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Louise Bourgeois - Abstractions intimes

The many faces of Louise Bourgeois


Louise Bourgeois - Abstractions intimes


A l'Académie des Arts de Berlin jusqu'au 27 juillet 2003

Sans aucun doute l'une des plus belles expositions en ce moment à Berlin, les Abstractions intimes de Louise Bourgeois investissent jusque fin juillet le 1er étage de l'Académie des Arts où sont présentés dessins et sculptures créés entre 1943 et 2002.

Quatre-vingt-dix dessins, dont quarante réalisés dans les deux dernières années sont affichés dans les deux ailes latérales du bâtiment. Imprégnée de géométrie - le catalogue de l'exposition rappelle d'emblée que Louise Bourgeois a commencé par étudier les mathématiques à la Sorbonne - répétant jusqu'à l'obsession quelques motifs simples, lignes brisées, cercles concentriques, cette multitude de petits dessins à l'encre rouge ressemble à un journal intime et donne l'impression de voir se succéder les événements infimes d'une vie quotidienne (notamment la série « Insomnia ») en utilisant formes abstraites et dessins figuratifs.

La plus grande salle de l'exposition, espace ouvert et réservé exclusivement à la sculpture, permet de saisir d'un regard une quinzaine d'œuvres très différentes par leur taille ou dans le choix des matériaux utilisés. Un corps de félin en latex rose porte des mamelles surdimensionnées, un « nid » et plusieurs sculptures en bronze suspendus font face à des œuvres aux échelles immenses : un fuseau courbé comme un arc et « Spider », gigantesque araignée de trois mètres de haut.

Malgré la grande diversité des travaux présentés, l'ensemble ressemble plus à un discours cohérent qu'à une juxtaposition de sculptures variées. Les pièces exposées ont toutes en commun une composante féminine, qu'elle soit directement liée au corps comme cette sorte de baignoire organique en marbre rose, exprimée de manière symbolique à l'image des bobines de fil et de la broche qui composent « In Respite » ou clairement formulée comme ce sexe masculin à demi décharné intitulé « fillette ».

La dernière partie de l'exposition montre quelques pièces de la série « cells ». Des sculptures (deux pieds en marbre blanc, trois têtes à deux visages en tissus, assemblées par le cou) sont placées au centre de cages grillagées en acier, ouvertes latéralement et équipées de miroirs ronds qui permettent de voir la sculpture simultanément sous différents angles. A la fois enfermées et pleinement offertes aux regards par cette architecture panoptique, les sculptures prisonnières des « cells » apparaissent comme des objets fascinants investis de valeurs presque métaphysiques.

L'exposition se termine avec des dessins de 2002, assez différents des précédents, lignes blanches sur papier préparé à l'encre de Chine, qui rappellent pourtant de manière étrange l'esthétique d'images informatiques.

A voir également, The many faces of Louise Bourgeois, vidéo diffusée à l'entrée de l'exposition où l'on suit l'artiste chez elle puis dans son atelier. Incroyable mélange de réflexions théoriques sur l'art et d'emportements spontanés qui montre Louise Bourgeois renversant, dans un instant de colère, l'une de ses sculptures, brandissant comme une arme un petit miroir rond à la face du journaliste qui l'interroge ou s'insurgeant contre le modèle de « l'homme à femmes », être sans valeur et méprisable.

Intime Abstraktionen
Louise Bourgeois
Akademie der Künste, Berlin
Du 4 mai au 27 juillet 2003

[Illustration : Louise Bourgeois in 1997 Photo Copyright : Sylvia Plachy]

Thierry Leviez