au Centre Pompidou, Musée national d'Art moderne, Paris, jusqu'au 21 mars 2011
L'exposition MONDRIAN/DE STIJL au Centre Pompidou est l'une de ces expos-monstres qui sans doute fera date dans l'histoire du Musée national d'Art moderne, comme Dada en 2005 ou Kandinsky l'an passé. Conçue comme une formule 2 en 1, elle replace l'œuvre de Mondrian dans la perspective du mouvement De Stijl, et suit l'avènement d'un art abstrait total. Passionnant.
À travers plusieurs centaines d'œuvres et de documents, l'exposition MONDRIAN/DE STIJL imbrique l'œuvre du peintre hollandais dans la réalité d'un mouvement artistique, De Stijl (Le Style), éclos au lendemain de la Première Guerre. Mené par Theo Van Doesburg, De Stijl applique les principes du néoplasticisme à l'architecture et au design, réalisant une sorte d'abstraction concrète où art et vie se confondent, à la manière du Bauhaus à la même époque. Deux expos en une, donc — avec deux catalogues — forment un parcours long et ardu dans une matière d'étude déjà assez complexe. Mais la manifestation-monstre a le mérite de donner une vision extrêmement nette d'un moment d'intense réflexion artistique et de saine émulation dont on envie aujourd’hui la vigueur.

Du spirituel à l'abstraction
Comme chez Kandinsky et Malevitch, l'abstraction n'est pour Mondrian qu'un moyen d'atteindre à un degré spirituel de l'art, et plonge ses racines dans le symbolisme et la théosophie, conception cosmogonique du monde. Observant la nature, le peintre est à la recherche d'un « ordre spirituel », en réaction au rationalisme scientifique du XIXe siècle : la nature est vivante, mais cette vie répond à un dessein divin. Influencé par Cézanne et par le cubisme, Mondrian va donc indexer ce qu'il voit à une grille orthonormée : le paysage s'organise en abscisses et en ordonnées, un arbre devient un assemblage de formes élémentaires, la mer se réduit à une série de signes + et – juxtaposés.
Cette géométrisation de la vision aboutit lentement, de 1912 à 1920, à une « réalité abstraite », qui au passage perd ses couleurs tout en conservant quelques résidus de formes réelles (un mât de bateau, des façades d'immeubles, des branchages), pour aboutir à une implosion totale du sujet, et à une purification de la vision destinée à « exprimer la beauté générale ».

« Un déséquilibre équilibré »
Le néoplasticisme de Mondrian, qu'il théorise en 1921, n'est donc pas, comme on peut le penser au premier abord, une rationalisation de la peinture, mais plutôt la tentative de trouver dans le visible un « rythme vivant ». De fait, Mondrian exclut toute symétrie et indique que « la toile devient un fragment d'une toile plus grande » : l'art est dans la vie, il se confond avec elle. Le peintre organise les masses colorées (il évolue progressivement vers les couleurs primaires et le noir et blanc), d'abord flottantes, puis arrimées à une grille épaisse aux proportions mouvantes, dans le but de trouver « un déséquilibre équilibré », un langage universel. Il pose ses toiles sur la pointe, ce qui permet selon lui d'éviter toute symbolisation.
Installé à New York en 1940, électrisé par l'énergie de la ville et les rythmes du jazz, Mondrian démultiplie ses grilles colorées dans une série de toiles exaltées (cette dernière partie de l'œuvre de l'artiste est malheureusement quasi absente de l'exposition), avant de mourir en 1944, laissant inachevée une œuvre dont le titre, Victory Boogie-Woogie, résume bien la vitalité qui anime l'artiste à la fin de sa vie.
Mettant un point final aux élucubrations symbolistes et annonçant la rigueur de l'art minimal d'un Ad Reinhardt ou d'un Frank Stella, l'œuvre de Mondrian brille encore par la modernité de son propos, pur jalon de l'art du XXe siècle.

MONDRIAN/DE STIJL , au Centre Pompidou, Musée national d'Art moderne, Paris, jusqu'au 21 mars 2011. www.centrepompidou.fr
Illustration logo :
. Theo van Doesburg, Hans Arp et Sophie Taeuber-Arp, L'Aubette, Strasbourg, 1928, La Haye, RKD (Netherlands Institut for Art History). Photo : Pierre Philliquet © Adagp, Paris 2010
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