Action/aventure - PS3 - Xbox 360 - PC - Sortie en France le 27 août 2010
Illusion Softworks, devenu depuis 2K Czech, avait introduit en 2002 un concurrent inattendu à Grand Theft Auto. Mafia The city of Lost Heaven, était une épopée criminelle se déroulant dans les années 20-30, renouant avec ce banditisme obsolète du début du siècle.
Mafia 2, quant à lui, renonce à cette nostalgie pour passer du crime organisé artisanal au crime déshumanisé industriel. En cherchant le réalisme et la maturité, les développeurs ont perdu la légèreté, ils ont oublié d’emporter leurs jouets dans la sandbox. Et par leur faute, personne ne s’amuse plus dans les rues d’Empire Bay.
Malfrat à la petite semaine, Vito Scaletta, fait un détour forcé par l’armée, avant de revenir en héros après la seconde guerre, pour redevenir un truand médiocre. Grâce ou à cause de son éternel complice Joe, il deviendra alors un gangster médiocre, puis un mafieux médiocre. La carrière de Vito, au cours de Mafia II, ne décrit que le parcours d’un fonctionnaire de la pègre. Une existence terne qui commence par un coup de fil au réveil et se termine le soir, après avoir glissé son 1911 sous l’oreiller.
Tableau d’inactivité
On pourrait comparer Mafia II à un énorme aquarium plutôt qu’à un bac-à-sable. Empire Bay est une ville superbe, façonnée par un moteur graphique qui incorpore toutes les dernières technologies avec virtuosité. L’architecture des quartiers, leur identité culturelle et leur structure par rapport à la géographie établie sont réalisées avec une pertinence rare. Empire Bay est une ville de caractère(s), cohérente, qui agrège comme son aînée Lost Heaven les particularités de villes connues pour forger la sienne.
Empire Bay n’est malheureusement que cela, une ville superbement ouvragée dans laquelle on ne déambule que par nécessité. Car en dehors des missions principales, il n’y a rien à y faire. Magasins d’habits pour jouer à la poupée, collection de voitures, achat d’armes, consommation facultative de café ou de spiritueux. Le tour est fait et l’on a déjà tout fait.
C’est ainsi que Mafia II n’est reste qu’au stade de la déambulation libre ou free roaming, sans jamais accéder au ludisme du bac-à-sable ou sandbox. Son prédécesseur avait bien compris qu’il fallait séparer la campagne principale d’un autre mode où le joueur pourrait réellement s’amuser avec le décor qu’on lui prêtait, ajoutant ainsi un mode Free Ride où les pires excès devenaient la norme.
Mafia II est donc paradoxalement moins animé que son aîné. Que ce soit la foule ou la circulation, les transports en commun ou les opportunités de distractions, Empire Bay est plus vide que Lost Heaven en dépit du gouffre technique qui les sépare. Auparavant, on se surprenait à prendre le rail pour rentrer chez soi, ou effectuer un braquage de banque avant de terminer un chapitre, mais ici, aucune de ces envies ne se présente, ou n’existe concrètement.
Comme du papier à musique sans mélodie
Notre expérience de jeu est à l’image de l’existence de Vito Scalletta. Linéaire et répétitive, elle suit le plan imposé par la trame principale, sans nous laisser la liberté de contempler le soleil se lever sur l’observatoire, sans regarder les gratte-ciels défiler par les fenêtres du tramway. On suit les phases du jour et de la vie selon le rythme du scénario, en survolant des lieux regorgeant de détails sans pouvoir les apprécier.
Détachés de notre environnement, on s’aperçoit alors qu’on ne ressent aucune empathie pour Vito Scaletta. Porte-flingue sans saveur, il arrive à devenir encore plus anodin que le très commun Tommy Angelo de Mafia. Anodin et interchangeable puisqu’il n’entretient aucun lien extérieur à la pègre. Sa sœur est vite oubliée, sa mère est évacuée tout aussi rapidement. Il ne s’attache à personne, par opposition à Tommy qui avait fondé une famille, celle-ci devenant par la suite un élément-clé de sa rédemption. Il n’a aucune raison-d’être en dehors de son ambition criminelle, qui se révèle elle aussi plutôt limitée.
Bien que Vito accomplisse des missions aussi laborieuses que celles de Tommy, le cadre, le contexte social et affectif qui les entourent font que ce ne sont justement que des missions. Vito est un rouage dénué de personnalité dans une ville qui en regorge, ses buts n’existent que dans une perspective professionnelle.
En employant des schémas narratifs semblables à Mafia, le second épisode n’exploite pourtant jamais la sensibilité de ses protagonistes, il se contente de peindre la chronique grisâtre d’un milieu sordide. On ne ressent pas du tout avec la même intensité ces passages où l’on découvre qu’on a été trahi, ou que notre meilleur ami est condamné.
Les choix des seconds rôles et des situations renforcent cette impression, incarnée par la réplique classique "Nothing personnal". Tout est relativement impersonnel, et l’on ne partage à aucun moment les dilemmes de Vito, simplement parce qu’il n’en a jamais.
L’histoire de Vito se déroule ainsi dans une certaine indifférence, et se termine en queue de poisson, sans nous donner vraiment envie de savoir ni pourquoi ni comment. Mafia II nous à perdu en route, probablement au cours d’un de ces innombrables trajets inter et intra-missions dont on aurait pu se passer.
En rond dans l’aquarium
Cette descente dans les bas-fonds d’Empire Bay nous maintient en apnée, par manque de liberté. Les rares respirations surviennent quand, perdu dans ses pensées, fasciné par la beauté d’une grande avenue la nuit, on oublie de redémarrer au feu vert. Les klaxons des voitures derrière nous réveillent et l’on réalise soudainement que c’est encore un autre de ces jours où l’on va besogner pour la Famille, éliminer trois cafards dans sur le port, puis rentrer une fois le devoir accompli, comme n’importe quel autre soir.
La tête sous l’eau, on se trouve dans un état où l’on a dépassé depuis longtemps la colère, la frustration de voir que Mafia II ne capitalisait pas sur sa formidable métropole, n’exploitait que rarement ses protagonistes stéréotypés pour autre chose que combler le silence des missions. L’humour noir s’apparente ici à du cynisme froid, devenant le sel amer de notre résignation.
Ce qu’on ressent, en définitive, c’est une terrible solitude provoquée par la vacuité ambiante. Mafia II est un donc un aquarium luxueux, tapissé de gravier multicolore, jonché de châteaux en plastique autour desquels on tourne en cercle. Et ce, jusqu’à la fin de notre vie de petit poisson qui voulait devenir requin.

Mafia 2
Développeur : 2K Czech
Editeur : 2K Games
sortie en France : 27 août 2010
Sur Flu
- Premières impressions sur Mafia 2 pendant l'E3 2010