Daniel Cohn-Bendit, France 2, 7h40 ce matin, interview par Françoise Laborde (propos choisis) :"Aujourd'hui, le non pourrait l'emporter. Cela vous rend-il triste ?
Oui, je suis triste parce que tous ceux qui se sont battus pour approfondir l'Europe, pour la faire plus sociale, ont obtenu quelque chose avec ce traité.
Vous êtes en train de dire que si le non l'emportait, la France ne serait pas en position d'avoir quelque chose de mieux que ce traité constitutionnel ?
La probabilité que la droite allemande revienne au pouvoir en septembre, c'est 80 %. C'est cette droite allemande qui va renégocier, qui dit que le chancelier Schröder ne va pas assez loin dans les dérégulations, que Schröder veut un salaire minimum, et qu'on lance ce minimum dans toute l'Europe et qu'eux n'en veulent pas. Et que, une fois élus, ils renégocieront ? M. Fabius, quand il était ministre de l'Economie et des Finances, qu'a-t-il fait en Europe pour rendre l'Europe plus sociale ?! Il savait, il avait un cap ! M. Lafontaine, par exemple, en Allemagne, a démissionné ! Il a dit : je ne peux pas, je m'en vais ! Tous ces ministres qui disent non aujourd'hui , quand ils étaient ministres, ont dit oui au traité de Nice, nous font du cinéma sur le libéralisme.
Vous voulez dire que, dans la Constitution, il y a la possibilité pour chaque gouvernement, demain, de refuser une politique qui ne lui conviendrait pas ?
Surtout, pour le Parlement européen, le lieu où se fait l'Europe. Avec cette Constitution, ce n'est plus simplement les gouvernements, c'est le Parlement européen qui est colégislateur. Et là, il y a les possibilités d'arriver à plus d'Europe sociale. C'est le seul moyen. Un camarade, responsable docker de la CGT à Saint-Nazaire, m'a dit : "il y a une chose que tu dois dire Dany aux Français : moi, quand je me bats en tant que syndicaliste, j'aime mieux avoir une moitié de quelque chose que le tout de rien". Je dis si aujourd'hui on a cette Constitution, on a quelque chose ; si on a un non, on n'a rien.
Vous savez, on nous dit que l'Europe est libérale ; les deux tiers du budget européen, c'est quoi ? C'est la Politique agricole commune : 47% du budget ; c'est mal fait, c'est vrai... C'est pour permettre de soutenir les prix agricoles... L'autre 25 %, c'est quoi ? Ce sont les fonds de cohésion, les subventions pour les régions qui vont mal... Moi, je suis triste, parce que... Pensez un peu aux gens qui, dans le monde, veulent que l'Europe ait un poids, parce qu'ils ne veulent pas que ce soit les Américains qui décident tout.
D'ailleurs, on voit la presse anglaise qui se réjouit à l'idée que le non pourrait l'emporter en France. Ils disent : "Formidable ! On va être leaders demain en Europe"... Il y a un article fantastique le Daily Telegraph : "Avec cette Constitution, on risque de ne plus pouvoir, nous, Anglais, unilatéralement, faire des interventions militaires comme on l'a fait avec les Américains". Le Times fait un éditorial "Pourquoi on dit "oui" au "non" français" ?" Parce qu'il va nous débarasser de ces fadaises sociales de la Constitution, de ce fait que l'on veut faire de l'Europe une puissance civile". Eh bien, moi, je dis que pour les droits de l'homme, parce que le Parlement européen était le seul à critiquer Poutine sur la Tchétchénie, parce que le Parlement européen a été le seul à dire, contre Chirac, contre Schröder, non à la levée de l'embargo sur les armes de la Chine.
Vous dites que l'on paie des années d'indifférence à l'Europe ; est-ce que l'on ne paie pas, aussi, le fait que l' s'est élargie sans que les peuples en aient vraiment conscience ?
C'est possible. Mais alors, les peuples qui se sont libérés du communisme, quand j'entends des responsables communistes qui ont toujours dit "non" à l'Europe, qui ont dit "non" aux Espagnols, aux Grecs, et aux Portugais qui s'étaient libérés du fascisme. Le Parti communiste, à l'époque, a dit "non" à cet élargissement... Le plombier polonais, pourquoi est-il dans cette situation ? Parce qu'il avait quarante ans, cinquante ans d'économie planifiée, de communisme. Alors, aujourd'hui... Il faut dire aux gens que ce Traité va les protéger, parce qu'il va rééquilibrer socialement. De toute façon, même si on vote "non" à la Constitution, le plombier polonais reste dans l'Europe. De toute façon, si on vote "non", les délocalisations restent... Ce n'est pas la "cata" si on vote "non", mais c'est une catastrophe face à ce qui serait possible. Si on dit que le monde tel qu'il est aujourd'hui va bien, ce n'est pas une catastrophe. Mais on reste dans une Europe libérale... C'est-à-dire que l'on perd les avancées et on ne gagnera rien."
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Ce sera chose simple. Il suffit de te reporter aux articles I-3 (objectifs de l'Union), I-15 (coordination des politiques de l'emploi), I-48 (instauration d'un sommet tripartite pour la croissance et l'emploi), II-83 (principe de l'égalité des hommes et des femmes devant l'emploi), II-92 (protection des jeunes au travail), II-94 (droit à une aide sociale et à une aide au logement pour les personnes qui ne disposent pas de ressources suffisantes), etc., etc. Autant de dispositions qui n'existent pas dans les traités actuels qui, je le répète, RESTERONT EN VIGUEUR si le Non l'emporte en France (le reste n'est que conjectures très improbables, comme le souligne Dany).
Alors, nOOn, je t'ai convaincu ? Tu votes Oui ?
- "Il me parait très difficile d’etre constructif alors qu’il s’agit avec ce TCE d’entériner la destruction de nos acquis." Oui, je comprends, on peut le voir comme ça. mais je pense que la "défense des acquis", c'est la gauche du passé, celle qui estime que garantir à un homme d'être attaché à une machine industrielle pendant 45 ans tout en lui assurant 5 semaines de congés payés, c'est bien. La gauche moderne, à mon sens, c'est celle qui se bat pour un projet qui assure à chacun une formation (professionnelle, mais pas que) tout au long de sa vie, qui favorise sa mobilité professionnelle, pour qui le congé s'entend non comme une courte période de divertissement mais comme une période plus longue de formation, de réflexion, de "progrès" vers soi. Bref, une gauche pour une société qui essaie de sortir des contingences matérielles, dans une économie qui s'oriente de plus en plus vers des produits à forte valeur ajoutée (car, pour la production de T-Shirts, les Chinois seront plus compétitifs que les Européens pour quelques décennies encore, et après les Chinois il y aura d'autres peuples, et tant mieux). Donc, voilà, la flexibilité du travail ne me fait pas peur en soi, mais c'est vrai que la gauche française, souvent libérale ou bien régressive, n'a pas fait grand-chose pour éviter la casse sociale que cette flexibilité induit, et encore moins donné aux travailleurs un projet d'avenir pour l'affronter. Ceci dit, une fois de plus, le "libéralisme" est dans des textes qui sont ratifiés sous forme de traités, et qui le resteront même après un Non. En revanche, les avancées démocratiques, l'Europe puissance, ça c'est maintenant ou... peut-être jamais, nul ne peut le dire aujourd'hui. - "Si ces pourris sont pour je suis contre." On l'a déjà dit, l'argument est tout de même largement réversible, en pire.
Alors, DS ? ...
Ce sera chose simple. Il suffit de te reporter aux articles I-3 (objectifs de l'Union), I-15 (coordination des politiques de l'emploi), I-48 (instauration d'un sommet tripartite pour la croissance et l'emploi), II-83 (principe de l'égalité des hommes et des femmes devant l'emploi), II-92 (protection des jeunes au travail), II-94 (droit à une aide sociale et à une aide au logement pour les personnes qui ne disposent pas de ressources suffisantes), etc., etc. Autant de dispositions qui n'existent pas dans les traités actuels qui, je le répète, RESTERONT EN VIGUEUR si le Non l'emporte en France (le reste n'est que conjectures très improbables, comme le souligne Dany).
Alors, nOOn, je t'ai convaincu ? Tu votes Oui ?
- "Il me parait très difficile d’etre constructif alors qu’il s’agit avec ce TCE d’entériner la destruction de nos acquis." Oui, je comprends, on peut le voir comme ça. mais je pense que la "défense des acquis", c'est la gauche du passé, celle qui estime que garantir à un homme d'être attaché à une machine industrielle pendant 45 ans tout en lui assurant 5 semaines de congés payés, c'est bien. La gauche moderne, à mon sens, c'est celle qui se bat pour un projet qui assure à chacun une formation (professionnelle, mais pas que) tout au long de sa vie, qui favorise sa mobilité professionnelle, pour qui le congé s'entend non comme une courte période de divertissement mais comme une période plus longue de formation, de réflexion, de "progrès" vers soi. Bref, une gauche pour une société qui essaie de sortir des contingences matérielles, dans une économie qui s'oriente de plus en plus vers des produits à forte valeur ajoutée (car, pour la production de T-Shirts, les Chinois seront plus compétitifs que les Européens pour quelques décennies encore, et après les Chinois il y aura d'autres peuples, et tant mieux). Donc, voilà, la flexibilité du travail ne me fait pas peur en soi, mais c'est vrai que la gauche française, souvent libérale ou bien régressive, n'a pas fait grand-chose pour éviter la casse sociale que cette flexibilité induit, et encore moins donné aux travailleurs un projet d'avenir pour l'affronter. Ceci dit, une fois de plus, le "libéralisme" est dans des textes qui sont ratifiés sous forme de traités, et qui le resteront même après un Non. En revanche, les avancées démocratiques, l'Europe puissance, ça c'est maintenant ou... peut-être jamais, nul ne peut le dire aujourd'hui. - "Si ces pourris sont pour je suis contre." On l'a déjà dit, l'argument est tout de même largement réversible, en pire.
Alors, DS ? ...
C'est marrant, justement, car je tombe sur ce blog deux ans apres, et pour le plan B...on l'attend toujours.
Ce n'est pas faute d'avoir eut le temps de constituer des "alternatives" avec tous les tenants du non ( Devilliers ? Arlette ? Le pen ? Fabius ? ).