François-Xavier Verschave s'est éteint hier des suites d'un cancer, maladie que sa maigreur caractéristique, de plus en plus prononcée, avait fini par laisser deviner. Ceux qui s'intéressent à l'Afrique et aux turpitudes de la politique post-coloniale de la France le connaissaient bien. Depuis la fin des années 1990, sa série d'ouvrages sur la "Françafrique" avait ouvert les yeux de l'opinion publique sur les réseaux Pasqua et Mitterrand, les ventes d'armes à l'Angola, l'implication de l'armée française dans la préparation des génocidaires rwandais et surtout l'invraisemblable politique pétrolière de la France en Afrique équatoriale. Là-bas, quelque part entre le Congo-Brazzaville et le Gabon, c'est tout une classe politique française, droite et gauche confondue, qui s'était commise à déclencher des guerres civiles et renverser des régimes élus pour favoriser le retour de dictateurs militaires qui garantissaient à Elf une part écrasante des revenus du pétrole africain. En 2000, dans un Brazaville ubuesque qui se relevait à peine de deux conflits où avaient péri plus de 35 000 personnes, la tour Elf dominait ainsi la ville, tandis que les rares automobilistes congolais étaient tenus de faire la queue aux stations service pour grapiller quelques gouttes du pétrole exploité au large des côtes de leur pays.
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