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Le cinéma expérimental à l'épreuve du numérique (5)

Posté par Troudair le 17.02.09 à 09:35 | tags : cinéma
Puisqu'il faut conclure

Comme on l'a évoqué ci-dessous, la diffusion numérique a bouleversé le temps.
En sortant le spectateur de son cocon de projection, mais aussi en lui donnant le pouvoir d'intervenir sur le déroulement du film.
D'un statut de témoin actif, vue et ouïe en alerte - contraint d'être en alerte car privé de tout autre capacité d'exister - le spectateur s'est changé, par le biais du DVD et du web, en acteur passif.
Acteur, car le destin de la projection s'est retrouvé entre ses mains, mais passif, car une somme considérable de signaux parasites (à commencer par sa propre intolérance face à la nouveauté) lui ont fait envisager les films - et l'inédit d'une manière générale - comme des messages qui ne lui étaient pas destinés, noyés dans un océan d'autres messages, lesquels, au contraire, lui parlaient directement, dans un langage clair ne nécessitant aucun effort.

L'acteur passif - disons, l'internaute - a de plus en plus conscience qu'il est le maître de ce qu'il voit et de ce qu'il entend. Il choisit, en permanence, entre une donnée et une autre, sélectionnées dans le flot ininterrompu des données qu'on lui propose. Il clique pour anéantir un message et clique à nouveau pour en recevoir un autre. Il engendre l'information et garde sous l'index, comme le pouce haut ou bas d'un César antique, la menace d'y mettre fin. Si on parle d'une vidéo, la sentence peut se traduire par une ou plusieurs étoiles, apposées sur l'image même du film, jugement radical d'un public anonyme, trace définitive au fer rouge sur la peau du cinéma. Si on parle d'un texte, d'une série de billets en ligne, c'est une croix rouge qu'on presse en silence, ou un mot souligné qui le propulse vers un autre espace-temps, le lien hypertexte comme une fuite et jamais comme un but.


L'acteur passif est le maître du parcours qu'il effectue dans l'espace restreint de sa propre cellule. Et lui faire entrevoir un parcours nécessitant l'effort de rompre les barreaux de sa cage pour ne rien trouver de plus que la gamelle qui l'attend à deux pas de lui sans effort est voué à l'échec.

Dispenser un message à un internaute, c'est composer avec cette relative patience et ce goût immodéré pour le divertissement. C'est flirter avec le seuil de tolérance d'un auditoire invisible en n'ayant jamais la certitude de le connaître vraiment. C'est renoncer à la durée, ainsi qu'à toute narration. C'est éviter de jouer avec le temps du récit pour ne composer que des salves fragmentaires. C'est écrire un blog. C'est écrire un billet. C'est réaliser un clip. Toutes ces formes complémentaires d'autres formes longues en perdition.

"Trop long", sur le web, est égal à "mauvais". Car la longueur d'un message numérique (et donc sa durée) est à inversement proportionnel aux personnes qui le recevront intégralement.
Et c'est pour cette raison que le cinéma expérimental se désagrège au contact du web.
Et pour cette raison aussi qu'il nous faut mettre un terme à cette série, dont les développements impliquent de plus en plus d'en avoir pris connaissance depuis le début.

Car à l'instar d'un film d'avant-garde, la réflexion sur l'avant-garde se décompose elle-aussi au contact du numérique. Et malgré toutes les astuces, tous les rythmes élaborés, les insertions d'images et de vidéos mortes qu'ils ne verront jamais vraiment, les lecteurs en ligne, dans leur grande majorité, finiront par quitter la salle - par quitter la page, pour un horizon plus clair fait de phrases lapidaires et de gamelles plus sucrées.

Quant aux quelques autres, qui seront parvenus au terme de leur lecture intégrale, on leur conservera en récompense toute notre gratitude, ainsi que le maigre frisson de fierté d'être encore là alors que tout les poussait à fuir. C'est en ces spectateurs-là que reposent pour quelques temps encore l'avenir des formes non-conventionnelles et le souffle de courage qui poussera les artistes à chercher encore des chemins de traverse toujours plus loin de nos cages.

A tous ceux là, merci d'avoir été encore là.




Commentaires

De Malina, posté le 17.02.09 à 13:09 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Bonjour et merci pour cet article très intéressant.

Je propose de rapprocher vos réflexions de cet article de Nicolas Carr sur internetactu.net : http://www.internetactu.net/2009/01/23/nicolas-carr-est-ce-que-google-nous-rend-idiot/. Il démontre en quoi la temporalité d'Internet dont vous parlez, qui se caractérise par le fait d'être libérée de toute contrainte, tend de plus en plus à empêcher la pensée à long terme. L'auteur est un universitaire qui commence par le constat que lui et les collègues auxquels il a posé la question ont de plus en plus de mal à s'installer dans une lecture longue (livre) ; il fait le lien d'une part avec l'immédiateté de l'accès aux données par Internet et d'autre part le fait que les annonceurs ont tout intérêt à voir l'internaute aller le plus vite possible de site en site (pour laisser le plus de traces possibles), et donc à privilégier les billets les plus courts possibles aux véritables analyses, forcément plus longues.

Bref : courage, lisons ! :)



De Troudair, posté le 17.02.09 à 14:13 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Merci Malina pour ce commentaire qui me fait dire qu'au moins une lectrice est encore là.
Mais concernant l'article de Nicolas Carr, je ne l'ai pas lu, il est trop long !

Trève de plaisanterie, je le connaissais bien sûr, même si je ne l'avais pas particulièrement en tête au moment de la rédaction de cette série de billets. Cette brillante réflexion de Nicolas Carr faisait en effet écho à un pressentiment que tous les rédacteurs du web ont eu à un moment ou un autre, d'autant plus après la publication de la fameuse étude (dont je n'arrive plus à retrouver la source) comparant l'attitude de l'internaute lambda à un prédateur, lequel privilégie la proie affaiblie (malade ou jeune) et moins couteuse en efforts que le gibier plus calorifique mais plus difficile à capturer. En termes googlistiques, l'idée était que la première page de résultats, si ce n'était LE premier résultat, était jugé le plus pertinent par le lecteur (ce dont Google se targue par ailleurs, bien caché derrière son algorithme secret).

Alors la lecture comme arme contre l'animalité et l'instinct grégaire ?
Ca me va. En espérant que nous ne soyons pas les seuls à le penser.

De Cinema intifada, posté le 17.02.09 à 20:40 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
  

De Igor, posté le 19.02.09 à 11:03 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Rendez-nous Troudair !

(crypto : FILM)

De yves maraux, posté le 19.02.09 à 11:59 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

"le catalogue du cinéma expérimental, le numérique a supprimé le mythe, fondu le conte, et changé des oeuvres qui s'opposaient majoritairement à une logique commerciale, en produits culturels"

Un maillage territorial conforme à la démocratisation du parc des appareils de traitement de l'image serait une grande avancée de la pédagogie , un pas posé sur le leviathan des artisans de la débacle économique digne de st georges , des créations d'emplois adaptés à la société de l'information dont le moindre effet pervers est bien de se concentrer dans les villes de +de ! Voila l'enseignement du dit cinex , le devenir du flux tendu entre l'image et son utilitaire , et puisqu'il faut le dire , soyons explicite : la naissance d'une véritable info locale !!!!!!

http://echomedia-ym.blogspot.com/2009/02/du-boulot-pour-karmitz.html

http://mediaval.blogspot.com/2009/01/tableau-de-la-france-numrique.html

18/02/2009 à 11:32 / International
La téléréalité allemandelance la chasse au chancelier 

ils inventent la poudre par le haut alors que chaque boucle de communautés de communes ou toute autre unité administrative euromediane devrait avoir un forum telee dont le conseil politique des jeunes ne serait qu'une directive de programmes "et moi je continuerais à toucher le rmi"" mais non nenesse j'te dis c'est 3000 emplois hexagonaux et à la puissance euro"" alors là vieux c'est vrai qu't'es pas un nain de jardin et toi tu continueras à toucher saint rémi"" j'sé pas"



De lucas, posté le 22.02.09 à 23:31 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Je n'y connais rien ou peu en cinema expérimental mais ces articles sont très intéressant et m'aurons permis de découvrir le très beau meshes of the afternoon et sans doute d'autres à venir, merci.

De jacques, posté le 21.05.09 à 07:28 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Il y a de la résistance... http://www.cjcatalogue.org/

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