Aeiou, le blog de Flu. Blog !

Archives > Février 2009

Semaine du 21 au 27 février

Posté par Edouard le 28.02.09 à 14:32 | tags : nombriliste

Privé d'interview présidentielle en début de mois, laminé cette semaine par Stéphane Guillon, Jean-Michel Aphatie noit son chagrin dans le Jurançon en surfant sur Flu. Véridique.

 

Love on the beat : Scoop. Ado, Kanye West programmait des jeux vidéos mettant en scène un "pénis géant".

Sarko nominé au Nobel de la paix : La blague de la semaine. 

Blue-Spec CD : On n'en a pas rêvé, Sony l'a fait quand même.

Lefebvre, troll UMP ? : Puisqu'on vous le disait...

Guillon - Aphatie, le clash : Mais pourquoi est-il si méchant ?

French geek, bad geek : On cherche toujours notre Judd Apatow... 

Les clichés saoulants du X : Quand le porno vire au docu animalier.

Slum Dog Mystery : Peut-on expliquer le succès du film de Danny Boyle ? Rushdie, lui, n'a pas aimé.

Le petit dej, un truc de puceau ? : Parce que Flu ne se lasse pas des études à la noix.

Wikipedia pour les nuls : La web-encyclopédie en version twitter-trash. 

Million dollar papy : Clint Eastwood est increvable.




Wikipedia pour les nuls

Posté par Jordan le 27.02.09 à 23:26 | tags : twitter, wikipedia

L'encyclopédie libre est riche, très riche, trop riche. Alors pour ceux qui ne souhaitent pas se farcir quatorze tours de molette et la lecture douloureuse de curieux schémas afin de comprendre ce qu'est un atome, la fondation publie depuis un certain temps déjà des versions allégées de ses définitions sur simple.wikipedia.org.

Écrite en anglais basique, c'est-à-dire avec 1000 mots seulements, cette encyclopédie est destinée aux enfants, à ceux qui aprennent l'anglais, et à ceux qui ne veulent pas en savoir trop sur un sujet. Les définitions sont beaucoup plus courtes.

Mais pour certains, c'est toujours trop long, et pas du tout assez con. L'équipe d'I can has cheeseburger vient donc de mettre en ligne 140pedia, une encyclopédie collaborative limitant ses définitions à 140 caractères, "Wikipedia as told via Twitter".
Première entrée publiée : Brokeback Mountain (Film) 2 non-gay dudes go 2 gayest named mt. ever n learn dey r teh gay. Hot priv. gay love ensues. Str8 guys cry on viewing…

 







Le manifeste The Pirate Bay et le black-out du Net français

Posté par Jordan le 26.02.09 à 23:37 | tags : hacktivisme

Alors que se poursuit le procès du site suédois The Pirate Bay, celui-ci vient de publier son manifeste intitulé POwr, Broccoli and Kopimi. En 100 principes de vie, l'ouvrage entend diffuser l'esprit Kopimi.
Un logo Kopimi apparaissait depuis un certain temps en bas de la page d'accueil du site de torrents, mais personne ne savait ce qu'il désignait, pas même vraiment ceux qui l'y avaient apposé. Pour lui donner du sens, les amusants corsaires ont donc rédigé ce manifeste gentiment prosélyte, que les internautes sont bien sûr invités à "partager, traduire, remixer, détourner, modifier, copier, jeter, broyer, déplacer, publier, brûler, cacher, refaire".
En voici les premières lignes : “According to Kopimi all truths can be summarized in one sentence: “The Internet is right.” Though seeded in prehistory, Kopimi is rooted in the future, and holds together a constantly vibrating avalanche of knowledge that forms the foundation for a discussion indifferent to the rippling changes of time and space”…
Et si vous n'avez toujours pas envie de le lire, voici quelques-uns des principes énoncés : "Don’t think outside the box. Build a box". "At a trial, deny everything". "Take care of small animals". "Stop using IRL. Use AFK instead" (lisez le compte-rendu du procès pour comprendre celui-ci !). "Sleep over at each others houses regularly."…

Pendant ce temps, en France, "devant le ridicule d'un gouvernement qui s'entête à vouloir déconnecter du Net des familles entières sans preuves valables ni procès, la Quadrature du Net appelle les citoyens épris de liberté à procéder au « black-out » de leurs sites, blogs, profils, avatars, etc.", imitant timidement une initiative similaire en Nouvelle-Zélande, où la « riposte graduée » menaçait également.

A cette opération symbolique l'on préfèrera l'appel probablement aussi vain mais argumenté de Numérama pour l'ouverture d'une enquête parlementaire contre Christine Albanel.

 




Mapping vidéo 3D : un talent bien de chez nous

Posté par Jordan le 25.02.09 à 20:47 | tags : vidéo, arts visuels

La France est depuis longtemps à la pointe des technologies 3D, elle peut aujourd'hui se targuer d'un joli savoir-faire : le mapping vidéo 3D. La technologie est notamment utilisée par la société Easyweb pour ses "projections monumentales". Artistique ou publicitaire, le show est évidemment plus séduisant quand il n'est pas commercial. Ci-dessous leur vidéo démo.




$99 Music Videos : clips collaboratifs pour artistes fauchés

Posté par Jordan le 24.02.09 à 16:45 | tags : musique, vidéo

Il ouvre des sites de vidéos tous les jours. Concepts fumeux et formules éculées, peu méritent que l'on y porte un intérêt particulier. Parmi cette profusion que "lacrise" risque de modérer, un nouveau-né absolument pas révolutionnaire mais sympathique : www.99dollarmusicvideos.com.

Le site met en relations des groupes de musique et des réalisateurs. Les premiers sont sans le sou, mais aimeraient diffuser des clips sur la toile pour se faire connaître, et auprès des maisons de disque pour se faire signer. Les seconds sont sans le sou, mais aimeraient montrer de quoi ils sont capables sur la toile, et à des boîtes de prod pour être embauchés.
Le pitch est simple : rencontrez-vous, tournez votre clip en une journée, pour moins de 100$, montez-le en une journée et postez la vidéo. Chaque semaine, un clip et un making-of devraient être mis en avant.
Derrière ce site, NextNewNetworks, éditeur de webTV dont Veracifier ou Channel Frederator, en partenariat avec le fournisseur d'accès américain Verizon, pour une visibilité accrue des productions. A suivre...

Premier clip à 99$ : La Strada - The Sun Song



Tube Dubber : des mashups faits à la maison

Posté par Jordan le 23.02.09 à 18:19 | tags : vidéo, remix

Nadine Morano stagedivingTube Dubber vous invite à choisir deux vidéos sur Youtube : une pour l'image, et l'autre pour le son.
Calez la première par rapport à la seconde, et inversement. Cliquez, c'est prêt.
Riez à gorge déployée, recommencez deux-trois fois, proposez votre mashup à l'équipe éditoriale du blog associé, et rentrez du bureau la tête haute, fier d'avoir rendu, par votre créativité, ce monde un peu meilleur...

 

Exemple : "Nadine Morano stagediving coquin" + "Beastie Boys - Sabotage" (ici),

ou encore "Les Musclés - L'amour mour mour" + "TTC - Girlfriends" ().




Net art vivant : les automates cellulaires

Posté par Jordan le 20.02.09 à 15:55 | tags : arts visuels, net art

Rudy Rucker, éditeur du webzine Flurb, et John Walker de la société Autodesk, leader des éditeurs de logiciels de conception et de création numérique sur PC, ont créé des petits logiciels d'automates cellulaires, œuvres digitales en perpétuelle évolution, téléchargeables gratuitement ici et (économiseur d'écran inclus).
Rendez-vous ici pour des exemples d'automates cellulaires en java.

Un automate cellulaire consiste en une grille régulière de "cellules" contenant chacune un "état" choisi parmi un ensemble fini et qui peut évoluer au cours du temps. L'état d'une cellule au temps t+1 est fonction de l'état au temps t d'un nombre fini de cellules appelé son "voisinage". À chaque nouvelle unité de temps, les mêmes règles sont appliquées simultanément à toutes les cellules de la grille, produisant une nouvelle "génération" de cellules dépendant entièrement de la génération précédente. Sachons que les automates cellulaires sont étudiés en mathématiques et en informatique théorique, qu'ils sont à la fois un modèle de système dynamique discret et un modèle de calcul, utilisé par exemple pour analyser le trafic autoroutier. Voici ce que Wikipedia nous dit de la chose, à laquelle je ne comprends à peu près rien, mais qui ne manque pas de charme.




Toi il y a trois millions d'années

Posté par Easywriter le 19.02.09 à 12:37 | tags : ludique

 

L'évolution des espèces c'est bien. La dévolution des espèces c'est bien aussi. En photo, l'auteur de ce post à son époque chasseur-cueilleur. Devolve yourself !

Related : Notre dossier le créationnisme en France

 

 




Téléchargement : Luc Besson se fait corriger (deux fois)

Posté par Jordan le 18.02.09 à 12:22 | tags : politique

Luc Besson publiait récemment dans Le Monde une virulente tribune contre le piratage et plus particulièrement contre les sites de streaming.
Parmi beaucoup de bêtises, le réalisateur/producteur/scénariste, dont les talents étaient récemment mis en lumière par Mozinor, avoue n'avoir que des connaissances en droit "limitées".

Maître Eolas ne s'est donc pas fait prier pour le corriger. Et c'est douloureux.
Malheureusement il est trop tard. Friand d'imprécisions juridiques, gourmand de vilipendes numériques, avide de déclarations à l'emporte-pièce et d'effets d'annonce qui sont probablement la plaie la plus infectieuse de l'ère sarkozyste, le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a immédiatement demandé la création d'une commission d'enquête parlementaire sur ce "piratage industriel"...

Notons que Luc Besson mettait aussi en cause les annonceurs présents sur les sites de streaming, parmi lesquels PriceMinister. Son co-créateur Pierre Kosciusko-Morizet a immédiatement souligné la manifeste méconnaissance du sujet dont témoigne le papa d'Europa Corp, donnant ainsi raison à sa sœur Nathalie (notre nouvelle secrétaire d'État à la prospective et au développement de l'économie numérique), qui rappelait ce week-end l'imperméabilité totale entre les intérêts familiaux et ceux du gouvernement. Dommage.

 

EDIT du 18/02/09 : Une indispensable mise à jour de ce billet pour vous recommander à nouveau la lecture du blog (particulièrement drôle aujourd'hui) de Maître Eolas : l'avocat n'a pu s'empêcher de réagir aux propos de Frédéric Lefebvre, qui en rajoute et s'enfonce pitoyablement dans les colonnes de 20minutes.
Comme écrivait récemment Jean-François Couvrat : "On peut évidemment en ricaner. On peut aussi s’interroger." Frédéric Lefebvre peut-il décemment porter la parole du parti majoritaire "si des chiffres frelatés fondent son diagnostic", "si le n’importe quoi nourrit sa réflexion et son discours", s'il connaît aussi mal les sujets auxquels il prétend s'intéresser ? Tant que ça ne choque que ces sagouins d'internautes…

Related :  Lire un article sur  le procès The Pirate Bay

               Consulter le guide Vidéos, téléchargements et streaming vidéo




Malbouffe XXL

Posté par Easywriter le 17.02.09 à 10:40 | tags : mauvais goût

Imaginez le rêve d'un gosse qui fait fondre du fromage sur du chocolat, ben parce qu'il aime le fromage et le chocolat. Maintenant ouvrez les yeux :

 

Cette tarte aux snickers nous a été conseillée par Jeev qui s'est retrouvé à un donut au bacon d'une attaque cardiaque avant de se mettre au vert. 
Quelques suggestions :
Le mars frit
La gaufre aux frites
La tarte aux pommes et au cheddar
Un truc affreux
Un autre truc pire
La totale par ici

 




Le cinéma expérimental à l'épreuve du numérique (5)

Posté par Troudair le 17.02.09 à 09:35 | tags : cinéma
Puisqu'il faut conclure

Comme on l'a évoqué ci-dessous, la diffusion numérique a bouleversé le temps.
En sortant le spectateur de son cocon de projection, mais aussi en lui donnant le pouvoir d'intervenir sur le déroulement du film.
D'un statut de témoin actif, vue et ouïe en alerte - contraint d'être en alerte car privé de tout autre capacité d'exister - le spectateur s'est changé, par le biais du DVD et du web, en acteur passif.
Acteur, car le destin de la projection s'est retrouvé entre ses mains, mais passif, car une somme considérable de signaux parasites (à commencer par sa propre intolérance face à la nouveauté) lui ont fait envisager les films - et l'inédit d'une manière générale - comme des messages qui ne lui étaient pas destinés, noyés dans un océan d'autres messages, lesquels, au contraire, lui parlaient directement, dans un langage clair ne nécessitant aucun effort.

L'acteur passif - disons, l'internaute - a de plus en plus conscience qu'il est le maître de ce qu'il voit et de ce qu'il entend. Il choisit, en permanence, entre une donnée et une autre, sélectionnées dans le flot ininterrompu des données qu'on lui propose. Il clique pour anéantir un message et clique à nouveau pour en recevoir un autre. Il engendre l'information et garde sous l'index, comme le pouce haut ou bas d'un César antique, la menace d'y mettre fin. Si on parle d'une vidéo, la sentence peut se traduire par une ou plusieurs étoiles, apposées sur l'image même du film, jugement radical d'un public anonyme, trace définitive au fer rouge sur la peau du cinéma. Si on parle d'un texte, d'une série de billets en ligne, c'est une croix rouge qu'on presse en silence, ou un mot souligné qui le propulse vers un autre espace-temps, le lien hypertexte comme une fuite et jamais comme un but.


L'acteur passif est le maître du parcours qu'il effectue dans l'espace restreint de sa propre cellule. Et lui faire entrevoir un parcours nécessitant l'effort de rompre les barreaux de sa cage pour ne rien trouver de plus que la gamelle qui l'attend à deux pas de lui sans effort est voué à l'échec.

Dispenser un message à un internaute, c'est composer avec cette relative patience et ce goût immodéré pour le divertissement. C'est flirter avec le seuil de tolérance d'un auditoire invisible en n'ayant jamais la certitude de le connaître vraiment. C'est renoncer à la durée, ainsi qu'à toute narration. C'est éviter de jouer avec le temps du récit pour ne composer que des salves fragmentaires. C'est écrire un blog. C'est écrire un billet. C'est réaliser un clip. Toutes ces formes complémentaires d'autres formes longues en perdition.

"Trop long", sur le web, est égal à "mauvais". Car la longueur d'un message numérique (et donc sa durée) est à inversement proportionnel aux personnes qui le recevront intégralement.
Et c'est pour cette raison que le cinéma expérimental se désagrège au contact du web.
Et pour cette raison aussi qu'il nous faut mettre un terme à cette série, dont les développements impliquent de plus en plus d'en avoir pris connaissance depuis le début.

Car à l'instar d'un film d'avant-garde, la réflexion sur l'avant-garde se décompose elle-aussi au contact du numérique. Et malgré toutes les astuces, tous les rythmes élaborés, les insertions d'images et de vidéos mortes qu'ils ne verront jamais vraiment, les lecteurs en ligne, dans leur grande majorité, finiront par quitter la salle - par quitter la page, pour un horizon plus clair fait de phrases lapidaires et de gamelles plus sucrées.

Quant aux quelques autres, qui seront parvenus au terme de leur lecture intégrale, on leur conservera en récompense toute notre gratitude, ainsi que le maigre frisson de fierté d'être encore là alors que tout les poussait à fuir. C'est en ces spectateurs-là que reposent pour quelques temps encore l'avenir des formes non-conventionnelles et le souffle de courage qui poussera les artistes à chercher encore des chemins de traverse toujours plus loin de nos cages.

A tous ceux là, merci d'avoir été encore là.



Le cinéma expérimental à l'épreuve du numérique (4)

Posté par Troudair le 16.02.09 à 10:35 | tags : cinéma, vidéo

Pénétrer dans la caverne, s'asseoir autour du feu, partager avec quelques élus la magie d'un instant secret...
Si l'on a évoqué la rareté perdue des projections d'antan, confinées dans la petite salle de poussiéreuses cinémathèques, on ne peut faire l'impasse sur ce que cette rareté a pu entraîner : connivence muette entre des spectateurs privilégiés, sensation palpable d'appartenir à un groupe, d'autant plus précieux qu'il en était restreint.

Mais bien souvent, au cours de ces projections, ce groupe se réduisait encore plus. Car dans "cinéma expérimental", il y a "expérimental", et cette bien nommée expérience n'était pas seulement sur l'écran mais aussi dans la salle, et dans l'esprit du spectateur. C'était pour ces témoins volontaires la confrontation avec une expérience physique. Certains étaient des spécialistes, experts éclairés se laissant porter par le flot de la découverte et de la nouveauté. D'autres pourtant étaient novices, ou tout simplement curieux, entrés ici par hasard ou courage éphémère "juste pour voir". Et pour peu que le programme fut un peu long, ces curieux en avaient assez, et quittaient la salle à la faveur d'un changement de bobine. Tout au long de la projection, ce qui était le groupe primitif et privilégié se désagrégeait ainsi sous l'effet de la durée, et surtout du cinéma, chaque spectateur qui sortait confiant à ceux qui restaient la fierté encore plus grande d'être encore là1.

C'est pourquoi il nous faut ici tempérer les propos de Peter Kubelka qui refusait le terme d'expérimental (voir précédent billet). Car c'est bien de ce cinéma dont nous parlons, usant d'un adjectif à bon escient tant cet art particulier peut se rapprocher d'une conception scientifique de l'art. Cinéma expérimental, ou cinéma fondamental, comme il y a une médecine fondamentale, une science dure, basée sur la théorie et l'essai et dont la finalité immédiate n'est que la dernière des préoccupations, tête chercheuse toujours en mouvement et dont le fréquent échec n'est que le passage obligatoire pour atteindre une vérité plus brillante encore.

Cinéma d'avant-garde aussi, qualificatif idéal emprunté au vocabulaire militaire pour décrire ces films qui avancent seuls sur le front. Mais au contraire des avant-garde militaires, des éclaireurs en uniforme, ce cinéma ne sert aucune armée, et l'ennemi conformiste n'est pas seulement devant lui, mais aussi derrière, commando solitaire dont les découvertes, les voies d'accès, les passages à gué, serviront à toutes les armées qui le suivent et le précèdent.


Face à cette recherche perpétuelle, cette redéfinition constante des codes (narratifs, esthétiques), le spectateur est face à une épreuve, contraint d'endurer un objet audiovisuel auquel il ne pourra opposer que peu, souvent pas, de référents qui puissent lui permettre de comparer, et ainsi de dégager un jugement. En-durer, car devant ces objets sans aspérités auxquelles s'accrocher, le temps s'étire et devient parfois lourd, conditionnés que nous sommes par un inventaire infini de règles dont l'absence nous plonge dans un ennui pavlovien.

Expérimenter cette durée, y survivre, et en ressortir gorgé de nouvelles lois esthétiques insoupçonnées, voilà l'un des enjeux du cinéma expérimental.
Mais tel qu'il est diffusé aujourd'hui, un peu en salles, marginalement, mais essentiellement en ligne, ou en DVD, cet art de l'endurance s'en trouve de fait castré, autrefois maître, désormais esclave d'une simple ligne marquée d'un curseur :


En offrant au spectateur le pouvoir de la durée, on l'a ôté au cinéma.
En permettant au spectateur d'arrêter le temps, ou de l'accélérer à sa guise, on lui a interdit de s'y heurter de plein fouet, ce qui était pourtant l'objectif premier de cet art. Car à quoi bon le montage, le timing, le rythme, si aucune de ces valeurs n'a l'assurance de parvenir intacte jusqu'au spectateur ?
Certains sites de cinéastes qui proposent en ligne leurs propres créations s'obstinent à dissimuler cette fameuse barre d'état, et avec elle le pouvoir qu'elle renferme. Mais la plupart se réjouissent de voir leurs films diffusés en DVD, découpés en séquences accessibles par des menus.
Quand ce support est exploité pour ce qu'il est, quand les films qu'on y grave ont conscience du mode de lecture que cela implique, on peut faire l'expérience de superbes projets (lectures aléatoires de séquences, brouillage des codes de l'interactivité, etc.), mais dès lors qu'ils proposent le simple report d'une pellicule - objet fondamentalement linéaire - c'est l'essence du film qui s'évapore, et avec elle une certaine conscience du temps.

D'une ligne droite courant inexorablement du début vers la fin (de la naissance à la mort du film), le numérique a fait du cinéma expérimental un art de l'éternité, immortel certes, mais du même coup inutile, vain et sans âme, car ce qui ne meurt pas ne peut pas être humain.

(à suivre)

1 J'avais développé en détails cette idée de l'endurance face au cinéma dans un vieil article encore en ligne ici : Notion de performance dans le cinéma de Warhol.




BBC on ice : service public et douloureux

Posté par Jordan le 15.02.09 à 22:30 | tags : médias, télévision, vidéo

En France, le journal de 20h ouvre souvent ces temps-ci par des images du pays paralysé par la neige. En Angleterre, les aléas climatiques sont également sujets d'informations télévisées. La BBC dénonce ainsi les défaillances du service public, en l'occurrence l'absence de salage des marches gelées des escaliers de la Waterloo station à Londres. Pour dénoncer, il faut témoigner, alors plutôt que de signaler aux malheureux piétons le danger qui les guettent, la chaîne a placé une caméra sur le trottoir et attendu que les gens chutent… CQFD.




Le cinéma expérimental à l'épreuve du numérique (3)

Posté par Troudair le 14.02.09 à 10:33 | tags : cinéma, vidéo
On a longtemps qualifié "Meshes of the afternoon" de Maya Deren, de film mythique.


Et on a pu employer le même adjectif pour d'autres oeuvres, comme "Invocation of my demon brother" de Kenneth Anger, ou encore "Exploding Plastic Inevitable" de Ronald Nameth.
Ces quelques exemples, et bien d'autres, d'oeuvres dites "mythiques" ont pu bénéficier de ce qualificatif pour deux raisons.
La première, bien entendu, fut leur qualité à bouleverser l'histoire du cinéma en insufflant au septième art une liberté inédite dans le maniement de sa grammaire et de ses capacités esthétiques. Comme tout autre chef d'oeuvre, en peinture, sculpture, ou musique, ces films ont fait date et on servi de référence aux générations de cinéastes qui les ont suivis.
Néanmoins, cette seule qualité n'a jamais été suffisante pour définir une oeuvre, aussi brillante soit-elle, comme mythique. Car la seconde raison, et la plus importante, c'est que ces oeuvres étaient rares.

Au contraire du cinéma commercial, et malgré la possibilité technique de produire un nombre de copies infini à partir d'un seul négatif, ces films n'ont bien souvent fait l'objet que de tirages limités, en grande partie, on le devine, pour des raisons financières. Ainsi, assister à la projection d'un film de Stan Brakhage ou de Len Lye, ne constituait pas seulement une expérience esthétique, mais aussi sociale. Voir ce que peu ont la chance de voir donne au spectateur un statut d'exception, et érigé sur ce piedestal, sa vision s'en trouve à son tour modifiée.

Certains de ces films dits "mythiques", d'ailleurs, ne se contentaient pas d'être tirés à peu d'exemplaires, mais imposaient en plus des dispositifs de projection interdisant leur multiplication. Leur diffusion ainsi, allait à l'encontre d'un caractère majeur de l'art cinématographique - la prolifération - pour se rapprocher d'une certaine forme d'art vivant, de théâtre en quelque sorte, pour qu'une projection se change finalement en "représentation", dans le sens dramatique du terme.


A titre d'exemple, on pourrait remonter à 1927 et citer le "Napoléon" d'Abel Gance, projection monumentale en triple écran avec orchestre symphonique, qu'il n'aura guère été possible de présenter qu'une poignée de fois pour un public forcément restreint. Au delà du caractère esthétique du film, ce "Napoléon" est aussi et surtout devenu mythique car il n'était pas possible de le multiplier, et ceux qui ont pu en voir un montage mono-écran dernièrement ont tous pu ressentir ce manque, cette sensation de ne pas voir le film d'Abel Gance.
Dans l'histoire du cinéma expérimental, cette même qualité d'oeuvre unique a aussi pu apparaître avec certaines oeuvres impliquant par exemple une intervention directe sur le positif (grattage, coloriage, etc.). A positif unique, représentation unique, limitation des spectateurs, et inévitablement, apparition d'une rareté qui a changé certains films en mythes, sans que leurs qualités intrinsèques soient nécessairement engagées.

Dans son ouvrage de 1974, "Le cinéma visionnaire", P. Adams Sitney se sent ainsi obligé de décrire plan par plan chacun des films qu'il analyse, non pas pour les disséquer, mais dans un premier temps pour les raconter à des lecteurs dont une grande majorité n'a jamais eu et n'aura peut-être jamais l'occasion de les voir. Le conte, le mythe du cinéma expérimental aura été, pendant plusieurs décennies, une composante majeure de sa force d'évocation...

... jusqu'à ce que tout s'écroule aujourd'hui.
Et c'est volontairement qu'en introduction de ce billet, j'ai placé sur les trois films cités des liens directs vers leur diffusion sur YouTube. Avec le support numérique physique dans un premier temps, et internet dans ensuite, ce qui était rare est devenu fréquent. Sans trop de difficulté, on peut donc trouver aujourd'hui, en DVD ou même en ligne, la grande majorité des oeuvres filmiques qui ont construit le cinéma expérimental du XXe siècle. Le caractère mythique de ces oeuvres, peu à peu, s'est ainsi évaporé. Il n'y a plus d'exploit à faire partie de ceux qui ont vu "Meshes of the afternoon". Il n'y a plus de frisson à s'installer dans une salle de cinéma en caressant la satisfaction, regardant autour de soi, d'être parmi la poignée de spectateurs à faire l'expérience d'une projection rare. En rendant accessible à tous, tout de suite, le catalogue du cinéma expérimental, le numérique a supprimé le mythe, fondu le conte, et changé des oeuvres qui s'opposaient majoritairement à une logique commerciale, en produits culturels. L'anthologie Stan Brakhage se trouve aujourd'hui sur Amazon aux côtés de "Bienvenue chez les Ch'tits".

Doit-on pour autant se lamenter que des oeuvres superbes soient désormais accessibles à tous, et non seulement à une poignée d'initiés ? Non, évidemment. Mais à la vision de chacune d'elle, il demeure malgré tout important de se plonger dans leur histoire, et tenter, aussi difficile que cela soit devenu aujourd'hui, de ressentir ce frisson, de se plonger encore dans la chambre obscure métaphorique, accompagné de partenaires d'extase, et d'observer, dans cette état de grâce chamanique, des ombres mythiques courir sur les parois de la caverne.

(à suivre)



Semaine du 7 au 13 février

Posté par Edouard le 13.02.09 à 20:07 | tags : nombriliste
Entre deux allers-retours aux Antilles où il prend les coups à la place de Sarko, Yves Jégo surfe sur Flu pour relâcher la pression.

 

Slate arrivé près de chez vous : Le pure-player US débarque en France.

Dany boude : Entre Césars et comédies populaires, c'est l'amour vache.

Lost in translation : Quelqu'un arrive à suivre ?

Kerviel vs Madoff : Deux séries au ban d'essai.

Yes you Cannes : Les premières rumeurs sur la sélection 2009.

Mascottes martyrs : Le Hamas commence sa propagande au biberon.

Fucking Sopranos : L'intégrale non-censurée des insultes de la série culte.

This is England : Pour nos voisins anglais, l'ecstasy n'est plus une drogue dure.

Boob fight : La guerre des gros lolos bat son plein.

A côté de ses pompes : Pourquoi il ne faut pas abuser du lancer de chaussures.

Bob company : Bob Marley bientôt en marque déposé. Babylone a gagné.




Remotiver les salariés : du rêve à la réalité

Posté par Jordan le 12.02.09 à 11:03 | tags : vidéo, jeux video

Pas facile pour les vendeurs de jeux vidéo d'affronter des clients fâchés par une console qui ne fonctionne pas. C'est normal, quand l'aspirateur est en panne, on est embêté de devoir le changer, mais quand une console tombe en rade, du plaisir de jouer l'on est privé ! En 1991, Nintendo saisit l'ampleur du problème et diffuse auprès de ses détaillants une vidéo très pédagogique illustrant par l'exemple les différents "cas" de clients mécontents.

A l'époque, il n'était pas question d'alarmer le salarié ! Les produits Nintendo ne sont manifestement jamais défectueux, il s'agit juste de répondre poliment à quelques idiots n'ayant pas su brancher leur console, et qui fort reconnaissants n'hésiteront pas à revenir au magasin, une délicieuse tarte à la main.

2009. C'est la crise, tout va mal, le salarié se plaint. Finies les douces illusions, il est temps de faire face aux réalités de la vie, qui est dure. A la NASA, les ingénieurs sont confrontés à des barrières structurelles, culturelles, qui freinent les idées neuves. Un vrai problème, que l'astronaute Andrew Thomas a décidé de dénoncer dans une vidéo publiée sur YouTube avec l'accord de la direction, consciente que les choses doivent changer. Ici encore, mises en situation. Mais sans glamour. Un jeune ingénieur va tenter de proposer une idée de design innovante, et va voir son projet descendu et ses espoirs méthodiquement avortés par ses managers, un à un.

Sinon, pour remotiver ses salariés, il y a aussi le lipdub.

 




Le cinéma expérimental à l'épreuve du numérique (2)

Posté par Troudair le 11.02.09 à 10:51 | tags : cinéma, vidéo
Si le cinéma n'était rien d'autre qu'une somme d'images, il serait resté dans les foires où il a commencé sa carrière.
Mais entre les images, faites mouvement par la magie de l'effet phi, est apparu un monde, tout un continent imaginaire composé par nos cerveaux avides de cohérence.
Pourtant, à la lisière de l'imagination, une impression a toujours résisté à la technique, réminiscence de temps anciens où le feu faisait danser les ombres sur les parois des cavernes. Encore aujourd'hui, il n'est pas rare pour un spectateur de prendre conscience de sa situation de spectateur et l'espace de quelques secondes, de sortir du film pour réaliser où il est, et changer le monde qu'on lui présente en succession abstraite de lumière et d'ombre.


Comme on le suggérait plus bas, l'expérience cinématographique n'est donc pas seulement l'expérience d'un film, et personne mieux que Peter Kubelka n'a su mettre en évidence cette qualité inscrite dans l'architecture de nos salles obscures. Voir Arnulf Rainer n'a rien de commun avec le fait de voir un mouvement reconstitué. Cette composante est au contraire totalement évacuée pour laisser apparaître et étendre dans la durée ce moment où le spectateur sort du film.

On entre jamais dans Arnulf Rainer (pas plus que dans l'ensemble des films dits "métriques" de Kubelka), car aucune porte n'y mène.
Ce qui est révélé par l'intermédiaire d'une telle projection, c'est au contraire l'extérieur du film, son support pour commencer - Kubelka proposant l'exposition de ses pellicules comme oeuvres plastiques à part entière (voir ci-contre) - mais aussi et surtout la salle de projection elle-même, apparaissant et disparaissant au gré des flashs provoqués par les photogrammes blancs.

Proposer un tel film sur un site de partage de vidéos a donc deux inconvénients fatals.
Le premier, c'est la perturbation du rythme désiré par le cinéaste, originellement calculé avec une précision mathématique. Lors de la lecture en ligne, en effet, l'apparition des photogrammes noirs ou blancs n'est plus seulement assujettie au choix de l'artiste, mais dépend aussi de nombreux autres facteurs tels que la vitesse du processeur de l'ordinateur qui le lit, la qualité de sa carte graphique, la vitesse du serveur qui les diffuse, sans parler des choix arbitraires effectués par la logique inadaptée du codec de compression.

Le second, c'est l'embed, c'est à dire le fait qu'une vidéo en ligne, à moins, chose rare du fait de la faible résolution, de prendre la peine de la passer en full screen, est systématiquement inscrite dans le cadre de notre écran, qui n'est pas le cadre du film. Autrement dit, la lumière diffusée par tout ce qui n'est pas le film (reste de la page, navigateur, barre du système d'exploitation) perdure pendant sa projection et détruit obligatoirement l'effet premier recherché. Voir Arnulf Rainer avec une lumière constante, c'est nier l'architecture qu'il avait pour vocation de révéler. En d'autres termes, c'est tuer la salle obscure, cette camera obscura métaphorique dont toute salle de projection est la mise en abyme inconsciente. Voir Arnulf Rainer en ligne, c'est ne pas voir Arnulf Rainer.

Ceci étant dit, en prenant l'un des exemples les plus significatifs du cinéma expérimental, est-ce que tout film de cinéma1 se détruit au contact de la diffusion numérique ? Et est-ce qu'il n'y aurait pas malgré tout de raisons de se réjouir de la mise en ligne massive de ces films rares désormais disponibles pour le plus grand nombre ?
C'est ce qu'on essaiera de voir dans la suite de cette série de billets.

1 Pour rester fidèle à Kubelka, on ne parle pas ici de cinéma "expérimental" qu'il s'est toujours défendu de pratiquer.
"Je ne fais pas du cinéma expérimental, ce sont les autres qui font du cinéma commercial. Moi je fais du cinéma."



Versac is back : la micro interview

Posté par Easywriter le 10.02.09 à 14:40 | tags : médias, blogs

L'ex blogueur le plus influent de France (désolé j'ai pas pu me retenir)  revient. Versac devrait participer à Slate.fr, le site français d'expertise de la vie. Micro-entretien.

Tu reviens quand alors ?
Je ne sais pas encore. En fait, je sais quoi, comment, mais le principal problème, c'est de prendre le temps de mettre mon nouveau blog sur le serveur, de l'installer, de le peaufiner avant lancement, etc... J'ai un tout petit peu de boulot, actuellement, et je ne suis pas dans le rythme. A priori, je compte sur fin février, début mars, mais rien n'est sûr. Ca reste un loisir amateur, et ça passe donc logiquement derrière le reste.


T'es trop blog addict pour vraiment décrocher ?
En fait, non. J'ai décroché par lassitude, et pour me mettre à d'autres formats d'écriture et d'expression. Un livre, d'un côté, une chronique radio, une télé. Le livre est fini, il sortira fin mars ou début avril. Le besoin du blog se fait sentir ; j'ai envie de me remettre dans ce flux. Pas un jour ne se passe sans que je ne me dise "ça ferait un bon billet de blog, ça". J'ai besoin des contacts qu'un blog permet, des surprises que ça génère, de cette nécessité d'écrire publiquement, chaque jour, pour formaliser, se nourrir.

Tu préfères être Barbier ou Zemmour ?

Ni l'un, ni l'autre ! Ce sont deux contre-modèles parfaits ! Je n'ai pas leur prétention, pas leur omniscience, pas leur avis définitif. Je m'inscris juste à mon niveau, dans le flux des conversations de blog à blog, comme un lecteur attentif, qui a besoin d'un carnet de notes public. Vous ne me verrez jamais chez Ruquier dire des choses définitives, ou en train de faire un podcast pontifiant dans la rue, avec mon écharpe rouge, gonflé de mon importance. Une tribune, c'est une goutte d'eau. On apprend ça vite, quand on n'est pas protégé par son titre ou son institution. 


T'écriras quoi sur Slate ?
C'est surprise. A priori, ça tournera sans doute autour de ce merveilleux concept qui est entré dans la bouche de plein de journalistes, qui parlent de "journalisme de liens". Ils me font marrer : on n'a pas attendu le concept pour faire du lien contextualisé un art, sur les blogs. J'aimerais creuser un peu la chose, dans une revue personnelle...

Link : le blog de Versac.




Où sont les pirates ?

Posté par Jordan le 09.02.09 à 23:30 | tags : cartographie, p2p
Le site suédois The Pirate Bay, "plus grand tracker BitTorrent du monde" avec son million de visiteurs quotidien, vient de mettre en ligne quelques statistiques dynamiques concernant ses utilisateurs.
Les chiffres sont fluctuants, la cartographie étant un instantané de l'activité, qui varie selon les heures de la journée, des p2pistes sur The Pirate Bay - et il faut tenir compte de la popularité particulière de certains logiciels d'échange dans tel ou tel pays - mais ils donnent un aperçu intéressant du partage mondial de fichiers.
Le "piratage", tel que pratiqué, revendiqué et combattu, ne l'est pas partout dans les mêmes proportions : ainsi l'on constate que l'Afrique ne télécharge presque pas, ou que l'Espagne, champion européen, talonne les États-Unis. Loin devant, la Chine (où l’accès au site est bloqué et où d’autres trackers sont plus utilisés) et, proportionnellement à leur population, Taiwan et Hong-Kong. La Corée du Sud, pourtant très connectée, télécharge peu via The Pirate Bay. Des services de stockage en ligne centralisés s’y sont depuis longtemps développés. En Allemagne, les internautes semblent préférer eMule. La France compte au moment où ces lignes sont écrites plus de 50000 connexions par minute, soit près de 5% des échanges via le tracker suédois.
Plus de données devraient être rendues publiques par The Pirate Bay à l’avenir, les vitesses de connexion notamment. Ces dernières donneront un indice sur la tendance des utilisateurs à préférer d’autres services à mesure que l’accès en est, au moins techniquement, favorisé.



Dessiner ses meubles dans l'espace

Posté par Jordan le 09.02.09 à 13:28 | tags : design numérique, design

Les quatre designers suédois de FRONT ont mis au point une méthode pour matérialiser des dessins réalisés dans l'espace à la main. Les mouvements de la pointe du crayon sont enregistrés par un système de motion capture et reproduits sur un logiciel 3D. Le Rapid Prototyping transforme ensuite le fichier en objet, reproduisant les formes dans du plastique liquide au moyen d'un laser, qui durcit la matière dixième de milimètre par dixième de milimètre.
Le projet Sketch Furniture, développé au Japon, a donné naissance à des performances live.




Le cinéma expérimental à l'épreuve du numérique (1)

Posté par Troudair le 09.02.09 à 09:25 | tags : vidéo, cinéma
Pour débuter une rude semaine, rien de tel qu'un bon film expérimental qui nous ramène à quelques fondamentaux en perte de vitesse.
Pourtant, ce que vous pouvez voir ci-dessous n'est pas exactement le Thanatopsis d'Ed Emshwiller, monument du cinéma d'avant-garde daté de 1962.
Ce que vous voyez ci-dessous, c'est un leurre, une évocation vidée de l'essence de l'original, un hybride qui présente à la fois les caractéristiques du film, mais contaminé par les codes contemporains, ceux qui, en particulier, sont imposés par le système qui les diffuse.


Composé en large partie à l'aide d'une variation de la vitesse d'obturation qui nappe les formes claires d'un halo surnaturel autour d'un sujet net, Thanatopsis se heurte au système de compression des vidéos numériques. Trop de points, pas assez de contours, trop de vitesse et trop de précision dans le flou... si bien que, désorienté, le codec n'a d'autre choix que d'afficher d'énormes carrés aux teintes unies tout autour de la silhouette, celle-ci changée en masse informatique primitive, pixels gros comme des maisons, Lego noir, gris et blanc remplaçant la subtilité et la douceur du dégradé initialement recherché.
Et ce qui était en 1962 un fantôme vaporeux devient en 2006 (date de compression de cette vidéo) un polygone mécanique, bâtiment monochrome en deux dimensions sans profondeur ni âme.

Mais pas pour longtemps...
Car vous le savez, tous les sites de partage de vidéos ont fait évoluer ces derniers mois leurs systèmes pour proposer des diffusions en "haute définition". Et bientôt peut-être, un internaute passionné décidera de mettre en ligne ce même Thanatopsis, faiblement compressé, et révélant à nouveau ce personnage épileptique. Quand viendra ce jour, où la copie numérique respectera toute la finesse et tout le grain du film original, verrons-nous pour autant en ligne, sur notre écran, le Thanatopsis d'Ed Emshwiller ?
Rien n'est moins sûr, comme on cherchera à l'expliquer demain.

(à suivre)

(source : l'excellent blog A Million Keys, qui poursuit son travail d'exhumation du cinéma expérimental)



Cartographie dynamique des discussions

Posté par Jordan le 07.02.09 à 10:59 | tags : cartographie, twitter

A l'occasion du Superbowl, le New York Times a mis en ligne une cartographie des mots lus sur Twitter au cours du match. La présentation dynamique permet de visualiser les discussions au fil du temps et selon une catégorisation thématique choisie : les supporters de l'une ou l'autre équipe, les publicités, les joueurs, les smileys et les "GO !!!".

L'interface est jolie, et l'on peut se rendre compte, par exemple, que c'est la publicité pour le site d'emploi Carrerbuilder qui a eu le plus de succès. L'affichage des noms de joueurs devient une sorte de résumé de match "crowdsourcé". Quant aux smileys, ils nous indiquent que les Américains sont, le soir du Superbowl, plus prompts à exprimer leur contentement que leur tristesse…




Semaine du 31 janvier au 6 février

Posté par Edouard le 06.02.09 à 19:01 | tags : nombriliste

Quand il ne tient pas les "globes" de Yamina Benguigui, Jean-Luc Delarue cherche de nouveaux sujets trash pour "Ça se discute" en surfant sur Flu...

 

Lecture de crise : Les bouquins pour en sortir.

Scarabée is watching you : Les drones-insectes débarquent.

American Psycho : Christian Bale est-il trop dans son personnage ?

Pipolitique : Le temps de parole des VIP comptabilisé par le CSA.

X-Files : Le porno rend-il vraiment addict ?

Chaussures protestataires : Wen Jiabao attaqué, l'ambassadeur d'Israël en Suède aussi. A qui le tour ? 

Humour juif : Les islamistes mis en boite dans un South Park-like israélien. Attention points Godwin !

T'as vu la vierge ? : Natalie Dylan négocie son pucelage pour plusieurs millions de dollars. Un nouveau hoax ? 

RIP Lux Interior : Et une petite vidéo en hommage au chanteur des Cramps, une !

Une vie après le trading :On rebondit comme on peut...

Coincé dans le son : Les Français de Stuck In The Sound, en live et en interview made in Flu.

Daily Show trop cher ? : Pourquoi Canal a stoppé le génial talk show de Jon Stewart

Crime et châtiment : Sus à l'ONU, qui veut faire de 2009 l'année de la fin de la fessée.

Les derniers seront les premiers : Ça se passe comme ça, sur Koh Lanta.




Vie des visages

Posté par Troudair le 06.02.09 à 09:44 | tags : street art, vidéo, arts visuels, photo
Entre street-art et land-art, actions in-situ et photographie, JR développe avec son projet 28 millimeters des séries de portraits avec un objectif simple et noble : sauver le monde.
En 2007, Face 2 Face affichait dans huit villes israéliennes et palestiniennes des portraits d'habitants, sans distinction de nationalité, réunis sur les murs dans le rire et la grimace.


Depuis 2008 et pendant encore quelques mois, ce sont maintenant les femmes qui sont à l'honneur dans son projet "Women are heroes".
Dans plusieurs pays, africains pour commencer, puis sud-américains et européens ensuite, JR recueille des histoires auprès des femmes.
Drames de la guerre ou de la violence quotidienne, ces récits terribles viennent des femmes elles-mêmes. Mais tout le travail photographique de l'artiste consiste non pas à s'apitoyer sur ces témoignages, mais au contraire à apporter un contre-point nécessaire.
"Quand on entend ces récits, précise JR, on pourrait penser que ces femmes sont mortes, brisées. Mais quand on voit leurs visages, on réalise qu'elles sont bien vivantes."
Capturer cette vie, et surtout cette joie de vivre, puis afficher le résultat au coeur même des villes, c'est là tout le projet de "Women are heroes".


En pratique, des affiches monumentales sont disposées sur tous les supports possibles, bus, maisons, trains, et composent des mosaïques urbaines souvent percutantes, comme en témoigne cette superbe installation au Kenya, où le passage d'un train fait apparaître les visages hilares des femmes d'un bidonville.


En 1998, le dramaturge roumain Matei Visniec écrivait le texte "La femme comme champ de bataille". A sa manière, JR témoigne, dix ans plus tard, que cette guerre est loin d'être achevée.

(via Design You Trust)
(MAJ : et tant qu'on y est, le blog de JR invité de Libé)



New York Lego

Posté par Troudair le 05.02.09 à 07:59 | tags : ludique, arts visuels
Illustrateur pour le New Yorker et le New York Times Magazine, Christoph Niemann a quitté New York pour s'installer à Berlin avec sa femme et ses enfants.
En jouant aux Lego avec ses rejetons sur le tapis du salon, il avoue que ses pensées le ramènent bien souvent à la Grosse Pomme.

"Homme sur un quai de métro voyant une créature sur les rails"

A l'opposé des reproductions virtuoses qu'on vous a déjà présenté ici ou , les évocations de Niemann sont conçues pour la plupart à l'aide deux ou trois briques de base mais le talent associé à la nostalgie du bonhomme parviennent à nous émouvoir par la seule force de l'imagination.

"Journal / Journal du dimanche / Ferry de Staten Island"

Toute sa série de briques new-yorkaises est visible sur son blog.



Twitter : stratégies obliques pour artistes connectés

Posté par Jordan le 04.02.09 à 09:35 | tags : réseaux sociaux, musique, twitter

L'artiste moderne ne passe pas son temps sur Twitter. C'est normal, il est trop occupé à bidouiller dans son home-studio, et ne voit de toute façon pas tellement l'intérêt qu'il pourrait avoir à connaître - en live - la température qu'il fait à telle ou telle conférence de "social media marketing experts". Force est de le constater, ce n'est pas chez les twitterrers confluents que l'artiste moderne trouvera l'inspiration. Mais n'accablons pas l'oisillon : le site de microblogging n'est qu'un outil, et comme il se développe, ses usages se diversifient.

Oblique Chirps pioche ainsi chaque heure dans le fameux jeu de cartes créé en 1975 par Brian Eno et Peter Schmidt, afin de délivrer aux musiciens en panne de créativité un conseil qui pourra les débloquer. Notons cependant que les vrais aficionados des stratégies obliques ne sont pas fanatiques de cette version automatisée, dont la fréquence de publication ne correspond pas nécessairement à celle de leurs angoisses de page blanche.

L'on peut trouver d'autres comptes Twitter utiles aux musiciens, comme celui d'Artists House, qui suit pour l'artiste moderne, concentré sur son œuvre, l'actualité de l'industrie musicale. Mais l'on ne peut pas tout faire à sa place, comme le rappelle Alyson Stanfield, "artist business coach", dans son livre intitulé I’d Rather Be In The Studio: An Artist’s No-Excuse Guide to Self-Promotion. L'artiste moderne doit donc urgemment créer son compte Twitter, et se mettre à tweeter entre deux enregistrements, voire pendant. Ils sont déjà un certain nombre dans la place, de Snoop Dogg à Yoko Ono en passant par Sonic Youth ou Tekilatex, et bien d'autres moins connus. Beaucoup se contentent d'y répliquer leur fil d'actualités très officielles, mais quelques-uns s'engagent personnellement dans la conversation, au grand plaisir de leurs "followers". Un bon moyen de stimuler sa communauté, qui, pour info, ne s'est plus connectée à MySpace depuis deux ans.

EDIT : Un portail dédié aux musiciens sur Twitter a été créé.

 




Nos amis les mots

Posté par Troudair le 03.02.09 à 10:00 | tags : flash, politique
Les mots naissent, s'accouplent, et disparaissent.
Chaque année, si les dictionnaires présentent fièrement leurs nouveaux ajouts, on parle beaucoup moins de tous les mots exclus pour leur faire de la place.
Inutilisés, incompris, et finalement abandonnés, des quantités de mots tombent ainsi aux oubliettes du langage.

Savethewords se propose donc de lutter pour la sauvegarde des mots oubliés (de langue anglaise).
Sur ce site, vous trouverez une quantité de mots anglais accompagnés de leur définition, et vous aurez la possibilité d'en adopter un, c'est à dire de vous engager à l'utiliser massivement. A force d'usage, et bien souvent d'explications dispensées par vos soins à vos interlocuteurs interloqués, vous contribuerez ainsi à réhabiliter votre mot adopté, et qui sait ? Peut-être finira-t-il par réintégrer le dictionnaire.

D'un point de vue plus politique, on s'étonne un peu de voir que le projet est proposé par Oxford Fajar, la filiale malaisienne de la prestigieuse maison d'édition Oxford University Press. D'autant plus qu'on peut lire sur leur site que cette filiale a été créée l'année même de l'indépendance de la Malaisie, au moment justement où ces territoires se détachaient de l'influence coloniale britannique.

Visiblement, avec l'omniprésence de la langue anglaise et le travail d'édition massif proposé par Oxford Press (spécialisé dans les manuels scolaires traduits en langue locale), la puissance des mots, et plus généralement de la langue, a joué un rôle allant bien au-delà du souci économique. Oxford Fajar, de toute évidence, a contribué depuis près de 50 ans, à préserver la langue anglaise, et plus généralement la culture et l'enseignement britannique sur des zones du Commonwelth théoriquement indépendantes.

En filigrane, savethewords s'avère donc être le reflet étonnant d'une problématique plus générale.
Sauvez les mots oubliés, certes... mais surtout, sauvez une langue dont la suprématie pourrait être remise en cause.



Scarabées téléguidés

Posté par Jordan le 02.02.09 à 10:40 | tags : robot, surveillance

Longtemps, l'armée américaine a financé des recherches dont l'objectif était de produire de minuscules drones capables de voler pendant des heures, de filmer et d'envoyer les images à qui de droit. Mais malgré la miniaturisation galopante des technologies employées, et le succès commercial des Picooz, ces robots espions tardaient à quitter l'univers de la science-fiction pour celui, plus viril, des champs de bataille. Quand soudain Michel Maharbiz et ses collègues de l'université de Berkeley eurent une idée géniale : plutôt que de passer leur vie à essayer de construire des robots scarabées qui filment, pourquoi ne pas téléguider des scarabées sur lesquels on fixerait des caméras…

Aussitôt dit, aussitôt fait, six électrodes sont posées sur les globes oculaires et les muscles nécessaires à l'envol de l'animal, un microprocesseur, un  récepteur radio et une batterie sont accrochés sur son dos. Les signaux électriques envoyés depuis un ordinateur "dirigent" le scarabée : des pulsations à fréquence oscillatoire actionnent les ailes, une courte pulsation les arrête. Une petite décharge sur le flanc gauche pour aller à gauche, une à droite pour tourner à droite. Il s'agit officiellement du premier "wireless beetle system". Les scarabées choisis mesurent de 4 à 8 cm de long et pèsent de 4 à 10 grammes, sont particulièrement endurants et peuvent sans mal porter une caméra et même un détecteur de chaleur…
Par ici pour voir la bête voler de ses propres ailes mais sans son consentement.

 

Lire aussi :
Le blog des filles (malheureuses) qui sortent avec un banquier

Le jour où Google planta




Le jour où Google planta

Posté par Easywriter le 02.02.09 à 10:18 | tags : google

Le genre de trucs qu'on s'imagine raconter à ses enfants, " j'ai vécu le Big blackout des moteurs, sais-tu mon p'tit". A moins que la croissance exponentielle des données agrégées rende les bugs aussi communs qu'une coupure d'électricité (ou un accident d'avion).

En tout cas Google a planté. Ca c'est passé le samedi 31 janvier 2009, peu avant 16 H, un bug lié à une mauvaise attribution de données à Stop Badware (un outil de sécurité pour filtrer les sites véreux). Ca a duré 40 minutes. Et c'était worldwide.

 


 

 

 






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