux bidouilleurs inspirés vont s'intéresser de plus près à ce procédé. L'ère de l'hyper-vidéo vient peut-être de commencer. Un cri est politiqueAujourd'hui, tout est politique d'ailleurs.
Ca n'est pas moi qui le dis, c'est Orwell. Et son observation s'avère encore plus juste aujourd'hui, qu'elle ne l'était au 20e siècle. ![]() Sur la base de cette réflexion, les deux artistes de MTAA (Michael Sarff et Tim Whidden) ont conçu la pièce "Our Political Work", dont la version finale est présentée par la galerie portugaise Lisboa 20. Alimenté par une série de 141 vidéos à lecture aléatoire, le diptyque met en scène les deux hommes poussant des cris en une boucle changeante de fureur, de colère et parfois même de rire. Si l'oeuvre peut sembler repoussante au premier abord, force est de constater que l'énergie déployée par ces artistes éveille chez le spectateur des sentiments variés, de l'impression d'agression à la réelle compassion. Et passées les 2 premières minutes, une fois que ces visages et ces voix sont devenus familiers, on se surprend à adhérer à ce discours politique, réduit à sa plus simple expression de bruit et de fureur. Car le système logiciel qui lance les vidéos, et les arrête souvent au milieu d'un cri, permet d'entretenir l'illusion que ce qui se passe devant nous est une performance en temps réel, que ces deux hommes ont bel et bien crié pendant des heures, et sont peut-être même en train de crier encore en ce moment. L'oeuvre politique dont parle le titre prend alors un sens qui va au-delà des images et du son. Elle s'installe dans la durée, théoriquement infinie, de la projection. L'oeuvre politique n'est alors plus seulement la vidéo en elle-même, mais aussi et surtout le temps qu'elle dure. De l'art et de l'essai transformés![]() Et dire que nous étions passés à côté de la nouvelle création du groupe PAVU... Et quelle création ! Avec Vent(wind) dans(in) la(tHe) Kaisapol, le célèbre collectif de troubadours numériques se frotte en effet à la plus pure tradition de l'art et de l'essai françois. C'est bilingue, c'est cosmique, c'est bio, et c'est beau. Cartographie d'un sac en plastique Dans la lignée du travail de William Lamson dont on parlait ici, voici une nouvelle réflexion sur la surveillance généralisée.Cette fois-ci, ce ne sont pas les caméras installées par les autorités qui sont visées, mais le fameux service Google Street, décidemment sérieuse source d'inspiration pour les artistes. En découvrant une vue obstruée par un sac en plastique au beau milieu de l'Alaska, Pascual Sisto a décidé de figer dans le temps cette anomalie, symbole d'une résistance silencieuse à la photographie globale du monde engagée par Google. Le projet Last Breath in Alaska se présente ainsi comme l'outil de Google, à la différence près que lors de la prochaine mise à jour, qui fera disparaître le sac, celui-ci restera présent sur le site de Sisto. L'autre aspect évoqué par cette oeuvre est l'incroyable collision de sens entre d'un côté le territoire de l'Alaska, emprunt d'un imaginaire immaculé et naturel, et de l'autre l'apparition de ce sac en plastique volant dans les rues, symbole par excellence de la profusion des déchets humains nocifs pour l'environnement. via Rhizome Rafael Rozendaal - Trois piècesComme chaque année, l'été plonge le web dans une profonde torpeur. Les boites mails explosent, les fils RSS s'assèchent, et les réseaux sociaux sont remplacés par le plus vieux site de rencontres depuis les congés payés : la plage. ![]()
Mariah Carey "Green Screened"Jamais à court d'inspiration quand il s'agit de détournement à base de YouTube, Oliver Laric (on parlait de lui ici) a récemment été fasciné par le dernier clip de Mariah Carey, "Touch my body".
Pensez... Un nerd réparateur d'ordinateur déboule pour un dépannage dans une villa géante et tombe nez à nez avec une bombe en nuisette qui lui susurre à l'oreille de la jeter sur le lit... Grooah... Il n'en fallait pas plus à l'artiste qui s'est donc atelé à la laborieuse tâche du détourage, afin d'isoler la silhouette de la chanteuse sur un fond vert, de manière à encourager les vidéastes amateurs à concevoir leur propre remix du clip. Au delà des résultats produits, assez inégaux dans l'ensemble, la démarche de Laric est plus subtile qu'elle n'y paraît pour deux raisons. La première, c'est que de toute évidence, le travail fourni pour épurer le clip a été considérablement plus important que celui des remix eux-mêmes, et que le résultat originel, la version "Mariah Green Screen", peut tout à fait se suffire à lui-même. Détourer un corps dans une vidéo, c'est en effet passer un temps fou à caresser de la souris les contours de Mariah Carey, et comme le signale Rhizome, c'est bien ce qu'elle demande, après tout, non ? La seconde, c'est que tous ces remix conçus à partir de l'oeuvre de Laric sont immédiatement diffusés via YouTube, et à nouveau, il s'agit d'un malicieux pied de nez aux paroles de la chanson dans laquelle la chanteuse réclame un moment privé, loin des regards et des caméras : If it's a camera up in here Then I best not catch this flick on YouTube 'Cause if you run your mouth and brag about this secret rendezvous I will hunt you down Désolé, Mariah, semble dire le travail d'Oliver Laric, mais si tu ne voulais pas te retrouver sur YouTube, il ne fallait pas nous laisser rentrer... A noter enfin les trois versions de Philippe Comtesse de moreismore, qui nous a signalé l'existence de cette oeuvre. Merci Philippe, et en bonus, la version "Mariah of the Dead", parce qu'on aime bien les zombies ici, vous savez bien. Le moral des ménages bloggeursLes bloggeurs ont des sentiments, et ils les expriment continuellement, et surtout publiquement. En imaginant qu'on puisse synthétiser toutes ces données, on peut donc obtenir une sorte de météo de l'humeur des bloggeurs, et bien sûr, comme les bloggeurs ne sont finalement que des hommes et des femmes, une modélisation de l'humeur globale du monde (occidental).
![]() Pulse, l'oeuvre de Markus Kison, part de ce principe et a ainsi été conçue pour rendre concrets les mouvements d'humeur de la communauté des bloggeurs (ceux hebergés par Blogger.com du moins). Techniquement, l'installation se compose d'une partie logicielle qui analyse les messages postés sur le célèbre site communautaire en fonction de plusieurs listes de synonymes associés à des émotions (haine, dégoût, confiance, joie, etc.), et d'un objet mobile inspiré du diagramme de la théorie psycho-émotionnelle de Robert Plutchik. L'objet change donc de forme en fonction des émotions des bloggeurs sondés, offrant au public un aperçu de leur moral général. Si on peut voir ce projet comme un gadget de plus proche de nombreuses autres oeuvres sondant le réseau en temps réel, il n'est aussi pas interdit d'imaginer qu'un tel outil (logiciel en particulier) pourrait parfaitement intéresser les instituts de sondage du futur. En effet, alors qu'on nous rabat les oreilles tous les mois avec le prétendu moral des ménages (entendez "si vous faites vos courses, c'est que votre moral est bon"), pas besoin d'être futurologue pour imaginer que les émotions synthétisées par le logiciel Pulse pourraient tout aussi bien servir à un nouvel indicateur de moral guidant l'économie. Aura-t-on, dans un avenir proche, en plus de la météo du ciel, celle des émotions de la Toile, avec prévisions et indices de confiance ? "Aujourd'hui, sévère dépression sur toute la zone belge et luxembourgeoise, mais le vent d'euphorie venu de l'Est devrait gagner le nord de l'Europe demain en fin d'après-midi." Réaliste, non ? Portrait publicEn plus d'avoir une oeuvre riche et passionnante à l'âge très avancé de 23 ans, le plasticien new-yorkais Damon Zucconi a fait une trouvaille assez exceptionnelle qu'on peut admirer sur la page "contact" de son site.
Que ce soit vrai ou non, il prétend en tout cas s'être trouvé en personne sur l'une des photos du service Street View de Google Maps. ![]() Le visage flouté derrière une camionnette, en train de rentrer chez lui, sans même savoir qu'il était photographié, c'est ce portrait dû au hasard qu'il a décidé de conserver et de présenter comme le plus fidèle à ses visiteurs. Un portrait interactif qui plus est, puisque le système bien connu permet de laisser là l'artiste pour visiter cette ville figée, aux voitures immobiles, aux maçons paralysés sur leurs échaffaudages et aux arbres qui auront toujours des feuilles, même en plein hiver. Initialement conçu pour offrir aux internautes une vision d'un quartier plus précise et à hauteur humaine afin de mieux retrouver son chemin ou d'identifier un itinéraire, le service Street View se transforme, grâce à Damon Zucconi, en un terrible voyage au milieu d'une ville bloquée, et dont il n'est pas difficile d'imaginer que certains de ses habitants, photographiés comme lui, sont peut-être morts aujourd'hui, mais continuent de hanter la ville. Le Google Maps original, avec ses vues satellites impersonnelles, trop éloignées de nos observations familières, ne pouvait procurer cette sensation. Mais cette fois, le zoom est total, la reconnaissance possible, et parce que l'artiste a mis son nom sur cette silhouette, on est passé d'un utilitaire froid et abstrait, à la proximité troublante du réel et de l'humain. Réparations de toiles Comme vous savez qu'on aime bien la nature ici, un petit tour du côté d'une artiste américaine dont le travail, à mi-chemin entre land-art et média-art, relève d'une poésie bucolique, d'un art de l'éphémère que nous ne pouvons que saluer.Après avoir réparé des champignons avec des rustines pour pneus de vélo ou organisé des manifestations de chenilles en colère, Nina Katchadourian s'est mise en tête de réparer des toiles d'araignées partiellement détruites. A l'aide d'un kit de couture et de fil rouge, elle a ainsi passé son été 1998 (oui, c'est pas tout jeune) à rendre service à ses voisines arachnéides. Ou du moins le croyait-elle... Car systématiquement, après avoir achevé son travail, les araignées, probablement véxées, s'empressaient de remplacer le fil intrus par un fil de leur création, éjectant au sol le travail de l'artiste, et ce, même si la toile en question était abandonnée depuis longtemps. La série de photographies Mended Spiderwebs témoigne de ces interventions temporaires, dont l'exécution a demandé un temps et une concentration inouïs, pour finalement être détruites en une nuit. Et puis tant que nous sommes dans les araignées, ressortons un lien vieux comme le web : la fameuse expérience des araignées droguées et les effets graphiques produits sur la conception de leurs toiles. Si avec ça, vous ne faites pas de beaux rêves... Arbre à codes barre Il semblerait que les codes barre n'aient pas fini d'être des inspirations graphiques pour les designers.Après les recherches de Barcode Revolutions, c'est Daniel A. Becker qui s'y colle en transformant les incontournables rangées de traits noirs en musique et en arbres colorés. Son application Barcode Plantage ne fonctionne pour le moment qu'avec des codes barres pré-définis, mais on se prend à rêver d'un système qui permette de percer les secrets de n'importe lequel de ces tatouages d'identité. Un moyen, peut-être pour les artistes d'attirer l'attention sur ces numéros invisibles mais omniprésents, juste avant qu'ils soient imprimés sur autre chose que des objets. La Slovénie en finaleOn va pas jouer les pessimistes, mais comme je me gardais sous le coude cette performance pour une éventuelle finale, il vaut peut-être mieux en parler aujourd'hui...
Finale, donc, du collectif slovène Grejpfrut, est une désopilante intervention urbaine à base de football et de vidéo. Déjà donnée dans plusieurs villes européennes, elle consiste à tracer sur le sol d'une place publique les contours d'un terrain de football, puis de filmer les passants qui déambulent sans se douter qu'ils deviennent ainsi les joueurs involontaires d'un grand match. Un infographiste ajoute en temps réel un ballon virtuel sur les images et le tout est commenté par des comédiens survoltés. Non loin de là, un écran géant retransmet le produit fini aux allures de vrai match, avec incrustation du nom des joueurs, pubs à la mi-temps, et autres joyeusetés. Et si mon explication n'est pas assez claire, voici donc le résultat, capturé à Stockton en Angleterre (attention, la vidéo dure bien sûr 2 fois 45 minutes) : Correspondant étranger A quelques heures du coup d'envoi d'un Pays-Bas/France sous haute-tension, il convient de trouver aux Néerlandais d'autres qualités que celle de renvoyer l'Equipe de France chez elle dès le premier tour.Direction Amsterdam, donc, pour le projet Visual Foreign Correspondents, organisé conjointement par le De Balie Centre for Culture and Politics et le Netherlands Institute for Media Art. Chaque mois, depuis novembre dernier et jusqu'à octobre prochain, un artiste étranger est invité à s'exprimer sur son actualité locale en concevant une oeuvre visuelle, audio, ou les deux. En plus d'être diffusée sur le web, l'oeuvre est aussi présentée sur un réseau d'écrans publiques à Amsterdam. Depuis le 10 juin dernier, c'est l'américaine Tiffany Holmes qui propose donc son FRESH 2.0, animation de frises mouvantes conçues à partir de logos d'eaux minérales. Avec cette oeuvre, l'artiste entend attirer l'attention sur l'imagerie liée à l'industrie de l'eau en bouteille, faite de montagnes majestueuses et de petites fleurs des champs, alors qu'il est prouvé que ce secteur économique est un véritable poison pour l'écologie dans les pays où l'eau potable sort des robinets de toutes les cuisines. Même si l'oeuvre en elle-même ne se lit pas aussi clairement au premier coup d'oeil, il est toujours bon de rappeler que le conditionnement d'eau en bouteille a un coût supérieur à celui du pétrole, ce qui est toujours loin d'être admis par nos contemporains. |
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