Présentée dans le cadre du Festival d'Automne. En tournée en France puis à l'étranger.
Parmi les événements chorégraphiques du Festival d'Automne 2010, Si je meurs laissez le balcon ouvert, création de Raimund Hoghe, rend hommage à une figure emblématique de la danse contemporaine, Dominique Bagouet, disparu en 1992. Et pose une nouvelle fois la question du rapport de la danse à sa disparition.
Les récentes disparitions successives de figures majeures de la danse, Maurice Béjart, Pina Bausch et Merce Cunningham, ont été vécues dans le milieu de la danse comme de véritables traumatismes — ainsi que nous le confiaient notamment Anne Teresa De Keersmaeker, au sujet de la pièce 3Abschied, co-écrite avec Jérôme Bel, ou Mathilde Monnier, qui dans Pavlova 3'23'' abordait le thème de la représentation dansée de la mort et « le destin tragique de la danse, le vide après soi ».
Merce Cunningham avait imaginé avant sa mort les Dance Capsules, packages numériques incluant vidéos, enregistrements sonores, plans de décors, dessins de costumes, notes de production, entretiens avec les interprètes, etc. Mais que deviendra le répertoire du chorégraphe américain une fois achevé, dans un an, le Legacy Tour, dernière tournée de sa compagnie ? Qu'est-ce qu'une œuvre du spectacle vivant si elle n'est pas vécue ?
Retrouver un sentiment perdu
Raimund Hoghe a redécouvert récemment l'œuvre du chorégraphe français Dominique Bagouet, décédé en 1992 à l'âge de quarante-et-un ans, et a eu, dit-il, « le sentiment de voir quelque chose qui s'était perdu dans la danse contemporaine, (…) la douceur ». Dominique Bagouet fait partie de la génération de chorégraphes révélée dans les années 1970 par le Concours de Bagnolet, et fut l'un des leaders de ce que l'on nomma la « nouvelle danse ». Sa mort, des suites du SIDA, est emblématique de cette période tragique du tournant des années 1990, qui a vu le milieu de la danse décimé par la maladie. Dès son décès, une association sera créée, Les carnets Bagouet, qui depuis dix-huit ans transmet son répertoire, danse à la fois drôle et grave.
Sur une scène tendue de noir, au fil d'une playlist qui entortille musique baroque et chansons pop, Si je meurs laissez le balcon ouvert (vers d'un poème de Federico Garcia Lorca) est une longue cérémonie païenne, à laquelle assiste un public recueilli, envoûté par un Raimund Hoghe gourou. Le chorégraphe allemand, qui était dramaturge de Pina Bausch au moment où Bagouet renouvelait la danse en France, mêle son vocabulaire très identifiable — processions très bauschiennes, délimitation précise de l'espace, danse rituelle — à celui du chorégraphe disparu, auquel il emprunte la légèreté et la naïveté assumée des gestes. Il compare sa pièce à « un réseau de souvenirs, de passages, parfois recouverts par l'oubli » et y trouve prétexte à retrouver d'autres figures disparues : Pina Bausch, bien sûr, mais aussi Hervé Guibert, dont on entend l'un des textes, et qui comme Raimund Hoghe (dont le dos est vrillé par une maladie de naissance), a fait de son corps, rongé par le SIDA, « une arme ».
Loin d'être mortifère, Si je meurs... rappelle que la danse, pour rester vivante, ne doit pas nécessairement être figée dans un répertoire, mais être « trahie », se mêler à d'autres influences, prendre une forme nouvelle, voire fictionnelle. Forcément infidèle.

Si je meurs laissez le balcon ouvert, de Raimund Hoghe, au Centre Pompidou, dans le cadre du Festival d'Automne, du 8 au 11 décembre 2010.
www.centrepompidou.fr / www.festival-automne.fr
En tournée : le 15 décembre, au Vivat, Armentières ; le 15 février à L'Estive, Foix ; 17 et 18 février au Théâtre Garonne, Toulouse ; 25 et 26 février à Culturgest, Lisbonne ; 5 et 6 mars au Mercat de les Flors, Barcelone.
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