Royal de Luxe empêché de jouer à Chalon sur Saône
Jeudi 17 à 15H45 : "Pour la grève : 53% des individuels, 62% des compagnies". Pour certains, le couperet est tombé, car "la grève est la dernière (et seule) solution"; pour d'autres, le débat se situe ailleurs, et s'arrêter de jouer équivaudrait à un suicide. Vendredi 18 à 13 heures : la grève est reconduite avec 51% de votants pour; Royal de luxe, victime la veille de violences physiques et verbales, décide d'annuler la suite des représentations de son spectacle.
Et là, un clivage évident - prévisible ? - se manifeste entre les plus fougueux et les cadors (pas forcément les plus nantis) pour qui le bitume est un lieu avant tout où aller à la rencontre du public le plus large et le plus divers. A qui il est possible de communiquer des idées, des points de vue, et dont on peut quelque fois éveiller les consciences. Ceux-ci se sont mis en grève dès la première heure : le 26 juin, la « nouvelle » éclatait, le lendemain la majorité des compagnies décidait de « marquer le coup » en ne jouant pas au festival Vivacité (Sotteville-les-Rouen), le premier des rendez-vous phares de l'été.
Ces compagnies ont stoppé le travail et, présentes à Avignon au cœur des débats, soutenaient le « mouvement » par leur opiniâtreté. Puis, face à la réaction du gouvernement, elles ont finalement opté pour la vie (pas seulement la survie), la vie faite de générosité et de partage, parce que leurs membres - artistes de rue depuis des années - ont choisi de s'exprimer là pour dénoncer et lutter contre la morbidité ambiante de la société. Elle jouent là pour lutter contre les villes à consommer, et pour dépasser surtout les happenings d'Allongés et de Bâillonnés, symboles de mort.
Certains de ces volontaristes ont donc souhaité donner une nouvelle figure, un nouveau souffle au mouvement et parce que la rue est leur scène, parce que la résistance a toujours été leur mot d'ordre, et parce que plus que tout autres ils ont accès aux populations, ils ont choisi de jouer en intégrant avant, pendant ou après leurs spectacles un temps de communication et d'échange sur le problème de l'intermittence avec les spectateurs parfois mal ou pas informés.
Jeudi soir, à 18h30, des artistes grévistes ont interrompu violemment les représentations du spectacle de Royal de luxe, en arrivant aux mains. Pratique difficilement imaginable et en tout cas inadmissible de la part de personnes qui, plus que quiconque, ont choisi la liberté comme mode d'expression. Et pratiques totalement inversées si l'on pense à la (re)naissance des arts de la rue en France au début des années 70. Ce sont d'elles que sont issus les festivals et les compagnies actuels. Ce sont les Savary, les Ratapuce, les Frères Confetti qui accompagnaient les grévistes de Lipp, les mouvements sociaux, les combats des grévistes, parce qu'ils leur semblaient proches de leur volonté de s'écarter des pratiques courantes de consommation culturelle.
Aujourd'hui, en s'arrêtant de jouer et en interdisant à d'autres de pratiquer leur art, les saltimbanques ne se tirent pas seulement dans le pied, ils se tirent l'un sur l'autre au nom de la « solidarité ». C'est que, préférant laisser le bitume au désoeuvrement et aux gonfleurs de ballons, gratte-guitare et autres clowns au maquillage déliquescent - desquels pendant plus de vingt ans ils ont cherché à se distinguer pour proposer des expressions artistiques construites - certains d'entre eux ont oublié le sens même de leur métier et pourquoi ils ont choisi de le faire. Quelle place reste pour eux aujourd'hui dans la rue ?
Le guide des festivals de rue 2003:
- Chalon dans la rue : lire la présentation
- Le site de Chalon dans la rue
- Mimos (Périgueux) : lire la présentation
- Aurillac 2003 : lire la présentation.
- Le site du Festival d'Aurillac
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