Tout le monde ne le sait pas, mais le premier travelling de l'histoire du cinéma a été réalisé, presque involontairement, par Alexandre Promio, opérateur des frères Lumière, à Venise en 1896.
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Attention, dans le titre de cette série il n'y a pas seulement "avant-garde", mais aussi "sans le savoir". Or, cette ignorance ne s'applique pas seulement aux auteurs des vidéos, mais aussi à certains lecteurs. Mais je suis d'accord, il aurait été plus juste d'appeler ça "l'avant-garde sans le comprendre".
>Et c'est quoi cette histoire de morale?
C'est un peu gênant de faire une explication de texte, mais bon...
L'idée de Godard, quand il balance cette petite phrases sibylline, c'est d'opposer le travelling au montage, c'est à dire d'affirmer que le choix, dans un dialogue par exemple, de montrer les deux protagonistes à tour de rôle en bougeant sa caméra et non dans un "champ / contre-champ" classique est un choix moral. Il suggère par là que laisser tourner, au lieu de couper, c'est faire le choix de la vérité (le bien) contre celui du mensonge (le mal). Le travelling, selon lui, conserve l'espace (entre le point de départ et d'arrivée du travelling) et le temps (entre deux répliques), c'est à dire les deux composantes majeures de la vérité qu'on est en train de montrer.
Or, dans le cas de cette vidéo, et même s'il n'y a aucun montage, la technique ne rapproche pas de la vérité, mais nous en éloigne, de par la saturation du son et le tremblement frénétique de l'image. Ce que voit et entend la caméra n'a rien à voir avec ce que voit et entend celui qui filme.
D'où la dernière phrase de ce billet :
"En faisant involontairement de son film un objet saturé et surréaliste, il démontre, en contre-point d'un muet Grand Canal vénitien, que ça n'est pas parce qu'on filme tout qu'on voit tout."
Promio croyait se rapprocher du "bien" en faisant un travelling qui ne cache rien du Grand Canal de Venise, et pourtant, il lui manque 50% de la vérité : le son.
Et de la même manière, Geowink croyait enregistrer en intégralité sa descente en vélo, de manière documentaire, c'est à dire "vraie", et se retrouve au final avec une vidéo complètement surréaliste.
Ca n'est pas parce qu'on filme tout qu'on voit tout. Autrement dit, si le travelling est certes plus "moral" que le montage, le cinéma (même documentaire) demeure par essence un art du mensonge.
Voilà, c'est ça, "cette histoire de morale".