jusqu'au 5 septembre 2010
Artiste multiple à l'identité éclatée, le Sud-Africain William Kentridge est l'auteur d'une œuvre plurielle et interdisciplinaire, qui lorgne aussi bien vers le cinéma que vers la mise en scène ou la performance. Le Jeu de Paume, à Paris, lui consacre une exposition qui décline son œuvre à la fois politique et onirique.
L'artiste s'est fait connaître dans les années 1990 grâce à ses films d'animation, qu'il nomme drawings for projection. Réalisés grâce à une technique singulière de dessin gommé puis retravaillé manuellement sur la même feuille de papier, ces courts-métrages dépeignent au travers du personnage de Felix, double de l'artiste, l'absurdité de sa condition d'homme et d'artiste blanc et juif dans un pays en proie à l'Apartheid. À la technique d'effacement propre à Kentridge correspond ainsi le délitement d'une société malade, que personnifient Soho, le capitaliste avide, ou Ubu, que Kentridge emprunte à Alfred Jarry.

Du dessin au cinéma
Les dessins et films de William Kentridge usent du support comme d'un palimpseste ou d'un tableau noir, sur lequel le fusain, le pastel ou les collages, par leur plasticité même et la capacité qu'ils ont à être partiellement effacés, permettent la mobilité de l'image. En cela, ils restent très proche du cinéma, art de l'image en mouvement, et en particulier de ses prémisses techniques. Ainsi l'archaïsme du bricolage kentridgien et la fragilité de ses films leur confèrent une forme de naïveté qui évoque celle associée au cinéma muet — auquel il rend hommage dans une œuvre de 2003, 7 Fragments for Georges Méliès, autoportrait où est rendue visible la magie de l'œuvre en train de sa faire.
À l'intrigante beauté formelle de ses œuvres, l'artiste adjoint une critique sociale acerbe, qui fait écho à l'œuvre de Chostakovitch, la mise en scène du Nez, d'après Gogol, créé pour le Metropolitan Opera de New York cette année, emprunte à l'esthétique de la propagande soviétique pour dénoncer la solitude de l'homme dans la société. Pour La Flûte enchantée, en 2005, Kentridge fait appel en revanche aux contradictions de l'époque de Mozart, où la poésie fantastique et le rationalisme des Lumières se marient dans une géométrie folle qui annonce la défaite des utopies et les délires du fantasme d'art total, qui sera concrétisé au XXe siècle dans le grand œuvre totalitaire.

Art de l'illusion assumant sa part de réalité processuelle, l'œuvre de William Kentridge fait appel à la capacité d'émerveillement du spectateur, qu'il résume ainsi dans un entretien avec Eleanor Hearney publié dans le dernier numéro d'Artpress : « Tel est le but : le plaisir que nous prenons à notre propre aveuglement ». Un programme qui est aussi une autre définition de l'art du spectacle.
William Kentridge. Cinq thèmes, au Jeu de Paume, Paris, jusqu'au 5 septembre 2010. www.jeudepaume.org
A voir également : William Kentridge au Louvre. Carnets d'Egypte, au musée du Louvre, Paris, jusqu'au 30 août 2010. www.louvre.fr
A partir du 11 septembre 2010, la galerie Marian Goodman, à Paris, présentera une exposition personnelle de l'artiste.
www.mariangoodman.com

Légendes des illustrations :
. William Kentridge, Portage (détail), 2000, collection de l'artiste. Courtesy Marian Goodman Gallery et de l'artiste © 2010 William Kentridge. Photo: John Hodgkiss.
. William Kentridge, Invisible Mending (still), from 7 Fragments for Georges Méliès, 2003, collection de l'artiste. Courtesy Marian Goodman Gallery et de l'artiste © 2010 William Kentridge. Photo: John Hodgkiss.
. William Kentridge, Drawing for the opera The Magic Flute, 2004–2005. Courtesy Marian Goodman Gallery et de l'artiste © 2010 William Kentridge.
. William Kentridge, A Lifetime of Enthusiasm (still), de l'installation I am not me, the horse is not mine, 2008, collection de l'artiste. Courtesy Marian Goodman Gallery et de l'artiste © 2010 William Kentridge. Photo: John Hodgkiss.
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