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J-4 : Nous sommes tous des souverainistes vendéens ?

Posté par Sandor le 25.05.05 à 18:53 | tags : aeoui
Chapeau bas : Philippe de Villiers, l'une des grandes stars de la campagne référendaire (voir son meeting de 5000 personnes au Palais des Sports samedi dernier, du jamais vu depuis l'inauguration du Puy du Fou), a trouvé le meilleur slogan de la campagne. Le plus juste, le plus fédérateur aussi : "On a tous une bonne raison de voter Non".
L'extrême-droite et la droite souverainiste (l'Europe détruit la France), Arlette et le PCF ("Non à TOUTE Constitution européenne", ai-je lu récemment sur une affiche PC du XVe arrondissement), les sympathisants UMP (la technocratie bruxelloise...), la gauche réformiste (la partie III, quand même...) et, en cherchant bien, même Bayrou pourrait s'y mettre (genre "si je soutiens le Non, vu les sondages, c'est clair que je suis mieux barré pour 2007"). Etc.
Alors d'accord, la partie III est pas géniale. Mais quitte à me répéter, elle existe déjà dans les traités et de toute façon, que le TCE passe ou pas, ces traités restent en vigueur et ne peuvent être révisés qu'à l'unanimité des Etats membres. C'est-à-dire, en gros, ni plus ni moins facilement qu'un TCE ratifié. Par contre, le TCE, c'est la possibilité pour le Parlement européen (et donc pour les élus directs du peuple) de co-décider de presque toutes les lois européennes, au lieu de 35% d'entre elles actuellement. Le TCE, c'est la possibilité pour l'UE de se doter d'une politique étrangère commune qui seule pourra peser face aux US. Le TCE, c'est l'égalité professionnelle femmes/hommes garantie dans toute l'Europe. Le TCE, c'est des compétences sociales reconnues pour la première fois à l'UE. Etc.
L'Union européenne est avant tout une union d'Etats... jusqu'à présent. Il n'y est pas question de peuples, encore moins de peuple, et les citoyens n'ont qu'à valider a posteriori, au niveau national, les lois élaborées par l'UE. Le TCE donne pour la première fois la voix au peuple dans l'Union, il donne pour la première fois au citoyen le pouvoir de décider à une échelle où sa voix peut avoir un impact sur les affaires du monde. C'est une opportunité qui ne se représentera peut-être pas : après le rejet par la France de la Communauté européenne de défense en 1954 ("cela ressuscitera la Wermacht", arguaient gaullistes et communistes), il a fallu attendre plus d'un demi-siècle avant de revoir passer un projet de défense européenne. Et encore, les tenants du Non prétendent aujourd'hui à tort que cela liera pour l'éternité l'Europe à l'Otan. Vraiment, j'admire la troublante intuition de Villiers : en un sens, "on a tous une bonne raison de voter Non".

Commentaires

De Lorem ipsum, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Très juste auguste. Et la suite logique : on aura tous une bonne raison de ne pas voter un prochain texte, improbable, qui ne prendra pas en compte toutes nos bonnes raisons de voter non aujourd'hui. Donc Oui pour moi, et merci à vous.

De Demo Stain, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Tu agites les bras en tous sens sandor et pourquoi pas y aller de l'amalgame entre la gauche du non et de villiers, allons y, sandor c'est sarkozy. celle là personne ne te l'a faite alors laisse tomber tes tactiques à la poivre d'arvor (un amalgame, et hop) le fait de dire que les autres ont "tort" de manière systématique et répétée et d'en rajouter dans les qualificatifs du genre "immonde" te décrédibilise totalement.

De Sandor, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Bah non, l'argument d'Attac sur Anna, c'est immonde, je l'ai dit et je le répète. Il y a des partisans du Non que je respecte, je l'ai déjà dit (J-13, J-6) et je le répète. Bats-toi sur des arguments, DS, stp.

De Damien, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
De Villiers, grand vainqueur médiatique à droite, c’est l’évidence. La chose n’est pas très étonnante avec un champ médiatique largement acquis à la cause du OUI et pour qui « le NON le plus NON » est forcément à droite. La une du Monde du jeudi 26 mai sur la "convergence des non" pourrait faire rire si elle n’était aussi révélatrice... A ce propos, pourquoi ne dit-on rien des alliances du OUI ? Une partie de la gauche (la « moderne »...) dit quand même OUI avec Sarkozy, chantre d’une droite dure et "décomplexée" et qui est en train, tranquillement, de normaliser une ligne politique "de restauration". Mais je suis bête : vouloir donner un « signal fort », (suivant l’expression consacrée dans les rédactions) au gouvernants sur le mode : « vous nous demandez notre avis, eh bien ! nous ne voulons pas de ce que vous avez décidé pour nous », c’est pas bien. Demander au gens de voter et crier au loup lorsqu’ils menacent de ne pas mettre le bon bulletin dans l’urne, c’est un peu gonflé... Mais il est aussi vrai que « quoi qu’il arrive, rien ne va changer »... Référendum sans enjeu, alors ? Pas si sûr. Lisez donc ce qui suit. Sur le traité en lui-même, plusieurs choses : - la « Charte des droits fondamentaux » : en gros, la partie II, proclamée à Nice en 2002. Très peu contraignante, elle ne reconnaît ni le droit d’obtenir un travail (mais « la liberté de chercher un emploi »), ni le droit au logement, ni le droit à un revenu minimum, ni le droit à l’égalité salariale, ni le droit à une pension de retraite, ni le droit au divorce, ni même celui à la contraception ou à l‘avortement... On se demande ce qu’elle apporte de nouveau... Ah ! Je sais ! Le droit de pétition !!! Plus sérieusement, j’ajouterais, pour finir sur la Charte, qu’elle est limitée, entre autres choses, par quatre libertés, manifestement plus fondamentales : circulation des capitaux, des marchandises, des services et des personnes. - la défense et l’Otan : le TCE fait clairement dépendre la politique de sécurité européenne du feu vert des Etats-Unis par le truchement de l’Otan. L’Organisation est téléguidée depuis Washington et la politique de l’Union doit être « compatible » avec celle de l’Otan. Par ailleurs, tous les Etats membres « s’engagent à améliorer [...] leurs capacités militaires ». Avec le Pacte de stabilité, l’interdiction des déficits et l’orthodoxie budgétaire, on voit où va l’argent... - les services publics : le TCE les nomme « services d’intérêt économique général ». Ils sont soumis aux règles de la concurrence et le TCE leur interdit toute aide publique au nom de la « concurrence libre et non faussée ». D’autre part, les « Etats membres s’efforcent de procéder à la libéralisation des services au-delà de la mesure qui est obligatoire » (article II-148). Bon, là, je suis crevé, je vais me reposer un peu... Pardon d’avoir été un peu long mais Bruxelles mérite bien, quand même, un dernier coup rien.

De Demo Stain, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Sandor va nous balayer tout ça vite fait bien fait tu vas voir...

De Sandor, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Damien,
Je ne crie pas au loup, je ne balaie rien (en tout cas, pas ici), je te réponds.
- la Charte : pardon de me répéter, mais elle apporte l'égalité professionnelle hommes-femmes (art. II-83, alors que le Parlement français en est encore à légiférer à ce sujet), le droit à la protection sociale (II-94), à une justice équitable (II-107), etc. (voir commentaires de posts précédents, je ne sais plus où j'ai déjà écrit cela) ; elle interdit la peine de mort ; elle apporte une garantie que l'UE veillera de façon juridiquement contraignante à ces valeurs là où elles sont potentiellement bafouées (je pense, par exemple, que les minorités Roms discriminées à tous égards dans les Etats membres d'Europe centrale en feront bon usage ; mais peut-être tu t'en fous des Roms, après tout, c'est trop loin de la France, ce qui compte, c'est les services publics, hein ?). - Eh bah justement, parlons-en des services publics. Depuis la conférence de Messine de 1955 (préparatoire au Traité de Rome l'année suivante), on les appelle les services d'intérêt économique général (en fait, c'est un peu plus compliqué et d'ailleurs tu le sais, mais passons, en tout cas on ne les appelle pas "services publics" en terminologie européenne). Et puis dans ta citation (III-148), tu oublies la fin de l'article : "libéralisation des services (...) SI LEUR SITUATION ECONOMIQUE GENERALE ET LA SITUATION DU SECTEUR INTERESSE LE LEUR PERMET" Alors, Damien, mensonge par omission ou idéologie malhonnête ? C'est vrai que cette partie III est d'inspiration libérale ; mais il y a des gardes-fous, et tu n'en parles pas. - Enfin, sur l'Otan, n'as-tu donc pas lu le post J-9 sur les mensonges d'Attac ? Si la politique de défense de l'Union doit être compatible avec celle de l'Otan, c'est parce que cette politique de l'Union "n'affecte pas la politique spécifique de certains Etats membres (...) qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l'Otan." Le jour où les Etats membres lâcheront l'Otan, peut-être sera-t-il temps de parler de politique de défense européenne autonome... Pour l'instant, ils n'en prennent pas le chemin et, en France, cette question peut en effet faire l'objet d'un débat national. Est-ce une raison pour empêcher l'UE de se doter d'une défense commune ? Franchement, je ne le crois pas.

De Damien, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Sandor, Merci pour ta réponse, claire et documentée. En revanche, ton coup de griffes sur les Roms est déplacé: après avoir appelé à la modération ce week-end, voilà que tu cèdes à quelques facilités... Alors que dans mon mail (publié par tes soins il y a quelques jours sur ton blog), je disais, en substance, que je craignais évidemment pour le modèle social français mais aussi pour les autres pays: l'Europe proposée, celle qu'on demande de constitutionnaliser dimanche, ne permettra pas, je le crains, de tirer les normes sociales vers le haut (mais peut-être que tu t'en fous, les prolos, c'est loin de toi ?! Pardon... je me laisse aller...) et de faire des Polonais (encore une fois, c'est le pays vedette de la campagne) nos sous-traitants, avec des emplois et des vies que je ne souhaite à personne. Et c'est pourquoi je vote NON. Pour le reste... Sur les SIEG: les "services publics" contribuent à la cohésion territoriale et sociale et sont financés par les pouvoirs publics. Effectivement, les SIEG peuvent être mis en place lorsque le marché le permet. Et à condition de respecter la règle de la concurrence et de la rentabilité. Je suis navré mais un service public n'a pas à être rentable. Le marchandiser, c'est signer, à mon avis, l'arrêt de mort de la cohésion territoriale et sociale: les postes, les gares, les lignes de chemin de fer... qui ne rapportent pas un centime d'euro vont forcément passer à l'as. Et avec eux les usagers... Pardon, les clients. La Charte: les partisans du OUI la présentent comme une grande innovation. Je le redis: elle reprend celle proclamée à Nice en décembre 2000. Il s'agit de rendre les droits fondamentaux en vigueur dans l'UE "visibles aux yeux des citoyens". Elle ne proclame donc rien de nouveau mais rappelle des droits respectés par l’Union. C'est pas mal, c'est vrai, et il fallait l'écrire noir sur blanc. "Accessoirement", elle introduit aussi une bonne dose de moins-disant social: outre "le droit de travailler", on trouve le droit de grève "pour les travailleurs et les employeurs" (!), ce qui, pardonne-moi, ouvre la voie au lock-out, inexistant en droit français. Autre exemple, concernant l'environnement et la santé (et les deux sont liés), la Charte ne donne à l'UE aucune obligation de résultats mais simplement de moyens, dans la limite de ses compétences... Un peu light, je trouve. La Défense: nul doute que Washington a co-rédigé certaines parties du TCE: ainsi, l'article III-309 explique que parmi les missions de sécurité et de défense de l'UE figure la possibilité de "contribuer à la lutte contre le terrorisme, y compris par le soutien apporté à des pays tiers pour combattre le terrorisme sur leur territoire". No comment. Et l'Otan n'est pas une organisation "européenne": le Canada et les Etats-Unis sont sur un autre continent et l’Islande, la Norvège et la Turquie ne sont pas membres de l’UE. Quant à l’Autriche, Chypre, la Finlande, l’Irlande, Malte et la Suède, ils sont membres de l’UE, mais hors Otan. Cohérence, cohérence... Je suis évidemment favorable à une défense européenne autonome. Mais encore faut-il avoir la volonté politique de la construire. Cordialement, Damien

De Sandor, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Damien,
Merci à toi, une fois de plus, pour la solidité et la cohérence de tes arguments, ainsi que pour la courtoisie de leur formulation (oui, c'est vrai, sur les Roms, je me suis un peu emballé, désolé). Mais, sur le fond : - Les Roms, justement, font partie des minorités discriminées de l'Union, et les droits promulgués par la Charte sont souvent bafoués à leur égard par les Etats membres dont ils sont ressortissants. Je pense que cette Charte est une bonne chose pour eux, car l'Union pourra contraindre ces Etats à respêcter l'égalité en droits à leur égard. C'est bien, je pense que tu en es d'accord et, après ta tirade sur "les Polonais lie sociale de l'Europe" (J-6) justement, je m'étonnais que ce "détail" (8 millions de Roms dans l'UE, tout de même) t'échappe. Peu importe, nous sommes d'accord sur le fond : cette Charte ne retire aucun droit garanti par chacun des Etats membres, elle apporte peu de choses dans les Etats de droit consolidés comme la France (quoique, cf. mon post J-25 sur Nicolas Clotz et Amnesty), mais beaucoup dans les Etats où la démocratie est plus récente ou plus fragile. Elle constitue donc globalement un progrès. - Les Polonais : ton point de vue me semble aller à l'encontre de la logique de l'intégration européenne jusqu'à présent : depuis 1986, les Portugais sont-ils devenus nos sous-traitants paupérisés ? Non, bien sûr, c'est le contraire qui s'est passé. Parce que l'UE (avec des règles économiques similaires) a proposé au Portugal un horizon économique et politique de sortie de la dictature protectionniste, on a réussi à sortir de la caricature du Portugais maçon-femme de ménage, et le Portugal est aujourd'hui considéré en France comme un pays à peu près "égal" en termes de développement. Pourquoi n'en serait-il pas de même avec le plombier polonais ? (j'avoue que c'est là, à mon sens, la grande faiblesse de ton argumentation) - Sur les "prolos"... Je sais pas, prenons l'exemple des revenus mensuels par exemple. Si tu veux, on compare, et on regarde qui en est le plus "éloigné" (bon, pardon, c'est un peu polémique mais voilà, je sais aussi de quoi je parle, je ne suis pas un privilégié économiquement). - Sur les SIEG : il y a là un mythe français. Nul part il n'est écrit en droit français que les "services publics" doivent être financés par le public. Comme tu le sais, il doivent juste répondre à trois obligations : égalité pour tous, continuité, adaptabilité. Si le privé assure ces trois obligations (et c'est ce qui se passe en France pour l'eau, de nombreux transports urbains, etc.) sous le contrôle d'une puissance publique délégatrice, le citoyen n'est pas floué. Donc pas besoin de dogmatisme en la matière. Mais peu importe : oui, les politiques euorpéennes sont libérales en matière de SIEG. Seulement voilà : LE TCE N'Y CHANGE RIEN. Ce n'est pas en le rejetant qu'on y changera quelque chose. Du moins pas directement. - Sur le terrorisme : tu as raison : article faible, très circonstancié. Mais bon, l'Europe est également touchée (notamment l'Espagne) et cet article ne me semble pas choquant en soi. Surtout, il n'oblige à rien. - Sur l'Otan : je n'ai pas écrit que c'est une organisation "européenne". J'ai écrit que, comme le TCE le stipule, la politique de défense de l'UE doit être compatible avec celle des Etats membres qui estiment que leur sécurité est assurée dans le cadre de l'Otan. C'est la moindre des choses, non ? On ne peut pas demander à un Etat membre de signer deux traités contradictoires. Le jour où les Etats membres concernés (dont la France) estimeront que leur sécurité est mieux assurée dans le cadre de l'UE, ils quitteront l'Otan. Mais d'ici là, bien sûr, il faut construire cette défense de l'UE. Ce ne sera surement pas, Damien, en votant Non au premier traité qui en envisage la possibilité depuis 50 ans, qu'on y parviendra.

De Lorem ipsum, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Très juste auguste. Et la suite logique : on aura tous une bonne raison de ne pas voter un prochain texte, improbable, qui ne prendra pas en compte toutes nos bonnes raisons de voter non aujourd'hui. Donc Oui pour moi, et merci à vous.

De Demo Stain, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Tu agites les bras en tous sens sandor et pourquoi pas y aller de l'amalgame entre la gauche du non et de villiers, allons y, sandor c'est sarkozy. celle là personne ne te l'a faite alors laisse tomber tes tactiques à la poivre d'arvor (un amalgame, et hop) le fait de dire que les autres ont "tort" de manière systématique et répétée et d'en rajouter dans les qualificatifs du genre "immonde" te décrédibilise totalement.

De Sandor, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Bah non, l'argument d'Attac sur Anna, c'est immonde, je l'ai dit et je le répète. Il y a des partisans du Non que je respecte, je l'ai déjà dit (J-13, J-6) et je le répète. Bats-toi sur des arguments, DS, stp.

De Damien, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
De Villiers, grand vainqueur médiatique à droite, c’est l’évidence. La chose n’est pas très étonnante avec un champ médiatique largement acquis à la cause du OUI et pour qui « le NON le plus NON » est forcément à droite. La une du Monde du jeudi 26 mai sur la "convergence des non" pourrait faire rire si elle n’était aussi révélatrice... A ce propos, pourquoi ne dit-on rien des alliances du OUI ? Une partie de la gauche (la « moderne »...) dit quand même OUI avec Sarkozy, chantre d’une droite dure et "décomplexée" et qui est en train, tranquillement, de normaliser une ligne politique "de restauration". Mais je suis bête : vouloir donner un « signal fort », (suivant l’expression consacrée dans les rédactions) au gouvernants sur le mode : « vous nous demandez notre avis, eh bien ! nous ne voulons pas de ce que vous avez décidé pour nous », c’est pas bien. Demander au gens de voter et crier au loup lorsqu’ils menacent de ne pas mettre le bon bulletin dans l’urne, c’est un peu gonflé... Mais il est aussi vrai que « quoi qu’il arrive, rien ne va changer »... Référendum sans enjeu, alors ? Pas si sûr. Lisez donc ce qui suit. Sur le traité en lui-même, plusieurs choses : - la « Charte des droits fondamentaux » : en gros, la partie II, proclamée à Nice en 2002. Très peu contraignante, elle ne reconnaît ni le droit d’obtenir un travail (mais « la liberté de chercher un emploi »), ni le droit au logement, ni le droit à un revenu minimum, ni le droit à l’égalité salariale, ni le droit à une pension de retraite, ni le droit au divorce, ni même celui à la contraception ou à l‘avortement... On se demande ce qu’elle apporte de nouveau... Ah ! Je sais ! Le droit de pétition !!! Plus sérieusement, j’ajouterais, pour finir sur la Charte, qu’elle est limitée, entre autres choses, par quatre libertés, manifestement plus fondamentales : circulation des capitaux, des marchandises, des services et des personnes. - la défense et l’Otan : le TCE fait clairement dépendre la politique de sécurité européenne du feu vert des Etats-Unis par le truchement de l’Otan. L’Organisation est téléguidée depuis Washington et la politique de l’Union doit être « compatible » avec celle de l’Otan. Par ailleurs, tous les Etats membres « s’engagent à améliorer [...] leurs capacités militaires ». Avec le Pacte de stabilité, l’interdiction des déficits et l’orthodoxie budgétaire, on voit où va l’argent... - les services publics : le TCE les nomme « services d’intérêt économique général ». Ils sont soumis aux règles de la concurrence et le TCE leur interdit toute aide publique au nom de la « concurrence libre et non faussée ». D’autre part, les « Etats membres s’efforcent de procéder à la libéralisation des services au-delà de la mesure qui est obligatoire » (article II-148). Bon, là, je suis crevé, je vais me reposer un peu... Pardon d’avoir été un peu long mais Bruxelles mérite bien, quand même, un dernier coup rien.

De Demo Stain, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Sandor va nous balayer tout ça vite fait bien fait tu vas voir...

De Sandor, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Damien,
Je ne crie pas au loup, je ne balaie rien (en tout cas, pas ici), je te réponds.
- la Charte : pardon de me répéter, mais elle apporte l'égalité professionnelle hommes-femmes (art. II-83, alors que le Parlement français en est encore à légiférer à ce sujet), le droit à la protection sociale (II-94), à une justice équitable (II-107), etc. (voir commentaires de posts précédents, je ne sais plus où j'ai déjà écrit cela) ; elle interdit la peine de mort ; elle apporte une garantie que l'UE veillera de façon juridiquement contraignante à ces valeurs là où elles sont potentiellement bafouées (je pense, par exemple, que les minorités Roms discriminées à tous égards dans les Etats membres d'Europe centrale en feront bon usage ; mais peut-être tu t'en fous des Roms, après tout, c'est trop loin de la France, ce qui compte, c'est les services publics, hein ?). - Eh bah justement, parlons-en des services publics. Depuis la conférence de Messine de 1955 (préparatoire au Traité de Rome l'année suivante), on les appelle les services d'intérêt économique général (en fait, c'est un peu plus compliqué et d'ailleurs tu le sais, mais passons, en tout cas on ne les appelle pas "services publics" en terminologie européenne). Et puis dans ta citation (III-148), tu oublies la fin de l'article : "libéralisation des services (...) SI LEUR SITUATION ECONOMIQUE GENERALE ET LA SITUATION DU SECTEUR INTERESSE LE LEUR PERMET" Alors, Damien, mensonge par omission ou idéologie malhonnête ? C'est vrai que cette partie III est d'inspiration libérale ; mais il y a des gardes-fous, et tu n'en parles pas. - Enfin, sur l'Otan, n'as-tu donc pas lu le post J-9 sur les mensonges d'Attac ? Si la politique de défense de l'Union doit être compatible avec celle de l'Otan, c'est parce que cette politique de l'Union "n'affecte pas la politique spécifique de certains Etats membres (...) qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l'Otan." Le jour où les Etats membres lâcheront l'Otan, peut-être sera-t-il temps de parler de politique de défense européenne autonome... Pour l'instant, ils n'en prennent pas le chemin et, en France, cette question peut en effet faire l'objet d'un débat national. Est-ce une raison pour empêcher l'UE de se doter d'une défense commune ? Franchement, je ne le crois pas.

De Damien, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Sandor, Merci pour ta réponse, claire et documentée. En revanche, ton coup de griffes sur les Roms est déplacé: après avoir appelé à la modération ce week-end, voilà que tu cèdes à quelques facilités... Alors que dans mon mail (publié par tes soins il y a quelques jours sur ton blog), je disais, en substance, que je craignais évidemment pour le modèle social français mais aussi pour les autres pays: l'Europe proposée, celle qu'on demande de constitutionnaliser dimanche, ne permettra pas, je le crains, de tirer les normes sociales vers le haut (mais peut-être que tu t'en fous, les prolos, c'est loin de toi ?! Pardon... je me laisse aller...) et de faire des Polonais (encore une fois, c'est le pays vedette de la campagne) nos sous-traitants, avec des emplois et des vies que je ne souhaite à personne. Et c'est pourquoi je vote NON. Pour le reste... Sur les SIEG: les "services publics" contribuent à la cohésion territoriale et sociale et sont financés par les pouvoirs publics. Effectivement, les SIEG peuvent être mis en place lorsque le marché le permet. Et à condition de respecter la règle de la concurrence et de la rentabilité. Je suis navré mais un service public n'a pas à être rentable. Le marchandiser, c'est signer, à mon avis, l'arrêt de mort de la cohésion territoriale et sociale: les postes, les gares, les lignes de chemin de fer... qui ne rapportent pas un centime d'euro vont forcément passer à l'as. Et avec eux les usagers... Pardon, les clients. La Charte: les partisans du OUI la présentent comme une grande innovation. Je le redis: elle reprend celle proclamée à Nice en décembre 2000. Il s'agit de rendre les droits fondamentaux en vigueur dans l'UE "visibles aux yeux des citoyens". Elle ne proclame donc rien de nouveau mais rappelle des droits respectés par l’Union. C'est pas mal, c'est vrai, et il fallait l'écrire noir sur blanc. "Accessoirement", elle introduit aussi une bonne dose de moins-disant social: outre "le droit de travailler", on trouve le droit de grève "pour les travailleurs et les employeurs" (!), ce qui, pardonne-moi, ouvre la voie au lock-out, inexistant en droit français. Autre exemple, concernant l'environnement et la santé (et les deux sont liés), la Charte ne donne à l'UE aucune obligation de résultats mais simplement de moyens, dans la limite de ses compétences... Un peu light, je trouve. La Défense: nul doute que Washington a co-rédigé certaines parties du TCE: ainsi, l'article III-309 explique que parmi les missions de sécurité et de défense de l'UE figure la possibilité de "contribuer à la lutte contre le terrorisme, y compris par le soutien apporté à des pays tiers pour combattre le terrorisme sur leur territoire". No comment. Et l'Otan n'est pas une organisation "européenne": le Canada et les Etats-Unis sont sur un autre continent et l’Islande, la Norvège et la Turquie ne sont pas membres de l’UE. Quant à l’Autriche, Chypre, la Finlande, l’Irlande, Malte et la Suède, ils sont membres de l’UE, mais hors Otan. Cohérence, cohérence... Je suis évidemment favorable à une défense européenne autonome. Mais encore faut-il avoir la volonté politique de la construire. Cordialement, Damien

De Sandor, posté le 23.08.06 à 09:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Damien,
Merci à toi, une fois de plus, pour la solidité et la cohérence de tes arguments, ainsi que pour la courtoisie de leur formulation (oui, c'est vrai, sur les Roms, je me suis un peu emballé, désolé). Mais, sur le fond : - Les Roms, justement, font partie des minorités discriminées de l'Union, et les droits promulgués par la Charte sont souvent bafoués à leur égard par les Etats membres dont ils sont ressortissants. Je pense que cette Charte est une bonne chose pour eux, car l'Union pourra contraindre ces Etats à respêcter l'égalité en droits à leur égard. C'est bien, je pense que tu en es d'accord et, après ta tirade sur "les Polonais lie sociale de l'Europe" (J-6) justement, je m'étonnais que ce "détail" (8 millions de Roms dans l'UE, tout de même) t'échappe. Peu importe, nous sommes d'accord sur le fond : cette Charte ne retire aucun droit garanti par chacun des Etats membres, elle apporte peu de choses dans les Etats de droit consolidés comme la France (quoique, cf. mon post J-25 sur Nicolas Clotz et Amnesty), mais beaucoup dans les Etats où la démocratie est plus récente ou plus fragile. Elle constitue donc globalement un progrès. - Les Polonais : ton point de vue me semble aller à l'encontre de la logique de l'intégration européenne jusqu'à présent : depuis 1986, les Portugais sont-ils devenus nos sous-traitants paupérisés ? Non, bien sûr, c'est le contraire qui s'est passé. Parce que l'UE (avec des règles économiques similaires) a proposé au Portugal un horizon économique et politique de sortie de la dictature protectionniste, on a réussi à sortir de la caricature du Portugais maçon-femme de ménage, et le Portugal est aujourd'hui considéré en France comme un pays à peu près "égal" en termes de développement. Pourquoi n'en serait-il pas de même avec le plombier polonais ? (j'avoue que c'est là, à mon sens, la grande faiblesse de ton argumentation) - Sur les "prolos"... Je sais pas, prenons l'exemple des revenus mensuels par exemple. Si tu veux, on compare, et on regarde qui en est le plus "éloigné" (bon, pardon, c'est un peu polémique mais voilà, je sais aussi de quoi je parle, je ne suis pas un privilégié économiquement). - Sur les SIEG : il y a là un mythe français. Nul part il n'est écrit en droit français que les "services publics" doivent être financés par le public. Comme tu le sais, il doivent juste répondre à trois obligations : égalité pour tous, continuité, adaptabilité. Si le privé assure ces trois obligations (et c'est ce qui se passe en France pour l'eau, de nombreux transports urbains, etc.) sous le contrôle d'une puissance publique délégatrice, le citoyen n'est pas floué. Donc pas besoin de dogmatisme en la matière. Mais peu importe : oui, les politiques euorpéennes sont libérales en matière de SIEG. Seulement voilà : LE TCE N'Y CHANGE RIEN. Ce n'est pas en le rejetant qu'on y changera quelque chose. Du moins pas directement. - Sur le terrorisme : tu as raison : article faible, très circonstancié. Mais bon, l'Europe est également touchée (notamment l'Espagne) et cet article ne me semble pas choquant en soi. Surtout, il n'oblige à rien. - Sur l'Otan : je n'ai pas écrit que c'est une organisation "européenne". J'ai écrit que, comme le TCE le stipule, la politique de défense de l'UE doit être compatible avec celle des Etats membres qui estiment que leur sécurité est assurée dans le cadre de l'Otan. C'est la moindre des choses, non ? On ne peut pas demander à un Etat membre de signer deux traités contradictoires. Le jour où les Etats membres concernés (dont la France) estimeront que leur sécurité est mieux assurée dans le cadre de l'UE, ils quitteront l'Otan. Mais d'ici là, bien sûr, il faut construire cette défense de l'UE. Ce ne sera surement pas, Damien, en votant Non au premier traité qui en envisage la possibilité depuis 50 ans, qu'on y parviendra.

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