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En remettant Piranha sous les projecteurs, Alexandre Aja n’a pas seulement tourné un remake mais revisité tout un genre et son époque. Des Dents de la mer, le patron, à ses suites calamiteuses en passant par ceux qui profitèrent opportunément du Spielberg (Piranha compris), petit panorama d’un cinéma qui donne envie de vacances à la montagne.
Avec Les Dents de la mer, Spielberg inventa un mythe et un nouveau modèle du cinéma d’action (horrifique) qui lancera le blockbuster hollywoodien. Un monument de suspens et de précision à la mise en scène souveraine que quelques images suffisent à illustrer, en musique, dans une intro d’anthologie. Le requin, ou le grand autre, éternelle figure spielbergienne.
Le triomphe sans précédent des Dents de la mer titillera Universal qui lancera rapidement une suite dont Spielberg se désolidarisera. Echoué entre les mains du yes man franco-américain Jeannot Swarc, Les Dents de la mer 2 ne retrouvera jamais la tension de l’original. Encore moins son aspect retour du refoulé, sa dimension psychanalytique et historique.
Universal ne lâche pas l’affaire et ressort à nouveau son grand requin blanc en 1983 pour un Dents de la mer 3, en 3D (le relief connaît alors un nouveau sursaut, vite enterré) qui n’a sans doute pas échappé à Alexandre Aja. Le casting original a alors intégralement disparu et Dennis Quaid prend les choses en main. De Spielberg il ne reste que le souvenir.
Quatrième et dernière tentative pour Universal de ressusciter le méchant requin blanc. Plus on avance, plus la qualité des films s’enfonce loin, très loin dans les méandres du nanar. Les dents de la mer 4 décroche sans difficulté la palme du pire. De la honte aussi. La preuve dans ce final de champion où le requin rugit.
Face au succès des Dents de la mer, Roger Corman, comme à son habitude, ne perd pas de temps et se glisse dans la brèche de ce nouveau cinéma d’horreur aquatique. Le requin étant pris, il opte pour le piranha (plus petit mais véloce, méchant, monstrueux) et confie le film au cinéphile et rebelle Joe Dante. Piranhas, une série B sympathique que surpassera Alexandre Aja.
Non suite du Dante dont Corman n’est même plus responsable, Piranha 2 vaut comme unique curiosité d’être le premier film de James Cameron, enfin en partie. Histoire de renouveler le concept, désormais les poissons voraces volent. Tout ça sera un peu risible et le film un navet complet. Il n’y aura qu’un Spielberg.
De la fin des 70’s jusqu’au début des 80’s, le monde aquatique n’en finit plus d’être une source d’inspiration opportuniste. Comme il faut bien se renouveler, un peu, après le requin et les piranhas voici l’alligator, égaré dans les égouts de Chicago. C’est bis, fauché, parfois drôle, et au final pas si déshonorant, notamment grâce à John Sayles au scénario.
Après avoir dragué en long en large et en travers les fonds marins et leurs faunes, il fallait bien trouver d’autres territoires à explorer. Arrive alors Tremors, qui en 1990 se présente comme une alternative sympathique aux Dents de la mer, remplaçant l’océan par le désert et le requin par un vers géant. Pour le reste, c’est la même chose. En moins bien, mais pas mal.
Alors que les Tremors connaitront une (trop) longue destinée en direct to video, en 1997 un nouveau venu tente de se faire une place sous le soleil trompeur des bestioles carnivores. Ainsi déboule Anaconda, nanar avec Jennifer Lopez qui entrainera trois suites (pas toutes en salles, heureusement). Depuis Spielberg, la recette est la même, et c’est tout.
On le croyait mort, en charpie ou englouti, mais non, le grand requin blanc fait son comeback dans Peur bleue. Aux commandes, Renny Harlin ne fait pas dans la subtilité, comme toujours, mais s’en sort par un humour noir, des scènes d’action solides et quelques moments d’angoisse soutenus. Le cinéaste n’est pas Spielberg mais ne s’en cache pas.
Plus qu’un remake 3D, Alexandre Aja signe avec Piranha un hommage à la série B des 70’s. Dans la continuité du projet Grindhouse de Tarantino et Rodriguez, il réactualise un genre et l’esthétique d’une époque ; renoue avec l’esprit d’un cinéma forain, potache (trop mais c’est la règle), sadique et gore où on prend plaisir à mutiler de la bimbo durant un spring break. Bête et méchant mais efficace.
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