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J-3 : La gauche a des comptes à rendre en Europe

Posté par Sandor le 26.05.05 à 19:38 | tags : aeoui
Denis Baupin, adjoint au Maire de Paris, membre du Conseil national des Verts, nous envoie le texte ci-dessous. AeOUI le publie tel quel, parce que nous pensons qu'il est apte à faire consensus parmi les gens de gauche réformistes, qu'ils défendent pour l'heure le Oui ou le Non au référendum. Sa logique, somme toute, est très simple. On en reparlera d'ailleurs demain.

"Face au référendum du 29 mai, les leaders de gauche qui font de la construction européenne un enjeu d'avenir crucial pour les valeurs humanistes, écologistes et solidaires, ont de loin la tâche la plus ardue. (...) Appeler à voter OUI en étant dans l'opposition à un gouvernement aussi conservateur et décrédibilisé, tient au mieux de la corde raide, au pire de la schizophrénie. (...) Nul doute, si le 29 mai on pouvait voter deux fois, l'une sur la politique de Chirac et Raffarin, l'autre sur le TCE, ce dernier serait sauvé, tant le ressentiment contre les premiers pèse dans les intentions de vote sur le second.
C'est notre deuxième et principale difficulté : la gauche a un déficit de crédibilité, car elle porte une part non négligeable de responsabilité dans les insuffisances d'une construction européenne trop longtemps soumise aux volontés des marchés financiers, négligente des droits sociaux, de la citoyenneté européenne et de la protection de l'environnement. La droite n'a pas toujours été majoritaire au sein des gouvernements européens et du Parlement européen. Qu'a-t-il été fait des majorités sociales-démocrates ? Où est le SMIC européen ? la sécurité sociale européenne ? L'harmonisation sociale et fiscale ? la citoyenneté européenne ? la protection des consommateurs contre les OGM et les produits chimiques ?
La gauche gouvernementale doit faire son aggiornamento européen. (...) C'est la condition nécessaire pour retrouver sa crédibilité et surtout pouvoir prendre l'engagement qu'attendent les indécis de gauche, ceux qui ne veulent pas "se faire avoir encore une fois". (...) Pour cela n'attendons pas le 30 mai. (...) Faisons de cette faiblesse passagère une force : sans nous, le OUI ne peut gagner. Nous sommes donc en situation de poser politiquement nos conditions, de dire clairement que notre OUI ne peut s'entendre sans la contrepartie, dès maintenant, d'une campagne vigoureuse pour améliorer le Traité constitutionnel.
Le Parti Vert Européen a ouvert la voie. Dans sa résolution approuvant très majoritairement le TCE, il a pris l'engagement d'utiliser le droit d'initiative citoyenne reconnu par le TCE (article I-47) pour obtenir "l'appui des citoyens européens pour un premier amendement de la Constitution visant à l'approfondissement de la démocratie européenne, le développement d'une politique de sécurité sociale, de justice et de solidarité et l'octroi à l'Union Européenne des instruments pour promouvoir la paix sur la scène internationale". Dès janvier 2005, sur proposition du groupe des Verts, le Parlement européen lui-même, a annoncé qu'il utiliserait son propre droit d'initiative pour proposer des améliorations à la Constitution.
Les conditions sont donc réunies pour démontrer que ce Traité n'est pas gravé dans le marbre, qu'il peut évoluer sous la pression populaire. Invitons ceux qui hésitent, ceux qui risquent de laisser détourner leur légitime colère vers un non stérile et destructeur des progrès du TCE, à canaliser cette énergie vers ces avancées futures. Seule la gauche peut offrir ce débouché politique positif à la colère sociale (...), pour peu qu'elle s'engage clairement à ce que, surtout si le OUI l'emporte le 29 mai, elle rende dorénavant des comptes sur l'Europe. Cet engagement nous devons le prendre prioritairement pour convaincre les NON de gauche sincèrement européens. Il est d'autant plus irréaliste de douter de leur existence que ce sont sans doute eux qui ont la clé du résultat du 29 mai."

[illus. hier, au Parlement européen de Bruxelles]

Commentaires

De Sandor, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Allez, c'est un peu la lutte finale désormais, et il faut faire feu de tout bois... Ci-dessous, donc, un autre texte proposé avant-hier à AeOUI par Philippe Crignon et Anne Morvan (également collaboratrice Fluctuat.net). Pour le Oui. A la hauteur, selon moi, de l'enjeu du scrutin de dimanche, et très pertinent sur l'UE en tant qu'expérience politique pionnière. Merci infiniment à ses auteurs.

"La convergence politique, seul projet exaltant A l’approche du référendum, nous voudrions expliquer quelques unes des raisons politiques qui fondent notre vive adhésion au TCE.
Et il convient tout d'abord de dire que nous ne nous excusons pas de voter OUI, au contraire de ceux qui donnent l'impression que c'est honteux, quand on est de gauche. Nous ne voterons ni par dépit, ni avec réticence.
Il n'y a pas, à nos yeux, de projet politique plus enthousiasmant qu'un traité constitutionnel pour l'Europe. La politique nationale est pâle à côté de ce que l'Europe propose comme horizon ; l'ardeur du débat en fait foi elle-même. Ce n'est pas exagéré de dire que l'enjeu est historique. Il s'agit ni plus ni moins que d'inventer une figure politique radicalement nouvelle : ni un Etat européen qui serait le calque de nos Etats-nations actuels, ni une simple alliance entre peuples souverains, mais une Union politique sur un mode inédit – et dont le nom même n’existe pas encore. La figure politique qui se dessine maintenant avec l'Europe et le TCE est la figure de la CONVERGENCE, non plus seulement économique mais politique : - la convergence politique n'est pas la communauté uniformisée de la nation : le TCE garantit la pluri-nationalité de l'Europe – partie II, préambule – et donc la disjonction du national et du politique : progrès immense !! S’esquisse donc enfin réellement la possibilité d’envisager la souveraineté autrement que par sa référence à la nation. - la convergence politique n'est pas une structure mais un mouvement : à l'intérieur (tendre vers les objectifs définis en I-3) et à l'extérieur. Par sa nature, jamais l'Europe ne cessera de se poser la question de son élargissement. - la convergence politique n'est pas "molle", pour employer une critique qu'on a souvent faite à l'Europe et parfois avec raison. Elle indique moins un compromis a minima que la pression vers des prises de décisions unies. Il faut être aveugle à l'histoire pour ne pas voir comment ce dynamisme n'a cessé de se concrétiser depuis 50 ans. Le TCE renforce largement ce principe dynamique, puisqu’il réforme les structures de décisions (il accorde, par exemple, un pouvoir nettement accru au Parlement européen). Le sens de l’Europe est résumé dans le préambule de la partie II : les peuples d'Europe établissent "entre eux une union sans cesse plus étroite". - la convergence politique entraîne dans le TCE une extension des domaines communautaires (judiciaire par exemple, ce qui manquait cruellement ; I-42 et III-257). On peut légitimement s'interroger sur la partie III, économique (mais pas seulement !). Pour notre part, elle n'affadit pas notre enthousiasme en faveur du TCE, car :
1) Ce sont des principes déjà énoncés dans les traités antérieurs ; rien n'y est consolidé en matière de libéralisme. En cas de victoire du non, ces textes resteront en vigueur, mais on aura perdu la Charte des droits fondamentaux de la partie II. Quel est le gain ?
2) L'idée d'une économie de marché nous paraît durablement installée. Son refus ne peut plus être un projet politique avant longtemps ; ce n'est ni envisageable ni souhaitable. En revanche son encadrement social (chômage, services, sécurité sociale, protection sociale) fait partie d'une politique de gauche. Le TCE ne prescrit pas une telle politique sociale, mais loin de la gêner, elle la facilite constitutionnellement - I-3.3. Il revient ensuite aux forces européennes de gauche de se mobiliser. Chacun a la possibilité de ne pas faire dans la nuance et d'affirmer contradictoirement que les articles sur les droits fondamentaux ne sont que de "l'encre sur du papier" tandis que les articles économiques sont "gravés dans le marbre". Une constitution pose des fondations stables et révisables, ni plus ni moins. Nous ne reprochons pas à l'Europe de ne pas être française. Elle est... européenne ! Nous nous unissons avec d’autres et non avec nous-mêmes : l’Europe n’est pas une extension de la République française, elle se construit aujourd’hui à 25. C’est tout le défi et l’ambition de nous ouvrir à la création d’une nouvelle entité politique : moment historique s’il en est ! Enfin, last but not least, nous sommes particulièrement impressionnés par quelques mots, qui sont bien plus que des symboles : la création d'une véritable citoyenneté européenne (I-10), on parlera de "loi européenne" et non plus seulement de "directive" (I-33.1), l'Union "a la personnalité juridique", ce qui lui permet entre autres d’adhérer à la Convention internationale des droits de l’homme. OUI. Le TCE répond au problème de la justice aujourd'hui. Nous serions profondément tristes, déçus et inquiets que le non l'emporte dimanche prochain. Ce serait un véritable coup d’arrêt à la construction européenne, alors que nous avons la possibilité de voter, aujourd’hui, POUR une Europe politique." Philippe Crignon, professeur agrégé de philosophie, membre de la MSH-Paris-Nord
Anne Morvan, professeur agrégée de philosophie, doctorante à Paris-X

De Sylvain, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Http://www.europemaltraitee.org/ http://beaushilom.free.fr/video/RMJ/

De Sandor, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Allez, c'est un peu la lutte finale désormais, et il faut faire feu de tout bois... Ci-dessous, donc, un autre texte proposé avant-hier à AeOUI par Philippe Crignon et Anne Morvan (également collaboratrice Fluctuat.net). Pour le Oui. A la hauteur, selon moi, de l'enjeu du scrutin de dimanche, et très pertinent sur l'UE en tant qu'expérience politique pionnière. Merci infiniment à ses auteurs.

"La convergence politique, seul projet exaltant A l’approche du référendum, nous voudrions expliquer quelques unes des raisons politiques qui fondent notre vive adhésion au TCE.
Et il convient tout d'abord de dire que nous ne nous excusons pas de voter OUI, au contraire de ceux qui donnent l'impression que c'est honteux, quand on est de gauche. Nous ne voterons ni par dépit, ni avec réticence.
Il n'y a pas, à nos yeux, de projet politique plus enthousiasmant qu'un traité constitutionnel pour l'Europe. La politique nationale est pâle à côté de ce que l'Europe propose comme horizon ; l'ardeur du débat en fait foi elle-même. Ce n'est pas exagéré de dire que l'enjeu est historique. Il s'agit ni plus ni moins que d'inventer une figure politique radicalement nouvelle : ni un Etat européen qui serait le calque de nos Etats-nations actuels, ni une simple alliance entre peuples souverains, mais une Union politique sur un mode inédit – et dont le nom même n’existe pas encore. La figure politique qui se dessine maintenant avec l'Europe et le TCE est la figure de la CONVERGENCE, non plus seulement économique mais politique : - la convergence politique n'est pas la communauté uniformisée de la nation : le TCE garantit la pluri-nationalité de l'Europe – partie II, préambule – et donc la disjonction du national et du politique : progrès immense !! S’esquisse donc enfin réellement la possibilité d’envisager la souveraineté autrement que par sa référence à la nation. - la convergence politique n'est pas une structure mais un mouvement : à l'intérieur (tendre vers les objectifs définis en I-3) et à l'extérieur. Par sa nature, jamais l'Europe ne cessera de se poser la question de son élargissement. - la convergence politique n'est pas "molle", pour employer une critique qu'on a souvent faite à l'Europe et parfois avec raison. Elle indique moins un compromis a minima que la pression vers des prises de décisions unies. Il faut être aveugle à l'histoire pour ne pas voir comment ce dynamisme n'a cessé de se concrétiser depuis 50 ans. Le TCE renforce largement ce principe dynamique, puisqu’il réforme les structures de décisions (il accorde, par exemple, un pouvoir nettement accru au Parlement européen). Le sens de l’Europe est résumé dans le préambule de la partie II : les peuples d'Europe établissent "entre eux une union sans cesse plus étroite". - la convergence politique entraîne dans le TCE une extension des domaines communautaires (judiciaire par exemple, ce qui manquait cruellement ; I-42 et III-257). On peut légitimement s'interroger sur la partie III, économique (mais pas seulement !). Pour notre part, elle n'affadit pas notre enthousiasme en faveur du TCE, car :
1) Ce sont des principes déjà énoncés dans les traités antérieurs ; rien n'y est consolidé en matière de libéralisme. En cas de victoire du non, ces textes resteront en vigueur, mais on aura perdu la Charte des droits fondamentaux de la partie II. Quel est le gain ?
2) L'idée d'une économie de marché nous paraît durablement installée. Son refus ne peut plus être un projet politique avant longtemps ; ce n'est ni envisageable ni souhaitable. En revanche son encadrement social (chômage, services, sécurité sociale, protection sociale) fait partie d'une politique de gauche. Le TCE ne prescrit pas une telle politique sociale, mais loin de la gêner, elle la facilite constitutionnellement - I-3.3. Il revient ensuite aux forces européennes de gauche de se mobiliser. Chacun a la possibilité de ne pas faire dans la nuance et d'affirmer contradictoirement que les articles sur les droits fondamentaux ne sont que de "l'encre sur du papier" tandis que les articles économiques sont "gravés dans le marbre". Une constitution pose des fondations stables et révisables, ni plus ni moins. Nous ne reprochons pas à l'Europe de ne pas être française. Elle est... européenne ! Nous nous unissons avec d’autres et non avec nous-mêmes : l’Europe n’est pas une extension de la République française, elle se construit aujourd’hui à 25. C’est tout le défi et l’ambition de nous ouvrir à la création d’une nouvelle entité politique : moment historique s’il en est ! Enfin, last but not least, nous sommes particulièrement impressionnés par quelques mots, qui sont bien plus que des symboles : la création d'une véritable citoyenneté européenne (I-10), on parlera de "loi européenne" et non plus seulement de "directive" (I-33.1), l'Union "a la personnalité juridique", ce qui lui permet entre autres d’adhérer à la Convention internationale des droits de l’homme. OUI. Le TCE répond au problème de la justice aujourd'hui. Nous serions profondément tristes, déçus et inquiets que le non l'emporte dimanche prochain. Ce serait un véritable coup d’arrêt à la construction européenne, alors que nous avons la possibilité de voter, aujourd’hui, POUR une Europe politique." Philippe Crignon, professeur agrégé de philosophie, membre de la MSH-Paris-Nord
Anne Morvan, professeur agrégée de philosophie, doctorante à Paris-X

De Sylvain, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Http://www.europemaltraitee.org/ http://beaushilom.free.fr/video/RMJ/

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