A force de parler de dispositifs numériques, génératifs, hyper-textuels, faisant appel à des concepts pointus, ou rendant hommage à d'obscures théories développées par de sombres théoriciens, on en oublie qu'un artiste numérique est un homme, qu'il a des sentiments comme tout le monde, et qu'il est bouleversé de la même manière que les autres par les événements tragiques de sa vie, même si ceux-ci n'ont rien d'original.
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"Nous plonger au cœur de la nature humaine, est au fond l'objet de tout art."
Difficile d'aller contre cette assertion, de la contredire, mais je suis un peu gêné aux entournures par la formulation. D'abord, il faut avoir bcp de courage pour définir "l'objet de tout art".
Ca me fait penser à ces gens qui disent "La vie c'est...(comme ci ou comme ça)" alors qu'il n'y a justement aucun adjectif pour remplacer les points de suspension.
D'ailleurs, je pense qu'il n'existe pas "d'objet de tout art".
Ensuite, je me rends bien compte, qu'on est sur un blog, que la phrase a été écrite comme une proposition et que j'aurais tort de la prendre au pied de la lettre.
Ceci dit, "tout l'art" c'est un peu "trop d'art" non ?
Chez Donald Judd, il n'y a pas de place pour le ressentis, ou même chez Sol Lewitt...A titre d'exemples.
Un art mathématique, inhumain, abstrait est tout à fait possible, voire recommandable face à la bêtise humaines. L'homme est une trop petite mesure.
Et sinon, dans un autre cas, il y a les artistes qui visent Dieu, la gloire, l'argent plutôt que la nature humaine...
Il y a même des gens qui aujourd'hui essayent de construire des robots poètes...
Quant aux visées des artistes, elles valent ce qu'elles valent, mais l'essentiel, pour faire autorité, ou au moins sortir de l'anonymat, est tout de même pour une oeuvre de répondre à cette simple problématique que j'évoque. Car un artiste peut viser Dieu, la gloire ou que sais-je, si le résultat qu'il propose n'apporte rien au spectateur en terme d'exploration de sa propre nature, tout le monde s'en foutra, il me semble.
Alors effectivement si c'est ça, ton postulat est inattaquable.
Ensuite, il faut bien entendre que dans nature humaine, on entend humanisme, humanité, ou humanitarisme. Des notions qui sont critiquables, auxquelles ont peut préférer la science, le calcul, la neutralité, la puissance industrielle.
Bref, la nature humaine c'est pour Le Clezio et ça devait faire plutôt rire Beckett. Ensuite, je ne suis pas un être de nature, ou alors très peu. Ma nature humaine a été urbanisé.
D'ailleurs les gens modernes aimeraient tous être des robots, non ?
J'espère ne pas t'ennuyer avec ma cascade d'arguments.
Le fait est qu'en effet, je pense que ce qui définit l'art passe par la présence d'un récepteur et d'un objet perçu, mais qu'à la différence de la communication pure, ou la publicité, l'art propose un signal qui apporte au récepteur un point de vue singulier sur sa propre nature.
C'est une définition très vaste, je suis bien d'accord, mais en effet, en écrivant cette phrase de conclusion à l'origine, je ne cherchais pas à entrer dans le détail de ce qui est de l'art ou non.
Enfin, il n'est plus à prouver que je considère évidement que l'art peut exister sans émetteur, ou plutôt sans conscience de l'émetteur, ce que j'ai essayé d'évoquer dans la série "l'avant-garde sans le savoir".
(PS : de mon côté, j'ai beau chercher, je n'arrive pas à départager Le Clezio et Beckett)
Le terme de "nature humaine" associé à celui "d'art" me pose problème. Dans la mesure, où je ne reconnais pas que la nature humaine soit une finalité pour l'art. A ce compte, et pardon pour la plaisanterie, on pourrait écrire "le steak est le but du boeuf."
Sinon, je ne suis pas certain non plus de toujours distinguer facilement l'art de la publicité ou de la communication. Surtout aujourd'hui que les artistes sont des chefs d'entreprise, experts en promotion (Koons, Hirst, M.Barney) qui préparent habilement leurs coups médiatiques.
Quant à la singularité de l'objet perçu, à sa manière de m'interroger, je ne suis pas non plus certain de son existence. Quand je regarde un Cézanne, je ne pense strictement à rien. C'est plutôt un silence que je rencontre, plutôt qu'une altérité ou ma propre image renvoyée par l'oeuvre.
Dernier point, entre Beckett et Le Clezio, il y a un monde de visions quasi-incompatibles. Ce qui ne veut pas dire, que l'un triomphe de l'autre.