au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris et au Palais de Tokyo, jusqu'au 5 septembre
Réunis par la même volonté de mettre en avant la jeune scène artistique française, le Musée d'Art moderne de la Ville de Paris et le Palais de Tokyo exposent conjointement une quarantaine d'artistes dont les œuvres se déploient de part et d'autre. Un tour de force cohérent et revigorant dû à la synergie entre deux institutions jumelles mais longtemps rivales.
Palais aux ailes pas tout à fait symétriques, le monumental et sévère bâtiment édifié entre la Seine et l'avenue du Président-Wilson sur un terrain en pente vaguement trapézoïdal, fut dessiné dès l'origine pour être scindé en deux. Le « Palais des Musées d’Art Moderne », baptisé ensuite Palais de Tokyo, est achevé en 1937 pour l'Exposition Universelle, lors de laquelle il abrite une rétrospective de l'art français, tandis qu'en contrebas, de part et d'autre de la Tour Eiffel, les pavillons allemands et russes, surmontés respectivement d'un gigantesque aigle aux ailes déployées et d'un groupe de travailleurs soviétiques, s'affrontent. Pendant la guerre, les immenses sous-sols du bâtiment sont utilisés pour abriter les biens juifs placés sous séquestre. À la Libération, l'Etat et la Ville de Paris se partagent le Palais, qui abritera temporairement diverses institutions en mal de locaux permanents comme la Femis ou le Centre national de la Photographie.
De sa naissance dans un contexte difficile, le Palais siamois a gardé un traumatisme latent. Tandis que l'aile Est, occupée par le Musée d'Art moderne de la Ville de Paris depuis 1961, est une institution « en place », avec une collection majeure et des expositions qui n'ont rien à envier à celles du Centre Pompidou, l'aile Ouest a longtemps cherché un sens à son existence, avant de devenir en 2002 un « site de création contemporaine » et de prendre le nom de Palais de Tokyo.
Depuis huit ans, l'une et l'autre coexistent plus ou moins pacifiquement, s'observant en chiens de faïence de chaque côté de l'esplanade où viennent se défouler les skaters, et assument leurs différences. Le Palais de Tokyo, coquille vide, centre d'art sans collections, se veut un lieu à la mode, défricheur de talents (avec notamment l'exposition Notre Histoire... en 2006) qu'il faut combler par un grand nombre d'événements périphériques plus ou moins pertinents (concerts, rencontres, résidences...). Quant au MAMVP, il campe sur sa légitimité muséale, tout en proposant au sein de l'ARC (Animation, Recherche, Confrontation) des expositions d'artistes contemporains majeurs (Pierre Huyghe, Dominique Gonzalez-Foerster, Dan Flavin...).
Accords et désaccords
Le projet d'exposition Dynasty, organisé conjointement par les directeurs des institutions jumelles, Fabrice Hergott (MAMVP) et Marc-Olivier Wahler (Palais de Tokyo), semble venir à point nommé pour réconcilier le grand musée et le site de création. L'idée de départ — sélectionner une quarantaine d'artistes nés après 1975 et exposer les œuvres de chacun dans chaque bâtiment — est séduisante. Mais outre le fait que la publication de deux catalogues distincts prouve que la mayonnaise n'a pas réellement pris entre le MAMVP et le Palais de Tokyo, il est impossible pour le visiteur de ne pas se livrer au jeu des comparaisons, non de la qualité des œuvres, mais de celle de l'accrochage.
D'emblée, les espaces de friche post-industrielle du Palais de Tokyo semblent mieux convenir à des œuvres qui partagent « une vision âpre et désenchantée d'un monde sans avenir », comme le souligne Fabrice Hergott, tandis que la hauteur de plafond et les longues perspectives permettent des associations formelles savoureuses, comme celle qui juxtapose un tronc d'arbre fiché dans une paroi de plâtre (Kodiak d'Oscar Tuazon), les arches de parpaings de Vincent Ganivet, la matérialisation en positif de l'intérieur d'une grotte (Visite extérieure d'une grotte de Jean Dubuisson) et la vague de poussière déferlant du plafond de Yushin U. Chang. La peinture, très présente, est plutôt réservée aux grandes courbes du MAMVP, mais les salles du musée paraissent étriquées et les œuvres se marient mal, comme par exemple la sculpture monumentale de casiers à bouteilles en polystyrène de Vincent Mauger disposée dans une salle de peintures.
Pensée fragmentée
Comme dans une biennale, les œuvres présentées sont inégales, mais l'ensemble est convaincant et très dynamique, et démontre, selon Fabrice Hergott, qu'il « n'y a plus d'idéologie dominante, mais seulement quelques groupes et beaucoup d'individus pris dans une pensée fragmentée ». Ce qui permet d'associer une vidéo de Mohamed Bourouissa, Légende, mettant en scène en caméra cachée les revendeurs de cigarettes de Barbès, à des toiles de parkings souterrains de Guillaume Bresson ou à une élévation d'objets hétéroclites de Jorge Pedro Núñez inspiré d'une maquette de Malevitch.
Si Dynasty ne représente qu'un choix partial parmi la jeune génération d'artistes de moins de 35 ans — manquent en particulier Aurélien Froment, Raphaël Zarka, Lili Reynaud-Dewar, Davide Balula ou Cyprien Gaillard —, et doit être appréhendée comme un instantané à court terme, l'exposition donne un aperçu assez réaliste de la scène contemporaine française, sans complaisance ni recherche d'effet spectaculaire. Et réconcilie ainsi un bâtiment avec sa vocation première : la célébration de l'art du temps présent.
Dynasty, au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris et au Palais de Tokyo, jusqu'au 5 septembre 2010.
http://www.dynasty-expo.com
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