Alors qu'en France, on continue à se demander comment financer l'art numérique, la manifestation Holy Fire, à Bruxelles, met les pieds dans le plat et propose une sélection mondiale d'oeuvres triées sur le volet, dont le point commun, en plus d'être conçues à partir de nouveaux médias, est d'être collectionnables, c'est à dire vendables.
Art à vendre
Domenico Quaranta et Yves Bernard, les deux directeurs artistiques du festival, avec cette proposition assumée et ouvertement polémique, entendent questionner le statut de l'art numérique, selon eux parvenu à l'âge adulte, c'est à dire prêt à intégrer un marché.
"Les arts des nouveaux médias sont-ils à distinguer de l’art contemporain ? Sont-ils l’art de notre temps ? Sont-ils l’art du futur ou un art sans futur ? Que signifie collectionner de telles œuvres ? Est-ce un rêve, un problème, une solution, un non-sens ?"
En quelques mots, voici résumée la problématique qui a occupé l'art en ligne depuis ses débuts, et à laquelle on croyait avoir répondu depuis belle lurette.
Et pourtant, en jetant un oeil à la programmation du festival, surprise, on retrouve, à côté d'artistes n'ayant jamais caché leur souhait de vivre de leur art sans complexe, des individus qui jusqu'alors s'étaient clairement positionnés contre le système capitaliste dans son ensemble, et donc contre la marchandisation de leurs créations, en faisant même parfois le moteur même de leur travail.
Recadrage
D'abord, ne nous enflammons pas. La marchandisation de l'art numérique n'a rien de bien nouveau et remonte à aussi loin que l'art numérique lui-même. Ainsi, lorsque des artistes référencés comme plasticiens et déjà côtés sur le marché se sont mis à utiliser les nouveaux médias, c'est bien logiquement que leurs oeuvres ont été côtées à leur tour et acquises par des collectionneurs ou des musées. Rien de bien nouveau sous le soleil, donc, tout du moins en ce qui concerne les oeuvres qu'on qualifiera de "physiques", c'est à dire les installations, les projections ou les systèmes électroniques modifiés. On peut parfaitement vendre un CD ou DVD numéroté, le concept d'une installation, voire même le témoignage d'un happening.
Mais la question que semblait poser en plus le festival Holy Fire, c'était celle des oeuvres "immatérielles", comme par exemple un site web, dont la qualité artistique se définit en fonction de l'interaction ou de la participation d'internautes. Comment vendre une oeuvre dont le propos même est d'être librement accessible, publique, distribuable et donc gratuite ?
La base idéologique du net.art reposait sur cette idée et s'opposait donc fondamentalement aux règles de l'économie de l'art, préférant la libre circulation d'oeuvres dont le discours politique pouvait se résumer à leur mode de diffusion.
Malheureusement, à aucun moment, et malgré avoir épluché le programme de Holy Fire, on ne trouve d'oeuvres répondant à cette problématique.
Et si des artistes comme Christophe Bruno, JODI, Vuc Cosic ou 0100101110101101.org ont pu, par le passé, être partie prenante de ce souffle libertaire lié à l'idéologie du net.art, ne sont ici présentées que leurs oeuvres "physiques", et par conséquent commercialisables... ce qu'on savait déjà.
Alors pourquoi ?
Oui, pourquoi faire mine de poser une question déjà résolue depuis longtemps ? Pour annoncer au monde que l'art numérique peut être acquis par des collectionneurs ?
La galerie Numeriscausa, tenue par Stéphane Maguet, n'a pas attendu ce genre de rassemblement pour en faire la preuve.
Quant à la vraie question, c'est à dire "le net.art est-il soluble dans le capitalisme ?", aucune des oeuvres ici présentées n'y apporte un semblant de réponse.
La seule chose qu'on peut au contraire y lire, mais qu'on savait déjà, c'est que les net.artistes, eux, sont parfaitement intégrables au système qu'ils combattaient encore il y a dix ans.
Sur ce point, il est clair que Domenico Quaranta et Yves Bernard ont parfaitement réussi leur coup.
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Le premier, c'est la haine de l'idéalisme, somme toute assez fréquent ces temps-ci. Et je n'ai aucunement la prétention de convaincre par le discours les apôtres du pragmatisme raisonné qui finalement passent leur temps à justifier leurs compromis en fustigeant ceux qui refusent d'en faire. Passons.
Le second point, c'est ce gentil révisionnisme qui voudrait que "le net.art n'a jamais, ontologiquement, combattu le marché de l'art ni le capitalisme". Alors là, j'attends des explications, parce qu'on n'a probablement pas vu les mêmes oeuvres ni lu les mêmes discussions sur le sujet depuis plus de 10 ans. Car ça n'est pas parce que le net.art s'est positionné contre les institutions qu'il faisait pour autant voeu d'allégeance au marché. C'est un raccourci un peu malhonnête pour le coup. Pour preuve, la plupart des artistes présentés dans ce festival, même les plus "institutionnels" d'entre eux, ont toujours participé activement aux combats théoriques de leur art, afin qu'il soit reconnu comme art, mais à aucun moment cela ne signifiait que le but ultime du processus était qu'ils puissent le vendre. C'est encore un raccourci malhonnête. J'irai même jusqu'à dire que beaucoup d'entre eux, non seulement souhaitaient que leurs oeuvres puissent circuler librement, mais aussi toutes les autres oeuvres de tous les autres arts. Nier la portée libertaire du net.art, ontologiquement et théoriquement, ça n'est même pas de la naïveté, c'est du mensonge.
Mais je le reconnais, peut-être un mensonge "généreux" qui permettra de "rassurer" les collectionneurs en leur faisant croire qu'ils n'achètent pas les oeuvres de dangereux idéalistes. Auquel cas, en effet, nous sommes tous d'accord.
Surtout concernant ces deux exemples.
Il suffit de discuter deux minutes avec Christophe Bruno pour comprendre que sa critique du capitalisme n'a rien d'une posture. C'est au contraire une position assumée, ce qui n'empêche pas, et au contraire, de souhaiter la diffuser au maximum.
Dans le cas de ce festival, il est clair que ce qui me gêne, c'est l'idée "Voilà, vous vous êtes bien amusés, les petits gauchistes, mais maintenant vous êtes des grands garçons, alors on va vous prendre en main et on va se faire du blé".
Aborder un choix artistique (un commissariat) uniquement sous l'angle du marché, je trouve ça extrêmement inquiétant, et je me demande même si les artistes invités sont au courant.
si le discours peut faire croire à l'anti-capitalisme (et encore) on voit bien dans leur pratique qu'ils ne font que surfer sur une tendance particulière du marché de l'art qui se complait dans cette rebellion de dilettantes. ce sont des artistes du marché dont le créneau est le numérique.
le problème des artistes en général face au capitalisme, c'est celui de la professionalisation. a partir du moment ou c'est leur job de faire de l'art et leur seul moyen de subsistance ils sont coincés et ne sont pas libres puisqu'ils produisent des marchandises. le numérique ne protège en rien de cela et ça n'a rien de surprenant.
"
On peut parfaitement vendre un CD ou DVD numéroté, le concept d'une installation, voire même le témoignage d'un happening.
Mais la question que semblait poser en plus le festival Holy Fire, c'était celle des oeuvres "immatérielles"
"
où l'on assume que "le concept d'une installation" ou "le témoignage d'un happening" soient des oeuvres très matérielles, physiques (l'auteur ici délire complètement)
A part ça, il a presque raison
L'acte d'accepter qu'une oeuvre soit présentée dans un festival ou une galerie ne fait pas de l'artiste un suppot du capitalisme. Et c'est la seule concession au système marchand que je vois dans les actes des 01, de Christophe ou de JODI.
On peut s'éterniser sur la notion de capital-symbolique bourdieusien, mais la réalité, c'est que ces gens, bien évidemment, ne vivent pas de leur art et que même des gens comme Chatonsky (à ma connaissance) sont encore loin de la "professionalisation".
Pour revenir au sujet, et c'est là que je te rejoins, c'est que ce genre de festival, fondé sur un tel discours, ne peut qu'ajouter une pierre au mouvement qui mènera à la multiplication des "postures" et de la "professionalisation", ce qui signerait la fin du net.art tel qu'il a été pensé originellement, par la technique d'abord, par les théoriciens ensuite.
Que cela se produise, admettons, c'est inévitable. Mais que cela se passe sur le dos des artistes fondateurs, et que personne ne s'en offusque, ça me fait un peu plus mal au cortex reptilien...
Pour l'avoir fait moi-même (pas vendu, mais acheté) des concepts d'installation et des témoignages de happening, je confirme que c'est tout à fait fréquent dans le monde de l'art. Exemple très simple : pourquoi le land-art a été un moteur du marché de l'art dans les années 70 ? Parce qu'il y a eu des photos et des textes des performances en question. C'est la solution qu'a trouvé le marché à des oeuvres invendables. Donc je ne vois pas en quoi je délire. Le témoignage des oeuvres, pour le marché, vaut plus que l'oeuvre dans de nombreuses situations.
bruno et 01 ont très rapidement été des artistes à vendre
assez semblables d'ailleurs dans leur discours formaté art con. et leurs oeuvres vides dont l'objet est de vanter la technologie comme produit du liberalisme
bon, je suis allé voir le site de ce festival, c'est vrai que tout y est stupidement énervant
on ferait mieux de penser à autre chose
j'y vais!
voilà...
d'où mon énervement.
>on ferait mieux de penser à autre chose
aux bunnies !
Mouef... le coup du Beigbeder, genre "je monte dans le navire pour le couler de l'intérieur", on n'y croit plus des masses... Autant, personnellement, ça ne me pose aucun problème d'écrire pour un webzine possédé par Lagardère, dans la mesure où 1- je contribue à faire perdre de l'argent à un vendeur d'armes et 2- personne ne ne me dit ce que je dois écrire, autant "appliquer les logiques du système que l'on critique" me paraît bien plus tendancieux. Ca sent même pas mal le "capitaliste sans le savoir", et je ne me souviens pas d'une seule discussion ou texte de théoriciens du net.art a avoir jamais mis le doigt là-dedans. Sinon, Debord serait vraiment mort pour rien...
j'ai l'impression que ça ne te plait pas mais on dirait que si quand même...
je crois que tout est bien expliqué là "a band of media artists who use non conventional communication tactics to obtain the largest visibility with the minimal effort."
voilà ils veulent "obtenir la plus grande visibilité"
nike aussi pour vendre des chaussures
et eux pour vendre des images d'avatar
ça n'est pas seulement nul, c'est détestable
les 01 sont au dernier niveau dans cette chaine
encore en dessous il y a
ceux qui contemplent avec plaisir de telles images ainsi fabriquées
ceux qui écrivent sur des artistes ayant réalisées ces images
et plus bas que tout
ceux qui achéteraient de telles images
j'y vais!
c'est clair
et je suis d'accord
bon, faut que je tape "soleil" maintenant
Envoyer
il faut que j'utilise un peu mon clavier de temps en temps.
Visiblement, ici, la bagarre est finie; je peux profiter du bas de page tranquillement.
salut.
ctgr
-/ il y a plus de bunnies que de cocos, mais moins que de cowboys ! /-
tu rêves !
[et moi il faut que je tape (tape m'en) CINQ]
<< Mais la question que semblait poser EN PLUS le festival Holy Fire, c'était celle des oeuvres "immatérielles", comme par exemple un site web >>
il n'y a ici strictement AUCUNE question "en plus"; si j'arrive à vendre une idée que j'ai pensé, disons, le 12 mars du 1975, qu'est-ce qu'il y aurait d'étonnant dans l'acte de vendre un site web? Dans quel sens ce site (qui par contre est TRES matériel d'un certain point de vue, étant donné qu'il a besoin d'un code, d'un hébérgément etc.) serait PLUS immatériel d'un CONCEPT d'une installation?
Evidemment il ne l'est pas et il ne peut pas l'etre; dès qu'on vend une "idée" évidemment il est difficile de faire "mieux" (après à vous de juger si c'est "bien" ou pas de vendre une idée, mais ça ne m'intéresse pas); et cette exposition ne pouvait par conséquent rien ajouter au niveau conceptuel au débat des années 60/70, si ce n'est au niveau de l'ECHELLE: la proposition d'un marché de l'art "numérique" à grande échelle, ce qui n'est pas le cas et qui ne le sera je crois encore pour longtemps.