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Broadway 39ème Rue

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Didactisme stérile

Etats Unis d'Amérique, 1936. La peur du communisme aidant, ni la montée du fascisme et du nazisme en Europe, ni les débuts de la guerre civile en Espagne n'effraient les industriels américains, qui approvisionnent sans états d'âme l'Italie et l'Allemagne en matières premières.

Alors que certains s'enrichissent et ne pensent qu'à leur profit, Rockefeller en tête, des artistes se battent pour subsister et parmi eux, le compositeur Marc Blitzstein et son rêve de révolution par l'art. Sa révolte explose cette année-là dans une comédie musicale qu'un certain Orson Welles met en scène jusqu'à ce que le gouvernement U.S. interdise, par peur des " Rouges ", toute représentation.

Malheureusement, il ne suffit pas de raconter une histoire vraie pour faire un bon film. Même si le récit de cette partie de l'histoire américaine ne manque pas d'intérêt, le seul point de vue historique ne suffit pas à faire passer sans un bâillement les 2h13 que la minutie de la reconstitution nous inflige. Et on a beau attendre à chaque instant que le film s'arrache à l'univers qu'il veut décrire pour enfin lui redonner ce souffle de vie qui en fera un bon film, les minutes s'égrènent toujours aussi lentement, désespérément lentement et on reste sur sa faim.

Loin des mondes parallèles, pas forcément fantastiques, qui entraînent sans résistance le spectateur dans son voyage intérieur, le New York dépeint par Tim Robbins a un goût de carton pâte et des couleurs fades comme celles de ces images d'Epinal qu'on fait semblant d'oublier dans un tiroir en partant de chez sa grand-mère. Ses blocks sont découpés au millimètre et ses façades sont travaillées comme une maquette peaufinée pendant des mois, mais il ne vit pas. Sa description minutieuse, pour ne pas dire besogneuse, le prive de toute vie écrasant entre deux épaisseurs de carton l'espace qu'aurait pu investir l'imagination du spectateur si le scénario avait su ménager des surprises et des rebondissements.

Et si les acteurs sont tous justes, de Joan et John Cusack à Susan Sarandon en passant par Vanessa Redgrave, le caractère démesurément explicatif du scénario les confine au rang de figurines sans réelle épaisseur. Il manque à ce film toute la légèreté et la vivacité du génie dont elle suit les pas le temps d'une création ; sans parler du titre français qui évoque à première lecture une mauvaise comédie musicale.

A trop vouloir raconter, expliquer, détailler, illustrer, et surtout, à vouloir tout raconter, Tim Robbins s'enlise dans un didactisme stérile qui noie l'attention du spectateur. Vouloir faire passer un cours d'histoire dans un film, soit, mais sans émotion, sans frémissement, c'est aller droit dans le mur. Car même le spectateur le plus curieux ne va pas seulement voir un film pour voir un film, surtout une fiction, mais pour s'immerger en lui-même, imaginer, penser et agir à travers ses créations de lumières que sont les personnages. Il y va pour vivre une aventure, imaginaire car cérébrale, mais une aventure quand même.

Ce film réussit donc ce qu'il y a peut-être de pire pour un film : ni bon, ni totalement mauvais, il n'enthousiasme ni ne révolte, il ennuie. Tim Robbins a ainsi pêché par excès d'exactitude au détriment de son propre regard oubliant qu'un cinéaste sans point de vue est juste un illustrateur.

Alexandra Borsari

Broadway, 39ème rue
Réal. : Tim Robbins
Avec : Hank Azaria, Ruben Blades, John Carpenter, John Cusack
Film américain (1999) - Comédie dramatique
Date de sortie : 12 Avril 2000