A l'heure où la production littéraire est tout à la digestion des attentats du 11 septembre 2001 à New York, quelques voix d'auteurs dissonantes reviennent sur l' « autre » 11 septembre, celui de 1973, qui a vu la démocratie chilienne mise à bas par les militaires du général Pinochet et les manœuvres des Etats-Unis.
Alors pourquoi ne pas s'attarder sur ce trentième « anniversaire » un autre jour, la veille par exemple, comme l'on fait sans penser à mal les rédactions de Libération ou d'Arte ? Le spectacle d'une Amérique bafouée, blessée, éplorée mais héroïque ne sera pas ternie par ce témoignage de l'infamie de ce qui fut, il y a trop longtemps déjà, la plus grande démocratie du monde. Pour le citoyen captif d'une info contingentée, nul désir de mettre en perspective ces deux dates du fait de la parcellisation du traitement journalistique, nulle possibilité d'appréhender pleinement l'ironie d'une hyper puissance frappée par les forces réactionnaires qu'elle a elle-même armées. En morcelant l'Histoire, en réduisant les causalités à un enchaînement purement événementiel, c'est la défaite de la pensée que les média orchestrent.
L'ouvrage de Luis Sepulveda, La Folie de Pinochet, nous donne l'occasion de revenir sur les événements chiliens de 1973. En complément à cette chronique, nous reprenons également un texte de Gabriel Garcia Márquez Le 11 septembre 1973 : Chronique d'une tragédie organisée écrit l'année dernière et diffusé en copyleft. Nous proposons enfin deux chronologies et des liens vers des sites bien documentés. L'objectif : permettre à chacun d'échapper quelque peu au matraquage annoncé et faire entrer en résonance ces deux dates...
Chronologie 1 : De l'élection d'Allende au coup d'Etat de Pinochet
4 septembre 1970 : A la tête de l'U.I.P. (Unité Populaire), coalition regroupant communistes, socialistes et radicaux, Salvador Allende remporte à la majorité relative les élections présidentielles face à deux candidats de droite.
4 avril 1970 : Malgré le terrorisme fasciste de Patria y Liberdad, les manœuvres des militaires réactionnaires et de la C.I.A., l'U.I.P. remporte les élections municipales.
22 octobre 1970 : René Schneider, général en chef des armées, loyaliste, est assassiné.
11 octobre 1972 : Grève des camionneurs, pilotée par les grands propriétaires et la C.I.A.
Novembre 1972 : Allende fait un geste vers les militaires et nomme Carlos Pratt, chef de l'armée de terre, loyaliste, à la tête du gouvernement.
4 mars 1973 : L'U.I.P. atteins 44% des voix aux législatives mais reste minoritaire à la Chambre.
23 Août 1973 : Malgré un climat de guerre civile, Allende croit encore au processus démocratique. Il nomme Pinochet à la tête de l'armée, sur les conseils de Pratt qui le juge loyal.
Fin août 1973 : Les militaires planifient avec le soutien de la C.I.A. un coup d'Etat pour le 18 septembre. Il le font en insistant auprès de Pinochet pour qu'il prenne la tête de la Junte. Lorsqu'ils apprennent le projet du président Allende de recourir au référendum le 18 septembre pour se faire confirmer à la présidence, ils avancent la date du golpe au 11 septembre.
8-10 septembre 1973 ( ? ) : Pinochet accepte de prendre la tête du soulèvement militaire.
11 septembre 1973 : La Junte prend le pouvoir. Salvador Allende meurt dans le Palais présidentiel de la Moneda.
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