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Des îles exotiques, des brouillards (faussement) angoissants et une tripotée de pirates, vrais et faux, gentils et méchants, morts et vivants. Tous les ingrédients du film de genre sont réunis dans ce divertissement au point de couler le scénario. Manque une pincée de second degré qui aurait pu pourfendre l'ennui distillé par d'interminables duels. Mais heureusement, il y a Johnny Depp !
Tous les ingrédients du film de genre sont réunis dans ce divertissement au point de couler le scénario. Prenez un trésor, saupoudrez-le d'une vague malédiction, brassez le tout au sabre dans un enchevêtrement sentimental d'amour impossible, de vengeance filiale et de reconquête de l'honneur perdu... Il ne vous reste plus qu'à décorer ce mets un peu lourd de deux bateaux, l'un flambant neuf et l'autre décati mais hanté.
Lourd donc, comme un blockbluster qui exige le plus d'entrées possibles. Les jeunes premiers sont bien lisses, et pétris de bons sentiments comme du bon pain. Même si Orlando Bloom (Will Turner) se fait la tête de Tyrone Power, et que Elizabeth Swann (Keira Knigntley) a des airs de Winona Ryder, on n'arrive pas à se faire le moindre souci pour leur romance. La faute à qui ? Vous en connaissez beaucoup des jeunes filles à la chair tendre qui, une fois capturées par des pirates (félons qui plus est), sortent de leur cabine aussi pures que le jour de leur naissance ? La faute à ces fameux pirates ! Maudits, zombies, bêtes et méchants, ils ressemblent plus à des avatars falots du Capitaine Crochet qu'à un authentique Barberousse, même si leur commandant se nomme "Barbossa" ! Le duo à la Laurel et Hardy de deux d'entre eux n'impressionne guère. Evidemment, c'est un film destiné au jeune public qui frémira davantage à l'apparition d'une armée de squelettes en expédition sous-marine qu'à l'écoute de menaces sadiques et noires. Donc les vrais pirates (les méchants) ne font pas peur et le Black Pearl n'est pas le Hollandais Volant. Il est donc dommage que l'atmosphère fantastique du film se trouve réduite à une vaste partie de rigolade où tout le monde tourne en rond : comment se battre au sabre contre des morts vivants ? Mieux : comment peut s'achever un combat entre deux morts vivants ? Il manque à cette recette une pincée de second degré qui aurait pu mettre en scène l'ennui distillé par ces interminables duels, celui des spectateurs et des acteurs...
Mais heureusement, il y a Jack Sparrow, enfin Johnny Depp ! Johnny c'est un peu Clint Eastwood dans Pour une poignée de dollars (ou Arlequin dans les pièces de Goldoni, pour ceux qui préfèrent), sauf qu'il parle plus et qu'il n'a pas de cigares au coin des lèvres : il passe son temps à jaser, à changer de camp, à embobiner le capitaine Crochet et autres amiraux en goguette. Résultat : tous les personnages s'y perdent. C'est quoi ce Jack Sparrow ? un gentil, un méchant ou un dingue? Ce personnage cultive l'ambiguïté à loisir et nous ravit, passant du rôle de sauveur galant à celui de calculateur machiavélique en un clin d'œil, sitôt que la situation l'exige. Seulement il y a un hic, il est trop beau Jack Sparrow, trop jeune aussi, trop branché : avec sa dégaine à la Keith Richards et son regard souligné au crayon Khôl, il fait l'effet d'un personnage de bande dessinée qui se serait échappé de sa page et se retrouverait projeté dans un univers parallèle (les séquelles d'un certain film avorté ?). La différence de rythme, la prestance qu'il impose constamment, finissent par faire le jeu d'un certain cabotinage au sein d'un film globalement artificiel (même si distrayant).
Finalement, c'est sur lui que repose la résolution de l'énigme si angoissante en ce début de millénaire : Qu'est-ce qu'un pirate? Un être sans foi ni loi ? Un bandit de grand chemin nautique ? Un marginal en panoplie mis au ban de la société ? Que nenni, moussaillon ! Un pirate est un homme d'honneur (qui respecte le code de Morgan et ses "pourparlers") et surtout qui navigue en toute liberté, car un pirate sans bateau, c'est un peu comme un escargot sans sa coquille. De là à dire que nous sommes tous des pirates, parce nous avons tous un jour traversé la Normandie en 4L, il n'y a qu'un pas que le réalisateur n'aura pas hésité à nous faire franchir.
Pirates des Caraïbes - La malédiction du Black Pearl
Réal. : Gore Verbinski
Etats-Unis - 2002 - 140 mn
Avec Johnny Depp, Geoffrey Rush, Orlando Bloom, Keira Knightley, Jack Davenport
Date de sortie : 13 Août 2003