au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, du 11 février au 30 avril 2011
Trois artistes regroupés en collectif autour d'un personnage fictif, une multitude de formes et de médiums employés à dénoncer la « glamourisation » de l'art... : pas évident de s'y retrouver dans l'œuvre de General Idea, trio canadien actif de 1969 à 1994. Le Musée d'Art moderne de la Ville de Paris leur consacre une rétrospective, indispensable.
La société des images
Prenant leurs distances avec la vision romantique de l'artiste en proie à une inspiration bigger than life et du génie irrépressible, porté aux nues par la mythologie de l'art moderne, ces proto-artistes contemporains s'emparent du réel pour dénoncer la société des images. AA Bronson annonce le programme :
« L'environnement, en Amérique du Nord, est dominé par les mass médias, il n'y a donc plus aucun sentiment de réalité. (…) Notre riposte consiste à bâtir notre propre construction, qui tord et déforme la réalité des médias ».
Dans une démarche sémiotique complexe, General Idea va donc élaborer un système de signes à partir d'emblèmes symboliques qui constituent une sorte d'héraldique (exposée sous forme de blasons dans le hall du musée), et forment les jalons de leur œuvre. Une revue, FILE, inverse du fameux magazine LIFE, sera même dédiée à la diffusion de leurs travaux.
L'artiste glamour
A l'occasion de performances, les Canadiens mettent en scène Miss General Idea, muse fictive qui fait aussi l'objet d'un concours de beauté, rappel ironique du processus de création et de validation de l'œuvre d'art par l'institution. Pour General Idea, le « glamour » est une qualité indispensable à la reconnaissance de l'artiste. Aussi créent-ils des accessoires adéquats, notamment une chaussure à talon aiguille qui devient un compas de dessinateur...

Le caniche est une autre de leurs icônes fétiches, en tant que symbole gay du « bichon », ayant « l'instinct de plaire ». On le retrouve peint ou sculpté sous de multiples formes dans les pseudo-ruines pompéiennes d'un palais mythique, le Pavillon de Miss General Idea, en forme de ziggourat (autre symbole récurrent), mais aussi mis en scène dans des positions triolistes inspirées du Kama Sutra.

En tant que métaphore de la « viralité » de l'image et de l'œuvre d'art dans les médias de masse, le SIDA est dès 1987 l'un des sujets de prédilection du trio de Toronto. Une peinture figurant les quatre lettres AIDS, superposées à la manière de la célèbre sculpture LOVE de Robert Indiana, devient un nouvel emblème, décliné sous des formes multiples et disséminé dans la ville comme « Image Virus ». De même les médicaments, notamment des gélules géantes évoquant des cercueils, sont multipliés à l'infini comme des œuvres d'art « virales ».
Douloureuse ironie, la maladie atteint deux des membres du trio. L'aventure General Idea s'achève en 1994 avec la disparition de Felix Partz et Jorge Zontal. Insidieuse, leur œuvre continue cependant à s'immiscer dans les interstices d'une société qui n'a jamais autant glorifié les images.

General Idea, Haute Culture, une rétrospective, 1969-1994, au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, du 11 février au 30 avril 2011.
www.mam.paris.fr
Légendes des illustrations :
. Glamour, 1975, Spread from FILE Megazine, vol. 3, no. 1., autumn 1975, “Glamour Issue,” pp. 20-21. Courtesy the Estate of General Idea
. Nazi Milk, 1979-1990, Chromogenic print (Ektachrome). Courtesy the Estate of General Idea
. No Mean Feet, 1973-1974, Gelatin silver print. Courtesy the Estate of General Idea
. Mondo Cane Kama Sutra, 1984, Set of 10, acrylic on canvas. Courtesy the Estate of General Idea / Galerie Frédéric Giroux, Paris / Galerie mai 36, Zürich / Galerie Esther Schipper, Berlin. Photo Stefan Altenburger
. Blue (Cobalt) PLA©EBO (a.k.a Blue (Mazarine) PLA©EBO), 1992, Installations, 3 units, fiberglas, enamel, Installation view, General Idea, Galerie Montenay, Paris, 1992. Courtesy the Estate of General Idea / Frédéric Giroux
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9
Afficher par : naissance / nationalité / métier
L'Angleterre d'Oscar Wilde à Orsay
Le Musée d'Orsay plonge le visiteur dans le contexte de l'art idéaliste et post-romantique des contemporains d'Oscar Wilde, dans la seconde moitié du XIXe siècle.
Trésors Maoris au Quai Branly
Près de 250 œuvres issues des collections du musée de Nouvelle-Zélande Te Papa Tongarewa sont visibles au Quai Branly pour donner un aperçu de cette culture...
- Histoire de l'art contemporain
- Histoire de la peinture classique
- Histoire de l'impressionnisme
- Histoire de la photo
- Histoire de l'architecture moderne