Holy Fire : le net.art est-il soluble dans le capitalisme ?Alors qu'en France, on continue à se demander comment financer l'art numérique, la manifestation Holy Fire, à Bruxelles, met les pieds dans le plat et propose une sélection mondiale d'oeuvres triées sur le volet, dont le point commun, en plus d'être conçues à partir de nouveaux médias, est d'être collectionnables, c'est à dire vendables. Commentaires
De Facile, posté le 03.04.08 à 21:26
![]() A l'exeption d'une ou deux oeuvres, ce sont toutes des oeuvres "corporate", qui rejoignent le formatage commercial de l'art de galeries: petit format, aucun risque esthétique, ni politique, c'est bien léché, c'est propre. C'est beau, c'est plutôt décoratif, il y a même des petites fleurs et des ronds de serviettes, alors que le monde est en flammes et que l'art a bien d'autres choses à dire. Ca sent bon le musée et la galerie. Ca sent surtout l'art pompier numérique. Autrement dit, cela va bien se vendre, quand cela n'appartient pas déja à des collectionneurs. Ca doit faire beau au dessus de la cheminée. Je suis surtout très étonnée de voir que la quasi totalité des artistes est déja dans un circuit de professionnels de la profession. C'est quasiment " de l'art de réseau"... De Pas Facile, posté le 03.04.08 à 22:07 ![]() C'est un point de vue idéaliste. Premièrement, le net.art n'a jamais, ontologiquement, combattu le marché de l'art ni le capitalisme. C'est un fantasme puéril que de le croire encore. Deuxièmement, on "peut" peut-être vendre de l'art numérique, etc.. sauf que dans la réalité, cela n'est pas le cas du tout. Le marché de l'art est d'une frilosité effrayante. Cette expo est là pour rassurer les collectionneurs. Pour leur expliquer. Pour créer le contact entre les deux mondes. Ce contact n'existe pas du tout pour l'instant. Celle expo est basée sur un principe de réalité, pas sur de l'imaginaire. Elle est généreuse. PF De IA, posté le 03.04.08 à 23:42 ![]() Ce qui aurait été généreux - à savoir si c'est la question ? - aurait pu passer par une re-formulation du marché de l'art, mais également de dépasser cette question immatériel-matériel qui fait presque écho à ces vieilles questions : art abstrait-figuratif.. , hmm encore un effort.. De IA2, posté le 04.04.08 à 00:10 ![]() Le marché de l'art est un hypermarché, les plus gros collectionneurs passent commande à distance, ils s'appuient sur des valeurs marchandes, quant aux collectionneurs plus aventureux ils s'intéressent moins à la grosse côte qu'à la "nouveauté" qui en est faite. Alors autant s'aventurer dans de nouvelles propositions marchandes ! Plutôt que de penser rassurer les collectionneurs idéaux et de fantasmer sur des projections. Il ne s'agit pas de vendre à tout prix mais de penser ce contact et de proposer une approche de ce contact sur une réalité marchande de l'art - pas si sûr donc qu'il s'agisse de 3 acteurs étant donné qu'il y a projection d'1 acteur sur l'autre à l'identique et non pas une émergence de pensée. De Troudair, posté le 04.04.08 à 07:49 ![]() Plusieurs points dans ton discours, "Pas facile". Le premier, c'est la haine de l'idéalisme, somme toute assez fréquent ces temps-ci. Et je n'ai aucunement la prétention de convaincre par le discours les apôtres du pragmatisme raisonné qui finalement passent leur temps à justifier leurs compromis en fustigeant ceux qui refusent d'en faire. Passons. Le second point, c'est ce gentil révisionnisme qui voudrait que "le net.art n'a jamais, ontologiquement, combattu le marché de l'art ni le capitalisme". Alors là, j'attends des explications, parce qu'on n'a probablement pas vu les mêmes oeuvres ni lu les mêmes discussions sur le sujet depuis plus de 10 ans. Car ça n'est pas parce que le net.art s'est positionné contre les institutions qu'il faisait pour autant voeu d'allégeance au marché. C'est un raccourci un peu malhonnête pour le coup. Pour preuve, la plupart des artistes présentés dans ce festival, même les plus "institutionnels" d'entre eux, ont toujours participé activement aux combats théoriques de leur art, afin qu'il soit reconnu comme art, mais à aucun moment cela ne signifiait que le but ultime du processus était qu'ils puissent le vendre. C'est encore un raccourci malhonnête. J'irai même jusqu'à dire que beaucoup d'entre eux, non seulement souhaitaient que leurs oeuvres puissent circuler librement, mais aussi toutes les autres oeuvres de tous les autres arts. Nier la portée libertaire du net.art, ontologiquement et théoriquement, ça n'est même pas de la naïveté, c'est du mensonge. Mais je le reconnais, peut-être un mensonge "généreux" qui permettra de "rassurer" les collectionneurs en leur faisant croire qu'ils n'achètent pas les oeuvres de dangereux idéalistes. Auquel cas, en effet, nous sommes tous d'accord. De y, posté le 04.04.08 à 09:57 ![]() Essayons d'être précis: "obtenir la visibilité la plus large avec le minimum d'effort", c'est le motto des 0100101110101101.org depuis le début. Les projets comme Nikeground s'inscrivent dans cette intention, et le discours anti-capitaliste qu'on pourrait trouver dans ces projets est une posture au service de l'intention initiale. Il en est de même pour les "AdWords Happening" de Bruno. Pour ces personnes, il n'y a pas de contradictions ni de problèmes avec ces postures, les contradictions et paradoxes sont au service de la reconnaissance sociale de l'artiste, et ça marche. Si l'expo "Holy Fire" permet de mettre en évidence ces stratégies, ce sera un progrès dans la compréhension de certaines pratiques artistiques contemporaines, numériques ou pas, ce n'est pas vraiment le problème. De Troudair, posté le 04.04.08 à 12:01 ![]() Franchement, j'ai du mal avec le terme de "posture". Surtout concernant ces deux exemples. Il suffit de discuter deux minutes avec Christophe Bruno pour comprendre que sa critique du capitalisme n'a rien d'une posture. C'est au contraire une position assumée, ce qui n'empêche pas, et au contraire, de souhaiter la diffuser au maximum. Dans le cas de ce festival, il est clair que ce qui me gêne, c'est l'idée "Voilà, vous vous êtes bien amusés, les petits gauchistes, mais maintenant vous êtes des grands garçons, alors on va vous prendre en main et on va se faire du blé". Aborder un choix artistique (un commissariat) uniquement sous l'angle du marché, je trouve ça extrêmement inquiétant, et je me demande même si les artistes invités sont au courant. De Frédéric, posté le 04.04.08 à 12:22 ![]() A propos de c. bruno et des 01, il y a d'une part le discours et d'autre part les actes. si le discours peut faire croire à l'anti-capitalisme (et encore) on voit bien dans leur pratique qu'ils ne font que surfer sur une tendance particulière du marché de l'art qui se complait dans cette rebellion de dilettantes. ce sont des artistes du marché dont le créneau est le numérique. le problème des artistes en général face au capitalisme, c'est celui de la professionalisation. a partir du moment ou c'est leur job de faire de l'art et leur seul moyen de subsistance ils sont coincés et ne sont pas libres puisqu'ils produisent des marchandises. le numérique ne protège en rien de cela et ça n'a rien de surprenant. De anonyme, posté le 04.04.08 à 15:20 ![]() Je trouve très beau ce passage: " On peut parfaitement vendre un CD ou DVD numéroté, le concept d'une installation, voire même le témoignage d'un happening. Mais la question que semblait poser en plus le festival Holy Fire, c'était celle des oeuvres "immatérielles" " où l'on assume que "le concept d'une installation" ou "le témoignage d'un happening" soient des oeuvres très matérielles, physiques (l'auteur ici délire complètement) A part ça, il a presque raison De Troudair, posté le 04.04.08 à 15:31 ![]() Non non non, Frédéric. L'acte d'accepter qu'une oeuvre soit présentée dans un festival ou une galerie ne fait pas de l'artiste un suppot du capitalisme. Et c'est la seule concession au système marchand que je vois dans les actes des 01, de Christophe ou de JODI. On peut s'éterniser sur la notion de capital-symbolique bourdieusien, mais la réalité, c'est que ces gens, bien évidemment, ne vivent pas de leur art et que même des gens comme Chatonsky (à ma connaissance) sont encore loin de la "professionalisation". Pour revenir au sujet, et c'est là que je te rejoins, c'est que ce genre de festival, fondé sur un tel discours, ne peut qu'ajouter une pierre au mouvement qui mènera à la multiplication des "postures" et de la "professionalisation", ce qui signerait la fin du net.art tel qu'il a été pensé originellement, par la technique d'abord, par les théoriciens ensuite. Que cela se produise, admettons, c'est inévitable. Mais que cela se passe sur le dos des artistes fondateurs, et que personne ne s'en offusque, ça me fait un peu plus mal au cortex reptilien... De Troudair, posté le 04.04.08 à 15:35 ![]() >où l'on assume que "le concept d'une installation" ou "le témoignage d'un happening" soient des oeuvres très matérielles, physiques (l'auteur ici délire complètement) Pour l'avoir fait moi-même (pas vendu, mais acheté) des concepts d'installation et des témoignages de happening, je confirme que c'est tout à fait fréquent dans le monde de l'art. Exemple très simple : pourquoi le land-art a été un moteur du marché de l'art dans les années 70 ? Parce qu'il y a eu des photos et des textes des performances en question. C'est la solution qu'a trouvé le marché à des oeuvres invendables. Donc je ne vois pas en quoi je délire. Le témoignage des oeuvres, pour le marché, vaut plus que l'oeuvre dans de nombreuses situations. De Frédéric, posté le 04.04.08 à 15:49 ![]() Allons, troud, je ne parle pas de ça bruno et 01 ont très rapidement été des artistes à vendre assez semblables d'ailleurs dans leur discours formaté art con. et leurs oeuvres vides dont l'objet est de vanter la technologie comme produit du liberalisme bon, je suis allé voir le site de ce festival, c'est vrai que tout y est stupidement énervant on ferait mieux de penser à autre chose j'y vais! De Troudair, posté le 04.04.08 à 15:54 ![]() >tout y est stupidement énervant voilà... d'où mon énervement. >on ferait mieux de penser à autre chose aux bunnies ! De y, posté le 04.04.08 à 16:11 ![]() C'est toujours difficile d'accepter qu'on s'est trompé sur la nature des choses, et c'est aussi ici une histoire de diversité de points de vue. Il est possible que dans quelques années, Jeff Koons apparaitra seulement comme le roi des imposteurs alors qu'il est aujourd'hui aussi le roi producteur des canons de l'art contemporain, version art du marché, et ça en dit long sur les valeurs de ce marché vers lequel tendent nos bons amis de l'art numérique.... Bref, pour éclairer le mien (de point de vue), j'ai retrouvé ce vieux brouillon de réflexion collective non aboutie : avec notamment, pour analyser un peu les postures et les tactiques: "Il s'agit ici d'appliquer les logiques du système que l'on critique afin de s'assurer une visibilité qui s'appuie sur la visibilité de la chose que l'on critique." De Troudair, posté le 04.04.08 à 16:31 ![]() >"Il s'agit ici d'appliquer les logiques du système que l'on critique afin de s'assurer une visibilité qui s'appuie sur la visibilité de la chose que l'on critique." Mouef... le coup du Beigbeder, genre "je monte dans le navire pour le couler de l'intérieur", on n'y croit plus des masses... Autant, personnellement, ça ne me pose aucun problème d'écrire pour un webzine possédé par Lagardère, dans la mesure où 1- je contribue à faire perdre de l'argent à un vendeur d'armes et 2- personne ne ne me dit ce que je dois écrire, autant "appliquer les logiques du système que l'on critique" me paraît bien plus tendancieux. Ca sent même pas mal le "capitaliste sans le savoir", et je ne me souviens pas d'une seule discussion ou texte de théoriciens du net.art a avoir jamais mis le doigt là-dedans. Sinon, Debord serait vraiment mort pour rien... De y, posté le 04.04.08 à 16:59 ![]() Ce n'est pas un problème de discussions ou textes de théoriciens (cf. les discours ne sont pas les actes), mais un problème de nature même et de contenu des oeuvres, dans le cas des exemples cités et notamment celui-ci. (et paf, encore un lien pour le google rank). "Capitaliste sans le savoir", oui, si on suppose que ces artistes n'ont pas conscience de ce qu'ils font. Ceci dit, chacun est en droit de conserver ses illusions, dans un sens comme dans l'autre. De Frederic, posté le 04.04.08 à 17:07 ![]() Yann, soit plus clair dans ton opinion a propos du niketruc, stp j'ai l'impression que ça ne te plait pas mais on dirait que si quand même... je crois que tout est bien expliqué là "a band of media artists who use non conventional communication tactics to obtain the largest visibility with the minimal effort." voilà ils veulent "obtenir la plus grande visibilité" nike aussi pour vendre des chaussures et eux pour vendre des images d'avatar ça n'est pas seulement nul, c'est détestable De Frederic, posté le 04.04.08 à 17:13 ![]() Pour moi faire des images d'avatar est moins intéressant que faire l'avatar lui-même ce qui est moins intéressant que de faire le logiciel dans lequel l'avatar peut déambuler ce qui est moins intéressant que de concevoir un logiciel dans lequel des avatars seraient utilisés entre autre les 01 sont au dernier niveau dans cette chaine encore en dessous il y a ceux qui contemplent avec plaisir de telles images ainsi fabriquées ceux qui écrivent sur des artistes ayant réalisées ces images et plus bas que tout ceux qui achéteraient de telles images j'y vais! De y, posté le 04.04.08 à 17:50 ![]() Pour être clair: niketruc, c'est completement naze De y, posté le 04.04.08 à 19:40 ![]() Et le pire, c'est que cette merde envahie en ce moment même les tuyaux de transmission financés par les contribuables qui n'en ont rien à battre ! (là je crois que mon opinion est claire ;-) De y, posté le 04.04.08 à 19:52 ![]() Envahit , avec un t.... cette merde envahiT. De y, posté le 04.04.08 à 21:38 ![]() away De y, posté le 04.04.08 à 22:20 ![]() La prochaine mission du directeur du mac creteil sera d'eviter de se faire contaminer par ce genre de fake pompeur de fric et d'employer un responsable reseau digne de ce nom ;-)) De Frederic, posté le 04.04.08 à 23:09 ![]() Ah oui c'est clair et je suis d'accord bon, faut que je tape "soleil" maintenant Envoyer De ctgr, posté le 05.04.08 à 19:58 ![]() Bonjour. il faut que j'utilise un peu mon clavier de temps en temps. Visiblement, ici, la bagarre est finie; je peux profiter du bas de page tranquillement. salut. ctgr -/ il y a plus de bunnies que de cocos, mais moins que de cowboys ! /- De Troudair, posté le 05.04.08 à 20:05 ![]() >profiter du bas de page tranquillement tu rêves ! [et moi il faut que je tape (tape m'en) CINQ] De anonyme, posté le 06.04.08 à 15:53 ![]() Troudair, je suis tout à fait d'accord qu'on peut vendre n'importe quoi sous n'importe quelle forme (physique ou pas), et aussi sur la question des objets dérivés; le problème est plutot ici: << Mais la question que semblait poser EN PLUS le festival Holy Fire, c'était celle des oeuvres "immatérielles", comme par exemple un site web >> il n'y a ici strictement AUCUNE question "en plus"; si j'arrive à vendre une idée que j'ai pensé, disons, le 12 mars du 1975, qu'est-ce qu'il y aurait d'étonnant dans l'acte de vendre un site web? Dans quel sens ce site (qui par contre est TRES matériel d'un certain point de vue, étant donné qu'il a besoin d'un code, d'un hébérgément etc.) serait PLUS immatériel d'un CONCEPT d'une installation? Evidemment il ne l'est pas et il ne peut pas l'etre; dès qu'on vend une "idée" évidemment il est difficile de faire "mieux" (après à vous de juger si c'est "bien" ou pas de vendre une idée, mais ça ne m'intéresse pas); et cette exposition ne pouvait par conséquent rien ajouter au niveau conceptuel au débat des années 60/70, si ce n'est au niveau de l'ECHELLE: la proposition d'un marché de l'art "numérique" à grande échelle, ce qui n'est pas le cas et qui ne le sera je crois encore pour longtemps. De yann, posté le 14.05.08 à 19:17 ![]() On ne peut pas vendre une idée, mais seulement sa formulation, sous quelque forme que ce soit (texte, dessin, code....). Une idée, la seule chose qu'on puisse faire avec, c'est s'en débarrasser, et justement, en la formulant. Cette formulation, qu'on la vende ou qu'on la jette, ce qui compte, c'est qu'elle produise une séparation entre soi et l'idée, ce qui permet à l'idée de circuler, ce qui constitue par ailleurs sa seule garantie de survie dans la noosphère. Ajouter un commentaire |
Discussions en cours sur les forums :
|