à la Fondation d'entreprise Ricard ,jusqu'au 23 décembre 2010.
Depuis une petite dizaine d'années, Louidgi Beltrame explore des lieux emblématiques de la modernité, aujourd'hui désertés. A la Fondation Ricard, il présente son dernier projet, ENERGODAR, consacré aux ruines de l'architecture soviétique, révélatrices d'un « futur arrivé à sa fin ».
Qui dit projet politique, social ou économique, dit architecture. Si de certains régimes et de certaines idées il ne reste presque rien, souvent pour plusieurs siècles subsistent des formes architecturale, voire des villes entières.
L'échec du modernisme
Cette histoire des formes du modernisme en tant que projet échoué rejoint le travail de certains artistes de la génération de Louidgi Beltrame, comme Nicolas Moulin ou Cyprien Gaillard, qui chacun à leur manière réactivent des formes utopiques. Hiroshima, Chandigarh, Brasilia, Gunkanjima, Tchernobyl : ces lieux dans lesquels Louidgi Beltrame vient planter sa caméra ont pour point commun d'avoir à un moment donné porté au plus haut l'idée de modernité, avant de subir une désertion plus ou moins violente. Mystérieuses, parfois zones interdites, ces villes sont pour l'artiste de véritables leviers fictionnels.
Nulle narration proprement dite ne se déroule dans ce que l'artiste qualifie de « documentaires se délitant vers la fiction », souvent silencieux, méditatifs, mais les travellings ou les plans fixes sur ces paysages marqués laissent aux spectateurs la liberté d'y inscrire leur propre trame narrative. Ainsi dans le projet Brasilia/Chandigarh (2008), Louidgi Beltrame superposait littéralement deux visions de cités idéales d'architectes modernistes majeurs, Oscar Niemeyer et Le Corbusier. Dans Gunkanjima (2010), l'artiste filmait cette île japonaise exploitée pendant près d'un siècle pour son charbon et surpeuplée, avant d'être livrée à l'abandon et à l'entropie, le béton rejoignant le sable qui le constitue.
Autour des films de Louidgi Beltrame, artiste glaneur, viennent s'aimanter des objets, reliques de ses voyages. Un fossile d'ammonite, forme naturelle parfaite dont un film retrace l'extraction, est pris dans un cube aux proportions rationalisées (Mécaniques des roches, 2010) ; rapportés de Gunkanjima, un bloc de charbon provenant du fond d'une mine oppose son aspect brut à un serre-câble de porcelaine blanche.

Uniformisation de l'imaginaire
Pour ENERGODAR (2010), vidéo présentée actuellement à la Fondation Ricard, Louidgi Beltrame a visité quatre villes ukrainiennes, les « Atomgrad », cités secrètes et fermées surnommées les « invisibles », toutes bâties sur le même plan et dédiées à la recherche sur l'atome. Sur un fond sonore où se mêle le rock underground du groupe russe Kino, des extraits de la BBC et un récit de l'URSS des années 1980, la caméra capte en plan fixe les décombres de l'empire soviétique. Au cœur du film, un immense radar anti-missile de 900 mètres de large impose sa présence menaçante, sa fonction énigmatique — contrôle des cerveaux, communication planétaire ? — agissant comme générateur de fictions. De l'utopie réalisée d'une « internationale de l'architecture » ne demeurent que des bâtiments devenus objets, témoignages d'une uniformisation de l'imaginaire qu'illustre une sorte de « mode d'emploi de l'architecture soviétique » sur plaque de cuivres.
Comme toujours dans le travail de Louidgi Beltrame, c'est un réseau d'analogies qui l'ont mené à explorer ces architectures utopiques, aujourd'hui délaissées, et qui constituent désormais l'irrémédiable horizon physique d'un territoire grand comme un continent. Dans ENERGODAR se mêlent l'intérêt pour la reproductibilité de l'architecture (avec la ville de Pripyat, à côté de Tchernobyl, comme matrice aux autres) et sa fossilisation, des réminiscences de la « zone » dans le film Stalker de Tarkovsky, des Villes invisibles d'Italo Calvino et des univers de Jorge Luis Borges et Adolfo Bioy Casares.
Pour son prochain film, Louidgi Beltrame est parti cet été à Rio de Janeiro, filmer la Villa das Canoas construite par Oscar Niemeyer au début des années 1950, mais pratiquement jamais habitée. Dans ce même rapport au temps, à l'histoire, au paysage et à l'objet, il pose une nouvelle fois la question : quand l'architecture perd sa fonction, que devient-elle ?

Louidgi Beltrame. ENERGODAR, à la Fondation d'entreprise Ricard, 12 rue Boissy d'Anglas, Paris, jusqu'au 23 décembre 2010. www.fondation-entreprise-ricard.com
Photos : Louidgi Beltrame, ENERGODAR, vidéo 37', 2010. Courtesy de l'artiste et galerie Jousse Entreprise, Paris
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9
Afficher par : naissance / nationalité / métier
L'Angleterre d'Oscar Wilde à Orsay
Le Musée d'Orsay plonge le visiteur dans le contexte de l'art idéaliste et post-romantique des contemporains d'Oscar Wilde, dans la seconde moitié du XIXe siècle.
Trésors Maoris au Quai Branly
Près de 250 œuvres issues des collections du musée de Nouvelle-Zélande Te Papa Tongarewa sont visibles au Quai Branly pour donner un aperçu de cette culture...
- Histoire de l'art contemporain
- Histoire de la peinture classique
- Histoire de l'impressionnisme
- Histoire de la photo
- Histoire de l'architecture moderne