La poésie est une machine, petits pignons cadencés sur douze vitesses. Il y a des collines derrière les collines, tels des faucons à dix vitesses, des vélos à dix vitesses, moins pour les plumes et plus pour l'aluminium, bien plus pour les dix autres, une de moins pour la stabilité. Ces mots sont des extensions métalliques et puériles, canaux canalisant autant d'informations que le divertissement le permet. Et le monde (alliage). Peut-il être sauvé par la poésie, tu demandes par mail ?
Peut-être qu'au lieu d'être faits de souvenirs, nous sommes faits de pensées à venir, particules fantômes avec masse et vitesse qui changent chaque action future en événements passés. Donc par exemple, moi dans une maison du Queenslander, à une centaine de mètres de la mer. La maison a été aménagée en bar occasionnel, et chaque mardi, demi-artistes et poètes temporaires se réunissent pour une soirée de performances et de quiz. Et ton équipe, qui porte le nom de ces calculatrices à LED fait de nombres et qui se terminent par "e", composée de gens que tu connais, que tu ne veux pas connaître et ne connaîtra jamais, vient juste de gagner en répondant par de fines déductions. Puis peu de temps après la victoire, le prix étant un ticket-boisson imprimé avec un chaton et la minable police de caractère style cartoon, tu remarques un groupe de filles inconnues qui s'en va, qui ne ricanent pas mais parlent fort de quelque demi ou moins-que-demi conquête. Quand elles sont parties, sur les sièges qu'elles occupaient, encore creusés et parfumés, il y a un porte-feuille, plein de monnaie australienne et d'éventuels secrets. D'abord, tu envisages de le confier au personnel du bar ou de le laisser à ces gosses à moitié hippies pour qu'ils le fouillent et récupèrent de la monnaie pour leur shit. Mais en fait, pour une raison inconnue, tu quittes ton groupe, discutant joyeusement de sa victoire au quiz, attrapes le porte-feuille, et pars à la recherche de son propriétaire. Tu cours même dehors, bien que ce ne soit pas ton genre de courir, guettant un démarrage de voiture et des robes noires. A quelques rues de là, tu les vois et cours en criant le mot "porte-feuille", et t'arrêtes essoufflé, stop. Elles sont effrayées mais elles se retournent, et quand tu rends le porte-feuille à la fille, elle semble à la fois reconnaissante et apeurée. Pas vraiment sûre de comment tu as pu la retrouver, et surtout pourquoi. Où je voulais en venir ? Je ne suis jamais vraiment sûr.
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