en tournée à Valenciennes, Nîmes, Grenoble, Toulouse, Nantes.
Pour Alain Buffard, « le burlesque est le seul moyen aujourd'hui de s'en sortir dignement ». Sa dernière pièce, Tout va bien, évoque avec une ironie et une empathie paradoxales la coercition des corps et des esprits.
Après avoir été longtemps danseur, interprète notamment de Daniel Larrieu et Régine Chopinot, Alain Buffard s'est fait connaître en 1998 avec une pièce devenue emblématique, Good Boy, solo signalant d'entrée de jeu le cœur de sa réflexion, à savoir les tourments du corps. Avec Tout va bien, pièce créée à Montpellier Danse en juin dernier, le politique vient se mêler des corps, à (joyeux) coups de trique et de marche militaire.
« Arrête de penser ! »
Ça commence comme une parade martiale, intense et soutenue. Puis la machine bien huilée se détraque, la marche dégénère, les bidasses ont envie de s'amuser. Mais ici s'amuser signifie humilier ou être humilié. S'inspirant du Full Metal Jacket de Stanley Kubrick, « l'une des plus belles pièces chorégraphiques » selon Alain Buffard, Tout va bien est une suite d'ordres et de contre-ordre absurdes (« Arrête de penser ! »), d'actes sadiques, de brimades plus ou moins sexuées (on pense également au Salò ou les 120 journées de Sodome de Pasolini).
Concerné par le climat politique actuel et un système qu'il juge coercitif et pervers, Alain Buffard n'a pourtant pas voulu créer une œuvre militante. Tout va bien, comme plusieurs de ses œuvres précédentes, fait aussi référence à l'éducation comme mode d'oppression, aux névroses familiales, à un « cadre qui reste nécessaire, quitte à le faire exploser ». Paradoxalement, la pièce est pourtant d'une gaieté réjouissante, dans une forme de grotesque revendiqué que transmettent avec ferveur les huit interprètes. Quant l'un d'eux entonne et détourne le Rifle Pray du film de Kubrick (« Mon fusil est mon meilleur ami, il est ma vie »), on songe à une comédie musicale de Broadway ou à un spectacle de cabaret des années 30 qui auraient mal tourné, où les danseurs-comédiens-chanteurs prendraient tout d'un coup les pieds de micro pour des mitraillettes, et leur derrière pour une trompette...
Hommages à Anna et Pina
Mais l'humour à la fois noir et potache de Buffard laisse place par moments à de brillantes fulgurances, notamment lorsqu'il fait un clin d'œil à Anna Halprin, l'une des fondatrices de la postmodern dance à laquelle il consacra en 2005 un film, My Lunch with Anna, et dont il reste encore aujourd'hui l'un des interprètes, dans la reprise de sa légendaire pièce Parades & Changes. De la chorégraphe américaine, on retrouve les accumulations d'objets sur des corps devenus simples supports et l'espièglerie du jeu collectif auquel s'adonnent les danseurs.
L'ombre d'une autre grande chorégraphe, que l'on n'aurait pas soupçonné surgir dans l'œuvre d'Alain Buffard, apparaît aussi. Disparue peu de temps avant la genèse du projet, Pina Bausch et son « Tanztheater » sont là, dans la confrontation entre mythologies individuelles et mythologie collective et dans le broiement du destin singulier par l'énergie plurielle. Mais aussi dans certaines images, comme celle de la scène jonchée de vêtements virant du blanc au rouge, image bauschienne des ruines qui hantèrent la chorégraphe allemande, et où une jeune accordéoniste entonne un refrain doux-amer, dans un retour à l'humain. Tout va bien...

Tout va bien, d'Alain Buffard, au Centre Pompidou, Paris, du 13 au 17 octobre 2010, dans le cadre du Festival d'Automne.
En tournée : le 20 novembre au Phénix, Valenciennes ; 8 et 9 décembre au Théâtre de Nîmes ; 6 et 7 janvier 2011 à la MC2, Grenoble ; 4 et 5 février au CDC de Toulouse ; 7 et 8 avril au Lieu Unique, Nantes.
www.alainbuffard.eu
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