On peut difficilement continuer à énumérer sur ce blog les nombreux projets internationaux dans le domaine des arts numériques, chercher tant bien que mal quelque chose à dire sur la production hexagonale, et passer sous silence la situation budgétaire catastrophique dans laquelle se retrouvent tous les foyers de création et de diffusion en France aujourd'hui.
Alors puisque Libération se fend d'un article sur le sujet, profitons de l'aubaine pour une petite explication de texte.

Explication de texte
On y parlait certes toujours de vieilles pierres, mais la création contemporaine semblait elle aussi faire partie du voyage.Quant à la révolution numérique, elle doit être l'occasion de conduire un public toujours plus nombreux vers le patrimoine culturel français et de langue française, et vers la création contemporaine. L'Etat peut l'encourager par la mise à disposition gratuite, sur Internet, du patrimoine public ou financé par des fonds publics, et par l'incitation à la diffusion numérique croissante des contenus culturels privilégiant des solutions innovantes, interactives et éducatives.
La démocratisation culturelle, c'est enfin veiller à ce que les aides publiques à la création favorisent une offre répondant aux attentes du public. (...) Vous exigerez de chaque structure subventionnée qu'elle rende compte de son action et de la popularité de ses interventions, vous leur fixerez des obligations de résultats et vous empêcherez la reconduction automatique des aides et des subventions.
Pas de chichis, ni de faux semblants. La culture est bel et bien considérée comme une entreprise qui se doit de faire des bénéfices, comme n'importe quelle autre, et si le public réclame Bigard, qu'on lui donne du Bigard, en prenant bien soin de ne pas lui faire découvrir autre chose. Les découvertes et la diffusion à grande échelle sont laissées aux marchands qui auront les moyens de se payer des fenêtres publicitaires sur TF1.
Dans ce contexte, qu'on ne s'étonne donc plus de n'avoir en France qu'une production d'arts numériques artisanale, sous-financée, sans lieux de diffusion dignes de ce nom ni grand festival, et une poignée d'artistes travaillant avec les moyens du bord pour sauvegarder encore quelques temps l'idée que la culture, c'est justement donner au public ce qu'il n'a pas envie de voir, ce pour quoi il n'a pas envie de payer.
Illustration : détail du visuel de la programmation du festival Tilt, année 2006. DR
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Je comprends mal qu'on veuille une structure dédiée pour le financer, c'est plus profitable pour tout le monde si le cinéma, les jeux vidéos, ou le spectacle vivant se nourrissent des pistes explorées par ce fameux art numérique non ?
Et comment ça se passe à l'étranger ?
En fait, Zoetrope et "oui mais", vos arguments sont justement ceux des gens de théâtre et des plasticiens, c'est à dire des réseaux d'influence et de financement très solides. Ca arrangerait effectivement tout le monde que rien ne soit fait pour les arts numériques en particulier, et que ceux-ci soient utilisés tant bien que mal par les autres disciplines, en englobant ce surcout dans leur budget, ce qui est déjà le cas (à vue de nez, je dirais que 70% des aides à la production accordées par le Dicréam le sont pour des spectacles de théâtre ou de danse qui n'explorent à aucun moment la technologie, mais qui se contentent de poser un dispositif interactif bidon sur la scène). Mais moi, ce qui m'intéresse bien plus qu'un danseur en train de gesticuler devant une caméra avec Max qui tourne derrière et balance des sons débiles, c'est ce qui se passe sur le web. Et alors dites-moi... Qui finance une oeuvre de net-art ? La DRAC Arts Plastiques ? La Drac Théâtre ? Le CNC ? Vous pensez bien que tout le monde se renvoie la balle pour conserver ses budgets. C'est ce que j'avance à la fin de ce billet : s'il n'y a pas de structure de financement spécifique pour les arts numériques, alors tous les artistes du web resteront les artisans géniaux qu'ils sont aujourd'hui, sans reconnaissance ni argent pour vivre de leur talent. Maintenant, est-ce que ça, c'est un mal ? En effet, ça se discute...
Ce qui illustrerait le fait que les institutions ne sont pas seules "coupables" de cette dérive de l'aide à la création... puisque les créateurs eux-mêmes, piégés peut-être par une grille de lecture dépassée, ne savent plus tirer de ces aides un parti réellement créatif. C'est sans doute tout le système qu'il faut revoir de fond en comble, en tentant de répondre à ces deux simples questions : de quels moyens l'Etat doit-il et peut-il se doter pour favoriser les conditions d'émergence de nouveaux talents ? Comment peut-il utiliser ces moyens pour éviter que les dispositifs mis en place soient limitatifs en eux-mêmes des conditions de création ? A ma connaissance, il n'y a pas un seul pays, pas une seule civilisation, qui ait fait l'économie d'une dépense publique sous une forme ou sous une autre en direction des arts et de la culture. Je ne pense pas que la solution réside dans le cas par cas ("les arts numériques seraient plus accessibles économiquement, donc les artistes peuvent se débrouiller tous seuls"). Le cinéma aussi était une industrie de bricoleurs au début du XXème siècle. Et l'émergence des cultures "home studio" est un vrai enjeu de création. Aujourd'hui, tout le discours est centré sur le "retour sur investissement", très bien décrit dans cet article. Il faudrait au contraire faire des choix clairs : qu'est-ce qui est de l'ordre du patrimoine, qu'est-ce qui relève de la diffusion, et qu'est-ce qui est assumé comme une dépense favorisant la création, sans "retour sur investissement" direct attendu ?
> pour un passionné, un artiste, un visionnaire, il est tout à fait possible de s'engager dans un projet sans chercher à en vivre, à gagner de l'argent. Je pense que nous connaissons tous des gens qui ont des boulots "alimentaires"
C'est possible bien sûr, et cette possibilité est d'ailleurs très précieuse. Mais je ne suis pas sûr qu'on aurait aujourd'hui autant de monde à la Chapelle Sixtine et à l'Opéra si Michel-Ange et Mozart avaient passé la moitié de leur temps à faire barman dans les gargouilles de l'époque... Par contre sur le côté non-systématique, on est vraiment d'accord. Et il faut aussi insister sur la mise en place de conditions favorables pour le mécénat qui me semblent vraiment très positives et dont on va rapidement voir les effets, quoiqu'en disent les éternels détraqueurs de 'largent "privé". Par contre, je ne vois pas comment on pourrait faire l'économie d'une réflexion de fond sur le rôle de l'Etat...
Un projet Français a dimension internationale sur une des scène numérique : www.demoscene.tv
Un projet de télévision dédiée au monde des arts : www.watchup.tv
A nous de construire notre culture !
Quand on ne sait pas, on ferme sa gueule...
... et si on l'ouvre, on évite de se l'encombrer de l'organe de l'acteur en mouvance du moment ou de pseudo-conclusions à peine dignes d'une thèse d'étudiant poil aux dents.
Mr.K - Indé' authentique, fier de l'être, et obligé de l'ouvrir quand il lit trop de conneries.
C'est vrai que "Qui suce qui" est hautement plus élaboré.
Vous êtes sûr d'avoir lu autre chose que le titre, Mr.K ?
" danseur entrain de gesticuler devant une caméra avec max qui tourne et balance des sons débiles" ......????
je trouve ca triste d'essayer de défendre une catégorie artistique (le net art si j'ai bien compris, qui n'est au dmeurant qu'une des NOMBREUSES formes de l'art numérique.mais ca n'a pas l'air de vous préocupper) en en pourfandant une autre de manière aussi brutale, stupide et simpliste. je m'étonne qu'on puisse sortir ce genre de connerie aussi simplement que ca, sans prendre le temps de justifier un peu ses propos.
Je n'ai rien contre la danse en général, et la danse qui utilise les nouvelles technologies en particulier. Depuis plusieurs années, j'ai même largement contribué à diffuser ce genre de travaux devant toutes sortes de public. Ma phrase portait sur le Dicréam et sur la supercherie de beaucoup de compagnies de danse qui s'autoproclament "exploratrices des nouveaux médias" alors que leur réflexion est au point zéro de la recherche artistique. Et si je ne cite personne en particulier, c'est par correction, et non pour mettre toutes les compagnies de danse dans le même panier...
Je fais un devoir sur la promotion de l'art numérique et sur l'action du DICREAM, je voudrai donc savoir qu'est-ce qui vous permet d'affirmer cela? Auriez-vous des sources à me communiquer?
Pensez-vous que ce que vous dénoncer est valable pour les autres formes d'art numérique?