Cachez ce sein... Le mois d'octobre vient de s'achever, et si vous ne vous en étiez pas aperçu, c'était un mois consacré à la prévention du cancer du sein.Sujet douloureux, mais que certains artistes n'hésitent pas à attaquer de front, d'autant plus quand eux-mêmes ou leurs proches sont confrontés à la maladie et à ses terribles séquelles. La tumorectomie en particulier, voire l'ablation du sein, sont en effet pour une femme l'une des expériences les plus traumatisantes possible, engendrant bien plus de dégâts psychologiques que physiques. La sensation de perte de la féminité ou d'infirmité sourde sont les conséquences fréquentes de cette opération. Il y a quelques années maintenant, le plasticien Rodolphe Cintorino s'était penché sur cette thématique avec sa série de photographies "3mm", et tentait, par diverses décorations du buste, de se servir de la blessure afin d'offrir à son sujet meurtri une forme d'esthétique au delà de la douleur. Plus design et technologique, la jeune designer Stéphanie Choplin propose aujourd'hui, dans le même registre, Lumitact, prothèse en tissu luminescent, sur lequel des formes s'agitent paisiblement. Utilisant la technologie Lumalive de Philipps, l'objet est aussi sensible au toucher, interactif pourrait-on dire, et ce procédé est censé encourager au toucher, à la sensualité. Plusieurs questions se posent néanmoins devant un tel appareil, et la première d'entre elle est d'ordre purement psychologique. Car si un(e) conjoint(e) peut, d'une manière ou d'une autre, être repoussé(e) par la blessure, comment imaginer que celle-ci puisse disparaître, même cachée ? Bien souvent, cacher, c'est révéler, et mettre en évidence bien plus que si on l'avait laissée naturellement en vue. Dans ce cas précis, la prothèse apparaît surtout comme un panneau signalétique indiquant qu'il y a un problème, alors que sans elle, le problème, dans l'esprit du conjoint, et donc dans celui de la personne concernée, aurait pu, tout simplement, ne plus en être un. Car dans la célèbre réplique du Tartuffe de Molière, l'important au fond n'est pas tant de "cacher ce sein", mais surtout de changer le regard de l'autre, puisque c'est bel et bien l'autre qui "ne saurait voir"... Commentaires
De Stéphanie, posté le 01.11.08 à 15:39
![]() J'ai beaucoup réfléchi sur cette question lors de la réalisation du produit. Il faut savoir que j'ai travaillé sur ce projet durant une semaine lors d'un workshop de fashion design en Estonie en partenariat avec Helle Grangaard, fashion designer de chez props & pearl, ( http://propsandpearls.com/). La problématique était de concevoir la prothèse mammaire comme un bijou, l'objet "prothèse mammaire" était donc une contrainte du projet. Il fallait donner un attrait tout à fait différent à ce que certaines femmes victime d'une amputation du sein appelle une "vulgaire poche de silicone". De Pierre Ménard, posté le 01.11.08 à 16:23 ![]() Désolé de jouer les rabats-joie mais j'entends toujours cette citation de Molière extraite du "Tartuffe" déformée, le verbe couvrir remplacé par le verbe cacher, je ne sais pour quelle raison : "Couvrez ce sein que je ne saurais voir. Par de pareils objets, les âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées." De blajk, posté le 01.11.08 à 17:23 ![]() Le projet de Stéphanie Choplin est vraiment un projet intéressant. Il offre une nouvelle vision de la féminité et relation de couple après une mastectomie. Il faut savoir qu'au delà de l'amputation physique, la plupart des femmes ressentent aussi une amputation psychologique. Le sein est un des symboles de la féminité. En offrant un terrain de jeu autour de la prothèse qui fait partie de la vie du couple, lumitact est un objet qui permet d'imaginer de nouveaux comportements vis à vis de la prothèse. Je pense qu'il faut bien évidemment tenir compte de la dimension prospective du projet. thx! De Troudair, posté le 02.11.08 à 08:13 ![]() @stéphanie : merci pour ces éclaircissements sur la genèse du projet. en fait, mon texte n'attaquait pas particulièrement l'objet en lui-même mais l'idée même de la prothèse, que celle ci soit esthétique ou non. car nous sommes d'accord, quitte à avoir une prothèse, autant que celle ci soit belle. @pierre ménard : honte à moi. pourtant réputé pour être docteur ès théâtre, j'ai en effet utilisé ce qui est désormais une expression populaire et trahi Molière par la même occasion. donc il ne s'agit pas d'être rabat-joie ici, mais bien de préférer la précision à l'approximation. donc merci aussi ! Ajouter un commentaire |
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