Note : deuxième billet d'Etienne Mineur consacré au design interactif. La totale : ici.
1978 fut l'année de ça plane pour moi de Plastic Bertrand, YMCA des Village People, la séparation des Sex Pistols, mais aussi et surtout du jeu Space Invaders.
Space Invaders (de Taito, société japonaise) fut créé par Tomohiro Nishikado (concepteur et développeur), Kazuo Nakagawa (le designer graphique) et Michiyuki Kamei (le designer sonore).
Ce jeu fut la réponse japonaise à Breakout d’Atari (USA). En effet BreakOut (1976) de Nolan Bushnell et Steve Bristow fut un des premiers jeux à s'émanciper définitivement de Pong (1972). Pour la première fois le joueur pouvait enfin agir sur le décor du jeu lui-même en le détruisant (c’était un casse brique).
Les ingénieurs et concepteurs japonais furent emballés par ce jeu vidéo d’un nouveau genre et décidèrent donc, eux aussi, de travailler sur un nouveau concept de jeu.
Ce jeu accumula un nombre de nouveautés incroyables pour l’époque.
Ce fut le premier jeu d’un genre très important dans l’histoire des jeux vidéos (surtout au Japon) le shoot them up, en français « mitraillez-les ! » (mais ça le fait moins en Français ;-).
Ce jeu fut aussi le premier jeu vidéo sans fin. Vous ne pouvez pas gagner contre ce jeu, vous arrêtez de jouer quand vous avez perdu, la machine gagnera toujours… assez désespérant et angoissant si on y pense bien (un peu comme la vie;-).
Une autre nouveauté fut l’apparition du « high score ». Ce fut une réussite financière extraordinaire pour Taito, en effet pouvoir écrire son nom (juste trois lettres, à cause de la faible mémoire des bornes d’arcades de l’époque) en haut de l’écran avec votre « high score » fut un système extrêmement addictif et entraîna une compétition effrénée devant ces machines, et donc un afflux d’argent considérable.
Pour l’anecdote, ce jeu eut tellement de succès au japon, qu’il entraîna une pénurie de petite monnaie au Japon (peut-être pour la légende !).
Dans ce jeu le joueur n’est plus le seul à agir car il est lui-même attaqué par la machine (une grande première à cette époque). Le programme vous est hostile, il veut vous détruire et y arrivera de toutes les façons. Encore une sensation nouvelle pour le joueur, plutôt habitué à de gentils jeux de sports avec un adversaire humain. Cette fois-ci, vous voilà seul devant une machine hostile, de plus en plus rapide et japonaise ; -)
Allez-vous arriver à sauver le monde civilisé ? et bien non !
pour info, le record du monde actuel est d’Éric Furrer, avec une partie qui dura 38 heures et 37 minutes avec un score de 1,114,000 points.
Le précurseur de l’esthétique pixel
Ce jeu est devenu un symbole, que même les personnes n'ayant jamais joué à Space Invaders connaissent, je vais essayer de donner une explication.
Ce fut le premier jeu graphiquement assez complexe (tout est relatif). Avec Space Invaders, les concepteurs de ce jeu ont réellement commencé à essayer de créer optiquement des formes (des monstres inspirés de la Guerre des Mondes de H. G. Wells en l’occurrence) par accumulations de pixels. ils ont essayé de dessiner avec des pixels, une grande première.
Auparavant avec des jeux comme Pong ou Breakout on ne pouvait jouer qu’avec des briques (sans jeux de mots). Dans Pong par exemple Le pixel était l’objet même du jeu. Le pixel était votre raquette et la balle un autre pixel. Dans Breakout, le joueur cassait du pixel (des briques). Avec Space Invaders, pour la première nous commençons à entrevoir la richesse que va engendrer cette accumulation de pixel. C'est avec cette tentative de dessin de formes relativement sommaires que commence réellement le pixel Art.
Voilà pourquoi, à mon avis, on le retrouve partout comme un symbole, comme un point de départ, aussi bien dans l’art contemporain, dans le graphisme, la mode, la musique, la vidéo…
Space Invaders fut une vraie «cassure», une nouvelle voie dans l’histoire de la représentation, que l’on pourrait presque comparer à l’invention de la perspective conique du début de la Renaissance ou le cubisme avec Picasso et Braques (mais là je m’emballe un peu ;-).
Il a eu bien sûr dans l’histoire de l’Art, des exemples antérieurs utilisant la mosaïque comme moyen d’expression. Par exemple en 1922 avec László Moholy-Nagy et ses fameuses «Telephone pictures», certaines œuvres de Mondrian… et bien sûr les mosaïques de l’antiquité. Mais Space Invaders en 1978, est le parfait reflet de cette culture digitale et restera donc le symbole esthétique d’une révolution informatique pour le grand public. Il devient même le symbole d’une génération (les digitales natives), qui même si pour la plus part n’étaient pas nés en 1978 se retrouvent parfaitement dans cette esthétique (on retrouve ce même phénomène avec la vague électro en musique).
La suite plus bas...

Les adaptations dans différents domaines
Dans les jeux vidéos
Dans le monde des jeux vidéos, refaire un Space Invaders est comme refaire le dessin de l’Helvetica pour un typographe, on s’attaque à un monument, donc on doit en rajouter, faire un contre pied, jouer sur l’humour…
il existe un nombre incalculable de versions de Space Invaders, chaque nouvelle console depuis plus de trente ans a eut droit à sa version plus ou moins réussie, mais ma préférée reste sans nul doute : Communist Mutant From Space. Dans cette version vous devez défendre la terre de l'attaque de mutants communistes vivant dans l'espace. Cette armée communiste est contrôlée par un Alien devenu fou après avoir bu de la vodka irradiée et voulant donc attaquer le monde libre (donc les USA!). Cette adaptation assez libre ; -) fut développée par Arcadia.
Actuellement nous pouvons trouver sur le net
Space Invaders Open GL version 3D en Open GL, une version Java , une version Flash
Dans l'art contemporain
Dans l’art contemporain (au sens large) on retrouve de nouvelles réinterprétations et de nombreuses citations de ce jeu.
Le plus célèbre est sans aucun doute l’artiste français Invader, qui Depuis 1998 (donc juste vingt ans après la création du jeu original) place ses mosaïques dans toutes les grandes villes du monde.
--> http://www.space-invaders.com/
Plus récemment les vidéos de Guillaume Reymond ont envahi les Youtube et autres Daylimotion.
--> http://www.notsonoisy.com/spaceinvaders/
Dans la mode
les nombreux Space Invader hoodies, de jolies écharpes et aussi pourquoi pas de jolies chaussettes comme sur ces images plus bas.
bien sûr des milliers de gadgets comme ce réveil très très Geek, même un pèse-personne, et pour finir en beauté et en musique le morceau Space Invaders Are Smoking Grass du groupe electro I-F (pour Interr-Ference)
--> plus d’infos : http://www.arcade-museum.com/game_detail.php ?letter=&game_id=9662
--> et aussi un très bon article sur Space Invaders dans le magazine Pix’n Love.
--> la dernière image vient du site Mekanism
De Taoub, posté le 30.11.07 à 21:50 
Impeccable.
De Fred, posté le 01.12.07 à 02:56 
Très bon post. Je n'avais jamais pense que les "high scores" avaient été inventé, tant ils me semblaient toujours-déjà-là. A propos d'envahisseur, voir aussi
les Space invaders, les vrais ; )
De 1972, posté le 01.12.07 à 09:05 
Super article ! Merci !
De Puck, posté le 01.12.07 à 10:49 
Qu'est-ce qui a été le plus important : l'invention géniale du high scores (qui mettait pour la première fois en concurrence tous les joueurs entre eux, et contre la machine), ou celle de l'esthétique du pixel ?
En tout cas, c'est impressionnant. En 30 ans, Space invaders n'a pas pris une ride. Merci !
De TomTom, posté le 09.03.08 à 01:09 
J'ai trouvé ça aujourd'hui :
http://saintpixel.free.fr/. C'est très intéressant, vous connaîtrez tout de l'origine du mot "pixel"

De gflu, posté le 09.03.08 à 14:18 
Je crains que ce soit un sacré hoax TomTom : )