Festival international de théâtre de rue de Gand. Du 23 au 28 juillet, à Gand (Belgique)
Drôle d'ambiance, sur les pavés gantois gluants de pluie, entre fête de la bière, rassemblement international et baroque de musiques diverses et baraques foraines. Au milieu des kiosques et des podiums, le théâtre de rue a bien du mal à imposer un rapport privilégié avec le public. Alors, on l'éloigne sur une prairie, au-delà d'un canal, on le protège par des gradins qui imposent un rapport frontal ou on l'enferme, dans une usine désaffectée ; il devient alors "théâtre in situ".
Cette année, le spectaculaire était au rendez-vous avec deux productions hollandaises : Salto vitale de Tuig (que l'on verra en août à Aurillac) et Strakstuk mis en scène par Sjoerd Wagenaar. Après un long moment de contemplation, le public de Tuig, mis en condition, est saisi par la fulgurance du point final, d'une beauté à couper le souffle. De longues minutes sont consacrées à l'élévation d'un mat, puis les comédiens quittent le plateau, laissant seul au sommet un homme oiseau qui finira par se jeter dans le vide en planant. On est là aux confins de l'installation plastique tant l'importance de la scénographie s'impose.
Même tendance dans Strakstuk, à l'argument simplissime : trois garçons dans un espace restreint soit se tapent dessus, soit font la fête… Un peu banal si le décor, petit à petit, ne se mettait à basculer vers les 90 degrés, à l'image de l'équilibre instable des relations évoquées sur le plateau. C'est spectaculaire, très physique, bref très "nordique", à l'image du théâtre visuel et de la danse contemporaine si caractéristique qui vient de "là-haut".
Mais Gand sait aussi donner dans l'intime, avec les contes de Gadjo, servis par un comédien aguerri qui sait tenir son public en haleine en incarnant comme pas deux les personnages de ses histoires de diable et de curé. Plus attendus, les jongleurs renouvellent le genre, en s'aidant d'éléments de scénographie qui leur donnent de la hauteur : D'Irque et Cirq'ulation locale font de la belle ouvrage. Même professionnalisme chez les Australiennes de Born in a taxi : leurs Twins, jumelles siamoises, mènent d'un train d'enfer leur recherche parmi le public d'un couple d'époux potentiels à qui elles font subir les épreuves ad hoc de la vie "à deux dans un seul corps".
Entre les odeurs de frites et d'oignons grillés, le spectateur a pourtant un peu de mal à se concentrer et à oublier le brouhaha de la fête. Mais n'est-ce pas là renouer avec la tradition des premiers "amuseurs publics" ? A Gand, c'est flagrant : les spectacles de rue comme ceux d'Ilotopie ou de KompleXKapharnaüM se donnent à l'écart, dans des quartiers épargnés par le tohu-bohu, tandis que les petites formes des cogne-trottoir sont plongées au cœur de la ville en liesse. Saisissant tableau de l'évolution d'un genre.
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