A propos du film Il Miracolo d'Edoardo Winspeare, en compétition officielle
Temps chaotique. Ambiance orageuse. Comme la noirceur métallique de la plage du Lido, cisaillée par des éclairs qui confondent ciel et mer. Venise pleut, le public gronde. La Mostra est en colère.
Pizzicata (1996) et Sangue Vivo (2000) d'Edoardo Winspeare semblaient déjà animés par une croyance, une force : une certaine musique italienne des Pouilles. Il Miracolo n'émet aucune musique,
ne donne jamais vie à la chair tandis que Sangue Vivo parvenait, par une caméra portée par les transes locales, à incarner les corps en mouvement. Derrière ce film bigot et sa croyance fébrile en l'au-delà, se lisent l'effronterie et les maladresses des quotidiens de masse. Ainsi, la métaphore du miracle comme grande forme filmique ne panse pas ce cinéma italien que l'on dit faussement en ruines (Respiro de Crialese comme Nos meilleures années (La Meglio Gioventù) de Tullio Giordana en sont la preuve sublime, en reprisant le tissu de leur histoire, de l'Histoire). Or, l'image lisse et les retouches numériques du Miracle lui font cruellement défaut. Mais se profile déjà un horizon autrement plus ténébreux : le noir et blanc de Cipri et Maresco (Le Retour de Cagliostro) et surtout, le Bertolucci (The Dreamers), annoncé ici comme sexuel et envoûtant.
On peut dire que l'appréhension de la presse italienne est à la mesure de l'enthousiasme général qui nous fait cogiter a priori : exagéré et malheureusement excessif. À la déception temporaire que procure la sélection officielle (de Il Miracolo au Cerf-volant, de Randa Chahal Sabbag), vient s'ajouter une panne, peut-être provisoire mais bien plus ample : les pannes du film. Soit l'ennui globalisé. Mort du cinéma et du récit, par exemple (Good Bye Dragon Inn, de Tsai Ming-Liang) et, à travers un film dans le film, mort d'un cinéma de quartier.
Le cinéma de cette Mostra filme alors sa propre mort. Une des scènes les plus réussies de ces deux jours résume bien cette aporie. Au milieu de Pornographie, de Jan Jacub Kolski (en compétition), un homme tourne en rond en pleurant la mort de sa mère qui, dit-il, méritait une fin plus digne. Le personnage principal, pour la première fois du film, élève la voix, vient à lui : « Il faut accepter la mort ! » Et il faut vivre avec. Hélas, devant Il Miracolo, on se dit que ce cinéma italien-là n'a jamais été aussi mort que survivant.
Il Miracolo - Edoardo Winspeare
92 mn - En compétition officielle.
Avec Claudio d'Agostino, Carlo Bruni, Anna Ferruzzo, Stefania Casciaro…
Scénario : Giorgia Cecere et Pierpaolo Pirone.
Directeur de la photographie : Paolo Carnera.
Musique : Cinzia Marzo et Donatello Pisanello.
Production : Sidecar and Rai Cinema
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