France - 2000 - 1h14
Anne-Marie Miéville est la femme de Jean-Luc Godard. Tous les savants cinéphiles le savent. "Alors... c'est du Godard ?" me demandaient-ils quand je leur faisais part de mon émerveillement un peu naïf, vous savez, avec ce léger air supérieur de ceux qui sont dans la combine, qui sauraient ce que serait "du Godard"...
Mais d'abord, le dispositif, le cinéma, car Miéville est une cartésienne et si l'on parle - de surcroît d'amour - on ne filmera pas une discussion au hasard de bâtons rompus. Dans un développement en trois parties, la réalisatrice nous livrera donc une introduction au grain digital, un développement romantique teinté d'humour, et une conclusion en forme de re-conciliation. Le pré-générique apparaît dans des images apparemment libres de tout fil conducteur ; erreur. Discrètement, la caméra DV à l'épaule, Anne-Marie se promène dans sa vie quotidienne, se pose sur des enfants qu'elle connaît et qui continuent leur vie devant l'objectif, s'arrêtant un instant, la mine dubitative sur les questions de la réalisatrice. Leurs sourires ingénus en disent long : " il faut que je finisse mon dessin, je ne sais pas quoi répondre à ta question car mes mots sont devant toi, je suis entièrement discours car je suis l'innocence et je n'ai pas de masque. " Voilà la forme que pourraient avoir leurs mots, le tout résumé dans un éclat de rire, une partie de chatouilles et un regard en forme de " bah... quoi ? ". Mais les adultes n'ont plus cette conscience ni ce rapport à l'évidence de l'expression, il sera donc question de mots. Et puis, comme dans toute bonne introduction, il y a le dispositif, le cinéma, les gros plans qui cherchent la nature du grain de la peau et les artifices possibles et charmant. Les costumes par exemple. Et la petite fille de virevolter dans sa belle robe de princesse. Au milieu de tant de vie, s'attarder sur la précision, le détail, comme une Agnès Varda dans Les Glaneurs et la Glaneuse. Capter des images et les agencer pour mieux les donner à voir : tout l'art du montage et de la mise en scène, figurer la querelle des mots par un duel au fouet sur une piste de cirque, comme si les mots allaient devenir aussi périlleux que la piste aux étoiles. " Ne faites pas confiance au conteur, faites confiance au conte " nous prévient la réalisatrice.
La discussion est-elle grave ? Au milieu d'une allée de campagne bordée d'arbres majestueux, les deux femmes discutent. L'une habillée comme au temps de Voltaire, l'autre, Miéville, n'a pas de costume. Nous sommes dans la dispute XVIIèmiste, les mots et le langage, donc, au milieu d'une nature un peu gouvernée. L'amour, le bonheur... Pas d'emphase, ou plutôt, puisqu'il faut être juste, pas trop. Les acteurs sont émouvants de sincérité, surtout Godard et la volubile Claude Perron qui insuffle une urgence, une vie toujours sur la brèche, un discours en perpétuel danger de blesser.
Toujours les mots, le poids de l'écrit dans le film, les romans ayant un droit d'asile dans le plan, les auteurs cités, les formules si précises qu'elles font penser aux écrits de Nathalie Sarraute. Si l'autre, l'amour quotidien, m'est connu depuis longtemps, si pourtant je ne le connais pas, je garde l'envie de toujours le connaître, avoue Miéville. Ainsi l'amour échappe aux définitions préconçues. Dans une épreuve, une résistance au quotidien, il se révèle après la réconciliation, dans une infinie beauté. Alors advient la clémence involontaire et le regard bienveillant et amoureux. Après le laisser-aller des désespoirs du sens perdu, une promesse d'amour brillante...
Après la Réconciliation
Réal : Anne-Marie Miéville
Avec : Anne-Marie Miéville, Jean-Luc Godard, Claude Perron, Jacques Spiesser
Durée : 1h14mn
Date de sortie : 27 Décembre 2000
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9
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