J-19 : Philippe Herzog, un homme de gauche C'est un texte qui est passé un peu inaperçu parce que bon, à l'époque (nous sommes alors à la mi-décembre 2004), le débat sur le TCE ne battait pas encore son plein et les partisans du Oui et du Non ne s'étaient pas encore envoyés les pires insultes à la tronche.Moi, ça me ramène en fait plus de quinze ans en arrière. J'étais tout minot, 15 ans à peine, je m'intéressais déjà à la politique et je voyais débarquer sur les écrans la bouille ronde de Philippe Herzog, qui menait alors la liste communiste aux élections européennes de 1989. Faut dire, j'étais un peu surpris. D'abord, il avait l'air intelligent, ce qui détonnait singulièrement avec ses prédécesseurs André Lajoinie et Georges Marchais. Et puis aussi, je l'aimais bien. Pourtant, moi, j'aimais pas beaucoup le Parti communiste. Pas seulement parce que mes parents l'aimaient pas (ils étaient de centre droit), mais surtout parce que j'avais jamais bien compris pourquoi, dans la petite ville de banlieue où je passais mon enfance, comme dans une centaine de villes en France, le PCF avait cru nécessaire de gruger les éléctions six ans plus tôt. En tout cas, ce soir-là, Philippe Herzog parlait, et j'étais déjà impressionné. Peut-être, ce que j'aimais le plus chez lui, c'était qu'il ne se plaignait pas. Il parlait de lutte, de justice sociale à conquérir, mais ce n'était pas la faute des autres. C'était aux hommes et aux femmes, disait-il, de prendre leur destin en mains, de faire de la politique, d'investir l'Europe aussi, "notre avenir", de faire l'effort de comprendre ce qu'est le Parlement européen pour voir comment ils pourraient y faire valoir leurs intérêts et ce qu'ils estiment être une cause juste. Je me souviens m'être dit : "Putain, il parle bien". Même ma maman (qui n'aimait pas du tout le Parti communiste, donc) était d'accord. Depuis, j'ai suivi Philippe Herzog de loin en loin. Je le revoyais apparaître à la télé, dans un journal parfois, je le trouvais toujours bien, ce mec, mais je n'y prêtais guère plus d'attention. Et puis, un jour, un ami m'a envoyé ce texte, donc. Tout de suite, une chose m'a frappé. Philippe Herzog n'avait rien perdu de son idéal européen, au sens large du terme, appelant de ses voeux la "formation d'une conscience commune et d'une union politique d'États et de peuples à l'échelle continentale. Plusieurs facteurs y poussent. Économiques et géopolitiques : une grande Europe (y compris avec la Turquie) aura la bonne taille pour affronter les défis de la mondialisation. Culturels : tous ceux qui ont une histoire européenne aspirent à en être et leur choix participe d'un mouvement démocratique d'Ouest en Est." Deuxièmement, il gardait le cap résolument à gauche, ce qui signifie à mon sens tourné vers le progrès social ET vers l'avenir : "La société française a besoin d'un profond renouvellement de son modèle social. Or beaucoup cultivent les peurs et flattent les comportements de défense systématique d'un régime fondé il y a soixante ans. Le droit du travail repose sur la protection dans l'emploi du salarié subordonné : à quand un projet pour une montée générale en qualifications et coresponsabilités de gestion ? Pour cette mobilité, chacun doit pouvoir prendre appui sur une protection sociale et un service public rénovés (...) La participation des salariés et des citoyens à la stratégie et à la gestion sera le moteur indispensable de cette refondation". Il en tirait ensuite les conséquences pour appeler à un profond renouvellement des forces de gauche (critiquant par ailleurs fortement le blairisme) : "Certains disent que l'adoption de la constitution serait la mort du socialisme en France : commençons donc par renouveler le socialisme, car en l'état, il n'est pas à même d'œuvrer à une société des Européens et à une société monde." La conclusion venait enfin, dénotant la constance de Philippe Herzog pour une éthique de l'engagement et de la responsabilité : "On peut d'autant plus douter que le non conduirait à une crise rédemptrice, qu'il repose sur l'ignorance du travail à accomplir. La construction de l'Europe n'échappe pas à la France, c'est l'implication des Français, trop faible, qui n'est pas au niveau du besoin d'Europe." J'en sortais tout admiratif, surpris également d'avoir eu accès à ce texte (que je vous invite vraiment à lire dans son intégralité) dans un journal aussi partisan que l'Humanité. Commentaires
De joey, posté le 23.08.06 à 09:02
![]() Très émouvante tranche de vie, Sandor. Quelques précisions tout de même : Philippe Herzog n'est plus membre du parti communiste depuis quelques années, il collabore (le mot n'est pas trop fort) à la chronique économique du très gauchiste Figaro, et est membre du non moins gauchiste Conseil d'Analyse Economique auprès du Premier ministre. Il n'a pas l'air de tenir tout particulièrement à son étiquette d'homme de gauche. "à quand un projet pour une montée générale en qualifications et coresponsabilités de gestion ? Pour cette mobilité, chacun doit pouvoir prendre appui sur une protection sociale et un service public rénovés (...) La participation des salariés et des citoyens à la stratégie et à la gestion sera le moteur indispensable de cette refondation". Et ce sont les partisans du non les utopistes ? Cela dit, la proposition est séduisante, mais je ne vois pas en quoi cette thèse est validée par la COnstitution européenne. "une grande Europe (y compris avec la Turquie) aura la bonne taille pour affronter les défis de la mondialisation. Culturels : tous ceux qui ont une histoire européenne aspirent à en être et leur choix participe d’un mouvement démocratique d’Ouest en Est." Tout à fait d'accord, mais là non plus ça ne fait pas réellement avancer le débat. Voter non ne fera pas exploser l'europe. En revanche, en votant un tel traité, tous ceux qui souhaitent que l'Union Européenne s'en tienne à un grand marché dérégulé se satisfont du traité. Les Madelin et consorts ont tout à espérer d'un traité qui n'accorde que peu de place au politique et beaucoup à l'économique et cela pour une grande durée. Voter ce traité, ce n'est absolument pas relever un défi culturel, mais bien circonscrire l'influence de l'Europe au seul champ économique (avec les conséquences sociale qu'on imagine). Concernant les vilains partisans du non qui ne font rien qu'à répandre la peur dans nos villes et nos campagnes, je ne vois pas en quoi elle serait mauvaise conseillère, dans la mesure où elle est motivée par des éléments objectifs (ce qui ne veut pas dire que c'est toujours le cas). Philippe Herzog dit des choses très intéressantes et m'a semblé plus djeuns que Marchais et Lajoignie à l'époque, mais ne m'a pas procuré les mêmes émois qu'à toi tout de même. De Sandor, posté le 23.08.06 à 09:02 ![]() Joey, je te le dis sans ironie, merci pour ta lecture attentive. Pour te répondre sur quelques points : - "Philippe Herzog n’est plus membre du parti communiste ". Oui, je sais, il l'a quitté en 1996, comme indiqué dans le lien qui figure déjà dans mon post (sur "Philippe Herzog" exactement). Il est bien sûr membre du Conseil d'analyse économique et sociale du Premier ministre, mais je ne sais pas quand il y a été nommé, sans doute sous Jospin, c'est une institution consultative qui regroupe des gens de gauche et de droite, comme le veut la démocratie, et à laquelle appartiennent également des économistes comme Charles Wyplosz, Daniel Cohen ou Jean-Paul Fitoussi (tu seras d'accord avec moi qu'il ne s'agit pas de dangereux droitiers). Enfin, lorsque Philippe Herzog a quitté le Parlement européen en 2001 (je crois), il appartenait encore au groupe Gauche unitaire européenne, présidé par un communiste et dans lequel siégeait Arlette Laguiller il y a encore un an. Certes, il émarge au Figaro mais également à l'Huma. Bref, difficile de faire à la fois démocratique et plus à gauche, tout de même... - "à quand un projet pour une montée générale en qualifications et coresponsabilités de gestion ?" Cette thèse n'est pas validée par le TCE, et d'ailleurs je n'ai pas écrit cela, je me contente comme toi de la trouver très "séduisante" en effet. Peut-être trouverons-nous là, Joey, un terrain de combat commun. - "Voter ce traité, ce n’est absolument pas relever un défi culturel, mais bien circonscrire l’influence de l’Europe au seul champ économique (avec les conséquences sociale qu’on imagine)." Non, ce n'est pas mon avis, je ne pense pas avoir à te rappeler que pour la première fois, grâce au TCE, certains aspects de la "politique sociale", ainsi que la "cohésion économique, sociale et territoriale" font partie des compétences partagées de l'Union européenne (art. I-14.2 ; avant, le social était un domaine réservé des Etats membres). La question, maintenant, c'est : est-ce qu'on rejette cela parce qu'on veut mieux (mais quand, comment, avec quelles garanties de réussite) ? Ou est-ce qu'on l'engrange pour l'heure avant d'investir le Parlement européen et de se battre pour la justice sociale à une échelle où cela a des chances d'avoir une efficacité ? (on en reparlera sans doute très bientôt) De cinquantes, posté le 23.08.06 à 09:02 ![]() Philippe Herzog est un apparatchik comme ceux de Moscou. A la chute du mur il est passé avec armes et bagages au capitalisme. Il est au service des américains en occupant une place originale. Son rôle est de même nature que celui des sociaux démocrates à la différence que les socialistes ne font pas trop illusion sur les communistes qu'Herzog est chargé de tromper. De Sandor, posté le 23.08.06 à 09:02 ![]() Tu peux argumenter, cinquantes ? Par exemple en t'appuyant sur le texte de Philippe Herzog dont il est question dans le post ? En l'état, ton commentaire est un peu court... D'avance, merci. De ING ONG, posté le 23.08.06 à 09:02 ![]() Ce texte de cinquantes est très clair et replace parfaitement le bonhomme Herzog, merci. De Sandor, posté le 23.08.06 à 09:02 ![]() Non, ING ONG, je regrette, il n'y a pas un seul argument dans le commentaire de cinquantes, juste un jugement sans exemple à l'appui, juste une condamnation inexpliquée et rien qui puisse faire débat. Quand cinquantes affirme, par exemple, que "A la chute du mur [Herzog] est passé avec armes et bagages au capitalisme" alors qu'il a siégé pendant presque dix ans dans le groupe le plus à gauche du Parlement européen, aux côtés, entre autres, de Arlette Laguiller, je pense que cela mérite au moins une explication. Merci à toi. De joey, posté le 23.08.06 à 09:02 ![]() Très émouvante tranche de vie, Sandor. Quelques précisions tout de même : Philippe Herzog n'est plus membre du parti communiste depuis quelques années, il collabore (le mot n'est pas trop fort) à la chronique économique du très gauchiste Figaro, et est membre du non moins gauchiste Conseil d'Analyse Economique auprès du Premier ministre. Il n'a pas l'air de tenir tout particulièrement à son étiquette d'homme de gauche. "à quand un projet pour une montée générale en qualifications et coresponsabilités de gestion ? Pour cette mobilité, chacun doit pouvoir prendre appui sur une protection sociale et un service public rénovés (...) La participation des salariés et des citoyens à la stratégie et à la gestion sera le moteur indispensable de cette refondation". Et ce sont les partisans du non les utopistes ? Cela dit, la proposition est séduisante, mais je ne vois pas en quoi cette thèse est validée par la COnstitution européenne. "une grande Europe (y compris avec la Turquie) aura la bonne taille pour affronter les défis de la mondialisation. Culturels : tous ceux qui ont une histoire européenne aspirent à en être et leur choix participe d’un mouvement démocratique d’Ouest en Est." Tout à fait d'accord, mais là non plus ça ne fait pas réellement avancer le débat. Voter non ne fera pas exploser l'europe. En revanche, en votant un tel traité, tous ceux qui souhaitent que l'Union Européenne s'en tienne à un grand marché dérégulé se satisfont du traité. Les Madelin et consorts ont tout à espérer d'un traité qui n'accorde que peu de place au politique et beaucoup à l'économique et cela pour une grande durée. Voter ce traité, ce n'est absolument pas relever un défi culturel, mais bien circonscrire l'influence de l'Europe au seul champ économique (avec les conséquences sociale qu'on imagine). Concernant les vilains partisans du non qui ne font rien qu'à répandre la peur dans nos villes et nos campagnes, je ne vois pas en quoi elle serait mauvaise conseillère, dans la mesure où elle est motivée par des éléments objectifs (ce qui ne veut pas dire que c'est toujours le cas). Philippe Herzog dit des choses très intéressantes et m'a semblé plus djeuns que Marchais et Lajoignie à l'époque, mais ne m'a pas procuré les mêmes émois qu'à toi tout de même. De Sandor, posté le 23.08.06 à 09:02 ![]() Joey, je te le dis sans ironie, merci pour ta lecture attentive. Pour te répondre sur quelques points : - "Philippe Herzog n’est plus membre du parti communiste ". Oui, je sais, il l'a quitté en 1996, comme indiqué dans le lien qui figure déjà dans mon post (sur "Philippe Herzog" exactement). Il est bien sûr membre du Conseil d'analyse économique et sociale du Premier ministre, mais je ne sais pas quand il y a été nommé, sans doute sous Jospin, c'est une institution consultative qui regroupe des gens de gauche et de droite, comme le veut la démocratie, et à laquelle appartiennent également des économistes comme Charles Wyplosz, Daniel Cohen ou Jean-Paul Fitoussi (tu seras d'accord avec moi qu'il ne s'agit pas de dangereux droitiers). Enfin, lorsque Philippe Herzog a quitté le Parlement européen en 2001 (je crois), il appartenait encore au groupe Gauche unitaire européenne, présidé par un communiste et dans lequel siégeait Arlette Laguiller il y a encore un an. Certes, il émarge au Figaro mais également à l'Huma. Bref, difficile de faire à la fois démocratique et plus à gauche, tout de même... - "à quand un projet pour une montée générale en qualifications et coresponsabilités de gestion ?" Cette thèse n'est pas validée par le TCE, et d'ailleurs je n'ai pas écrit cela, je me contente comme toi de la trouver très "séduisante" en effet. Peut-être trouverons-nous là, Joey, un terrain de combat commun. - "Voter ce traité, ce n’est absolument pas relever un défi culturel, mais bien circonscrire l’influence de l’Europe au seul champ économique (avec les conséquences sociale qu’on imagine)." Non, ce n'est pas mon avis, je ne pense pas avoir à te rappeler que pour la première fois, grâce au TCE, certains aspects de la "politique sociale", ainsi que la "cohésion économique, sociale et territoriale" font partie des compétences partagées de l'Union européenne (art. I-14.2 ; avant, le social était un domaine réservé des Etats membres). La question, maintenant, c'est : est-ce qu'on rejette cela parce qu'on veut mieux (mais quand, comment, avec quelles garanties de réussite) ? Ou est-ce qu'on l'engrange pour l'heure avant d'investir le Parlement européen et de se battre pour la justice sociale à une échelle où cela a des chances d'avoir une efficacité ? (on en reparlera sans doute très bientôt) De cinquantes, posté le 23.08.06 à 09:02 ![]() Philippe Herzog est un apparatchik comme ceux de Moscou. A la chute du mur il est passé avec armes et bagages au capitalisme. Il est au service des américains en occupant une place originale. Son rôle est de même nature que celui des sociaux démocrates à la différence que les socialistes ne font pas trop illusion sur les communistes qu'Herzog est chargé de tromper. De Sandor, posté le 23.08.06 à 09:02 ![]() Tu peux argumenter, cinquantes ? Par exemple en t'appuyant sur le texte de Philippe Herzog dont il est question dans le post ? En l'état, ton commentaire est un peu court... D'avance, merci. De ING ONG, posté le 23.08.06 à 09:02 ![]() Ce texte de cinquantes est très clair et replace parfaitement le bonhomme Herzog, merci. De Sandor, posté le 23.08.06 à 09:02 ![]() Non, ING ONG, je regrette, il n'y a pas un seul argument dans le commentaire de cinquantes, juste un jugement sans exemple à l'appui, juste une condamnation inexpliquée et rien qui puisse faire débat. Quand cinquantes affirme, par exemple, que "A la chute du mur [Herzog] est passé avec armes et bagages au capitalisme" alors qu'il a siégé pendant presque dix ans dans le groupe le plus à gauche du Parlement européen, aux côtés, entre autres, de Arlette Laguiller, je pense que cela mérite au moins une explication. Merci à toi. De Maitresinh, posté le 01.08.08 à 13:18 ![]() J'en parle par chez moi, justement....a l'approche des elections europeennes Ajouter un commentaire |
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