Musée d'Art contemporain de Lyon, jusqu'au 31 décembre 2010.
Les dessins de Trisha Brown sont-ils (encore) de la danse ou (déjà) de l'art ? C'est la question que l'on se pose en visitant l'exposition que consacre le Musée d'Art contemporain de Lyon aux dessins de la chorégraphe américaine. La réponse se situe dans un interstice, entre absence et présence du corps de l'artiste.
Action et représentation
Aborder l'œuvre graphique de Trisha Brown ne peut qu'exciter la curiosité, tant son travail, notamment à travers sa longue collaboration avec Robert Rauschenberg, est connecté avec les arts plastiques. Dès ses débuts, la chorégraphe utilise le dessin pour son système de notation très personnel, qui lui permet plutôt d'inventer la danse avant la concrétisation du mouvement, que comme transcription a posteriori. Ainsi les dessins des années 1970 évoquent une sorte d'alphabet, où la scène et le corps sont comme des diagrammes, et que l'on peut facilement rapprocher de l'art minimal contemporain, en particulier des œuvres de Frank Stella ou Sol LeWitt.

A partir du début des années 1980, au moment où la vidéo apparaît dans son œuvre, lui permettant un autre système d'écriture « directe », Trisha Brown se tourne vers son propre corps, qu'elle s'attache à représenter dans des dessins comme Left hand drown by right hand (Main gauche dessinée par main droite, 1980). Plus récemment, maniant avec les mains et les pieds des bâtons de fusain et de pastel, elle réalise ce qu'elle nomme des Incidents. Posant la feuille à même le sol (comme Pollock « dansant » autour de ses toiles tendues à terre), Trisha Brown mêle action et représentation : le carré de papier devient une scène, sur laquelle elle va improviser tout en traçant une sorte d'autoportrait. Car entre les lignes se devine en creux un corps, une présence révélée par son absence même, et qui fait écho à un solo créé en 1994, If you couldn't see me, pendant lequel Trisha Brown dansait dos au public.
Rencontre entre l'artiste et une surface
En totale improvisation, Trisha Brown marque son mouvement dans l'espace, dans une extension du geste qui évoque fortement l'Action Painting de Jackson Pollock, et la théorie émise à son sujet par le critique d'art Harold Rosenberg au début des années 1950 : l'image est le résultat d'une rencontre entre l'artiste et une surface. Truisme artistique dont on peut faire remonter l'origine aux empreintes de mains de la Préhistoire, ou comparer aux Anthropométries d'Yves Klein, mais qui dans le cas d'une œuvre plastique de chorégraphe, explicite la rencontre unique de deux modes d'expression.
Le sous-titre de l'exposition (l'expression anglaise, utilisée pour sa version américaine au Walker Art Center de Minneapolis, est plus juste : « So that the audience does not know wether I have stopped dancing ») prend alors tout son sens : où s'arrête la danse, où commence l'art ? Le dessin de Trisha Brown est la ligne même entre ces deux territoires.

Trisha Brown. Pour que le public ne sache pas que j'ai cessé de danser , au Musée d'Art contemporain de Lyon, jusqu'au 31 décembre 2010. www.mac-lyon.com
Ilustrations :
1. Trisha Brown réalisant un dessin-performance, Philadelphia Museum of Art, 2003 © Kelly & Massa Studio. Courtesy Trisha Brown Dance Company
2. Trisha Brown, Untitled, 2007, fusain, pastel sur papier. Collection Trisha Brown
3. Trisha Brown, Planes, 1968, installation-performance, avec un film de Jud Yalkut et une partition de Simone Forti © Wayne Hollingsworth. Courtesy Trisha Brown Dance Company
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